L ; ALPHONSE V D ARAGON
qui ne parlait que le castillan, paraît n'avoir réellement favorisé la poésie qu'à Naples où il était entouré d’une véritable cour d'écrivains. Peut-être même n’a-t-il pas montré pour le Consistoire barcelonais la même générosité que ses prédécesseurs, car les récompenses que mentionnent les chansonniers de Paris, de Saragosse et de l’Ateneu de Barcelone (1) ont été toutes offertes par des particuliers. Une pièce de Leonard de Sors, contemporain du notaire-poète Johan Fogassot, lui valut la { goya que possä » (2) Franci Bussot, citoyen de Barcelone. Johan Puculull composa, au plus tôt en 1453, après la prise de Constantinople, une œuvre « pour le consistoire » de Mossèn Anton Captana, qui avait fait don d’une Joya destinée à la meilleure poésie «€ en l'honneur de la Croix » et en faveur de la croisade contre les Turcs (3). Johan Fogassot avait pris part à ce concours (4), et il obtient lui-même, l’année suivante, une nouvelle Joya pour une poésie en l'honneur de la Vierge. C’est une étole de soie avec un petit vase {gerilla) d’or sur lequel un rubis était enchâssé (5). En 1457 enfin, un prix « d'ingratitude de l’amante » {una Joya de desconaxença de la enamorada} est institué par En Marti Billet et gagné par le notaire Anthoni Vallmanya (6). Rien ne saurait mieux que ce dernier détail nous éclairer sur la nature des sujets imposés par les fondateurs de prix. Les concurrents maudissent d'office la trahison de leur bien-aimée, comme 1ls chantent ses beautés. Il ne faut pas s'attendre à trouver de l'inspiration dans ces exercices de pure rhétorique où ne sont exprimés que des sentiments de commande.
Si le roi Alphonse V n'a guère pu encourager à distance ces travaux académiques, il semble qu'il en soit autrement du roi Jean de Navarre, après qu'il eut été nommé hieutenant-général du roi d'Aragon. C'est lui qui a dû être quelque peu le Mécène des poètes fréquentant à cette époque le Consistoire barcelo-
(1) Pour ce dernier, voy. Rev. de bibliog. cat., I, 12-67.
(2) BasELcA, op. cit., p. 133.
(3) Mrza, Resenya, p. 176 (Obras, III, 213) ; la forme Puentull est une faute d'impression.
(4) Rev. de bibliog. cat., I, 15.
(5) Zbid., p. 16.
(6) Mira, Resenya, p. 62 (Obras, III, 197).
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nais. On peut, du moins, l’induire du rôle qui lui est assigné dans une tenson entre Vallmanya et Johan Fogassot (1). Son fils,-le fameux Don Carlos d'Aragon, prince de Viane, a pu, lui aussi, les protéger, et l’on sait combien il fut regretté par les poètes de son temps, notamment par Fogassot.
Enfin les solennités des Jeux Floraux ne se célèbrent plus seulement dans la salle capitulaire du monastère des Frères Mineurs, ou dans le chœur du couvent de Valldonzella, ou dans toute autre église : elles ont parfois un cadre plus vaste et plus fleuri, des jardins où, comme à Toulouse, l’on devise d'amour et de religion. C’est ainsi que, d’après une note autooraphe du Cançoner d'Amor (2), le poète Johan Fogassot mit fin, le 20 janvier 1476, à un débat poétique par un jugement rendu « dans le jardin d’'En Francesch Morer ». C’est aussi, sans doute, pour se conformer aux pratiques du temps, que Fra Rocaberti met la scène de sa Gloria d'Amor dans un «€ jardin d'amour » qu'il décrit comme un nouvel Eden (3).
« Les Catalans, dit Santillana (4), les Valenciens et aussi quelques Aragonais furent et sont de grands maîtres dans cet art », c’est-à-dire dans la Gaie Science. Pour les Catalans, les “origines et les principales phases de ce mouvement littéraire nous sont maintenant connues. Mais nous ne savons pas au juste à quel moment les Valenciens ont commencé à imiter les troubadours. R. Ferrer y Bigné (5) a prétendu voir, dans le notaire de Valence, Dionis Guiot, dont une pièce est inscrite au Cançoner de Paris (6), un contemporain de Jacme Ier, A cette Opinion s'oppose la forme même des quelques strophes incomplètes qui nous restent de lui. Ni les estramps, mi la langue nettement catalane qu'il emploie ne permettent de le faire remonter au-delà du deuxième tiers du xv® siècle. Pere March nous
a paru être, à plus juste titre, un des prenuers, sinon le pre-
(1) Rev. de bibl. cat., I, 21.
(2) Fol. 248. CF. l'Introduction à notre édition crit. d’Auzras Marcu, p. 11. (3) Camgouriu, Essai sur l’hist. de la litt. cat., p. 110. (4) Obras, L. c.
(5) Estudio hist. crit. sobre los poetas valencianos de los siglos XIIT, XIV y Xp 20.
(6) Fol. 124. Reys magnijfichs, trop me par causa folla (Obra figurativa ab æims estrams en lahor del rey, feta per en Dionis, notari de Valencia).