LES CONCOURS DE VALENCE
d’amor (1), a-t-elle été connue d’Auzias March. Le nom de Suaris parait avoir été, en effet, pour lui (2), comme pour Fenollar (3), l’occasion d’un mauvais jeu de mots.
À côté de ces séances, il y avait encore des réunions plus familières, que Milà a comparées aux modernes {ertulias, et où, suivant Jacme Roig, qui en fait une description plaisante (4), après diverses « facéties», on causait « des philosophies du grand Platon, de Tullius, de Caton, de Dante, de poésies et de tracédies ».
Enfin, s'il ne s’est pas établi à Valence de Consistoire proprement dit, d’Académie semblable à celle de Barcelone, des concours poétiques y ont été organisés, avec plus de succès peut-être, dès la première moitié du xv° siècle. C’est ainsi qu’un manuscrit de la Bibliothèque de Marseille nous a gardé une chanson inédite (5) sur l’Immaculée Conception pour laquelle un navarrais, Francesch de Mescua, reçut une épée dans le chapitre de la Seu de Valence, en l’année 1440, au moment où Auzias March écrit ses premières chansons. À la même époque paraissent se rapporter les Cobles fetes per lo prectors cors de Jhesu Xrist per alguns homens de Valencia (6) du manuscrit de Carpentras.
Il y a donc eu à Valence, dans la deuxième partie de la vie d’Auzias March, des réunions semi-littéraires, semi-religieuses, où quelques chevaliers, mais surtout des bourgeois, notaires
(1) Fol. 235. Segiu, segiu, aventurés gentils (En lehor de Na Isabel Suaris). Il y dit d’elle :
la donzella Suaris actoritzant los savis documents, judicis grans e subtils arguments qu’ella sab fer als disputants contraris.
(2) CXXIT, 8.
(3) Valence, Bib. univ. y prov. Ms n° 92-6-7. Voy. notre description du ms. G dans l’Introd. à l’éd. crit. d’Auzias March, pp. 36-37.
(4) Spull, 2818-2880.
(5) Fermant los ulls alt en l’amor eterna, 5 str. de 8 v. et 1 tornada de 4 (Bib. de Marseille, Ms. 1095, p. 186).
(6) La première Actor de patz tot lausor e honor est composée de strophes «unissonants » ABBACCDD. Voy. Lamgerr, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras, Carpentras, 1862, in-8°, I, 207, et CamBourru, Essai sur l’histoire de la litt. catalane, p. 42.
Am. Pacs. — Auzias March. 12
478 cHAP. II. = LA POÉSIE CATALANE DE 1393 à 1430
ou prêtres pour la plupart, cultivent la poésie, recherchant à la fois la gloire littéraire et les bénédictions du Ciel. Tantôt ils continuent l’ancienne chanson d'amour ou traitent doctement, et quelquefois lourdement, des subtilités de la science amoureuse. Tantôt ils chantent les louanges de Dieu, de la Vierge et des Saints ou discutent en vers des problèmes théologiques.
C’est ce dernier genre qui l'emporte définitivement durant toute la fin du xve siècle dans tous les concours poétiques qui ont lieu à Valence. La poésie académique y est exclusivement religieuse. Alors se révèle, pour la première fois, un véritable groupement de poètes valenciens assez fortement constitué en face de celui de Barcelone. Les Catalans répondent d’ailleurs aux cartels des Valenciens et les Valenciens à ceux des Catalans. Les deux provinces n’en forment plus qu’une au point de vue littéraire, mais avec deux centres poétiques différents et autonomes.
IN
Il n'y a pas de recueil officiel des œuvres des poètes ayant pris part aux concours de l'Académie de Barcelone ou en ayant subi directement ou indirectement l'influence. Le Cançoner d'amor de Paris, ceux de Saragosse et de l’Institut d'Estudis Catalans proviennent d'amateurs qui y ont inséré sans ordre: chronologique les pièces, couronnées ou non, qui répondaient à leurs goûts. Quelque difficile qu'il soit, dans ces conditions, de savoir à quelle époque ils ont écrit, autrement que par des documents d'archives, il convient d'indiquer ceux de ces écrivains qui, en dehors de Jacme et de Pere March, ses ancêtres légitimes et ses modèles pour ainsi dire nécessaires, ont précédé Auzias March et agi plus ou moins certainement sur son esprit.
Citons en première ligne les poètes qui, d’après les œuvres. parvenues Jusqu'à nous, paraissent être restés fidèles aux formules du code des Leys d'amors ou de ses dérivés catalans. Tous, se couformant à la tradition inaugurée par le roi Pierre IV etles poètes de son entourage, cultivent de préférence le sirventés, sous ses diverses formes. Il ne nous reste de Berenguer de