‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 108 sur 302 · PRINCIPAUX POÈTES · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX POÈTES

Vilaragut, de Mossèn Proxida et du « Mercader Mallorqui» que quelques vers contre les femmes cités par Francesch Ferrer, dans sa compilation du Conort (1). L'’unique pièce de Pere de: Queralt est un maldit contre une femme qu'il appelle Na Falç’ Amor et à qui il signifie un congé outrageant (2). Auzias March semble avoir connu ces strophes où percent l'irritation et la: jalousie (3). Un autre sirventés, attribué à Arnau d'Erill et imité de Guillem de Bergadà, prend à partie, dans des couplets virulents commençant tous par O tu traidor, Rämon Roger d’Erill, son neveu, qu'il accuse d’avoir mis à mal une de ses filles, religieuse du monastère d'Alguayre (4). C’est encore le même genre que traite Pere Galvany dans ses deux strophes sur le schisme d'Occident (5). Ramon Çavall (6) et Trasfort (7) déplorent, comme l'avaient fait les anciens troubadours, la corruption des diverses classes de la société et les vices de leur temps. Enfin le frère Anselm Turmeda excelle, à peu près à la même époque, dans la poésie morale et didactique, et, en 1398, écrit en catalan et non en latin son Llibre de bons amonestaments (8) :

E no l’he dictat en lati,

Per que lo vell e lo fadri,

E l’estranger e lo cosi Entendre | puguen.

La Vierge Marie n’est guère qu'invoquée par ces trois der-

(1) T. Amar, op. cit., p. 229 ; cf. Mrra, Obras, IIT, 332.

(2) Cançoner de Paris, fol. 111 v°. Sens pus tardar me ve de vos partir, croada capcaudada, 5 str. de 8 v., 1 tornada de 4. — Mossèn P. de Queralt était un contemporain du roi Martin. Voir Epistolari del Rey En Marti d’Aragé dans la « Revista de la Asociaciôn artistico-arqueolégica Barcelonesa », n° 60, pp- 192, 196.

(3) Comp. la pièce XLIT de notre édition.

(4) Basezea, op. cit., p. 287. CF. Mira, Obras, III, 336.

(5) Basezca, p. 234 ; cf. Miza, L. c., 354.

(6) BasezcA, p. 234-236 ; Mira, 1. c., 172 ; 355-356. La pièce de R. Çavall est suivie d’une «strophe avec réponse » commençant par ces vers Vostre dona’s ablativa | Qui us fa esser vocatiu… où l’on reconnaît aisément un exercice scolaire familier aux troubadours.

(7) Canc. de Paris, fol.132 v°. Gran carrech han vuy tuyt lom de peratge, croada unissonant, 5 str. de 8 vers, 1 tornada de 4. C£. T. Amar., p. 631.

(8) GALLARDO, Ensayo, IV, 818. Cf. Mir, [. c., 328-330.

niers poètes. Elle tient plus de place chez fra Bacet et Gabriel Ferruix. Le premier a mérité d'être cité par le misogyne Fr. Ferrer, le second a composé une complainte sur la mort du voi Fernand d’Antequera (1); mais ils ont surtout chanté Notre-Dame, l’un dans une dança (2), l’autre dans la pièce Sancta dels sants qui lui valut la 7oya (3). L'amour profane leur fournit aussi la matière de quelques chansons, mais en très petit nombre, parmi lesquelles on peut signaler une Requesta d’amor tensonada (4) de G. Ferruix qui le fit couronner une autrefois. |

De ces deux auteurs il faut rapprocher Arnau March. À peu près contemporain de Gabriel Ferruix, puisqu'il a vécu, si l’on en croit la razo d’une de ses pièces (5), sous le roi Martin, et, en tout cas, dans l’entourage de sa femme, la reine Marguerite, qui a protégé les lettres, même après la mort de son mari, il a écrit, lui aussi, une de ses plus belles poésies en l'honneur de Notre-Dame. Plus âgé qu'Auzias March et vraisemblablement son cousin (Ü),1l mérite, à ce double titre, d’être étudié de près.

Il ne nous reste de lu: que trois pièces complètes et une fragmentaire. Deux appartiennent nettement à la poésie religieuse, les autres à la poésie amoureuse. Encore faut-il ajouter qu’une de ces dernières, la plus importante, est, comme nous le verrons, plus philosophique et morale qu'érotique.

La chanson de Notre-Dame: Qur pora dir lo misteri ten alt (7) est une glose poétique de l’évangile de l’Annonciation. Elle dut être composée à l’occasion de cette fête qui se célèbre le 25 mars et avec laquelle les premiers mainteneurs de Barcelone avaient fait coïncider leurs assises solennelles. Chaque dizain y est suivi du verset commenté. Un peu obscure parfois, elle nous présente, vers la fin, un gracieux portrait de la Vierge, répondant à l’ange Gabriel,

Ab cara humil, plassent e agradossa,

(1) Mira, Poët. lyr. cat., p.10 ; Obras, TIT, 448.

! (2) Tbid., p. 19 ; — p. 458.

(8) bid., p. 10 ; — p. 448.

| (4) Rev. de Bibliog. cat., T, 44 ; MizA, p. 10 ; — p. 448. (5) (6) (7)

pe:

5) Mia, Obras, III, 334.

6) Voyez ci-dessus, p. 49-50.

7) BAsELGA, op. cit., p. 19.

ARNAU MARCH 181

malheureusement suivi d’un jeu de mots qui nous choque :

De cors de cor, de boca per so dir :

Ecce ancilla Domini ; fiat mihi secundum verbum tuum.

Le vers de la nativitat de J.-C., suivant l’évangile de saint Jean, qui commence par Un novell fruyt exit de la rebaça (Ljret comprend douze huitains, une tornada et une endreva, ne ressemble aucunement aux Noëls populaires. Il n’y a pas de poésie plus savante. La théologie la plus abstruse s’y donne libre carrière et y prend pour auxiliaire la philosophie d’Aristote, comme en témoignent ces vers où 1l définit Dieu :

Un pensament concebut acabat, Acte perfet, eternal, insensible.

C’est assurément un avant-goût de ce que nous offrira bientôt la Muse scolastique d’Auzias March.

Dans le septain, que nous a conservé la codolada de Pere Torroella (2), nous rencontrons le couplet, obligatoire chez les poètes de l’époque, sur le vasselage amoureux. Plus intéressante pour nous est sa © Canço d'amor tençonada », bien qu'il y mette aux prises deux absiractions, l'Entendement (lo seny) et le Cœur. L’Entendement reproche au Cœur son orgueil qui le pousse à rechercher les honneurs (grans estats) où 1l n’a trouvé que tristesse et envie. Le Cœur répond qu'il espère malgré tout et qu'il vaut mieux jouir d’un peu de bonheur (benanança) que passer sa vie dans la vulgarité. Quelque grandes souffrances qu'il doive en résulter pour lui, 1l s'engagera dans l’amour des dames qui a été, pour tant de héros, la source de la gloire : « Béni soit, ajoute-t-1l, l’orgueil qui fit valoir Tristan, Lancelot, le roi Alexandre, et aussi le haut prince Galeot, Palamède (3), Brunehort (4) et Agravain (5), Agamemnon qui

(1) Zbid., p. 322.

(2) Zbid., p. 187.

(3) G. Paris, op. cit, K 63.

(4) Personnage du roman de la Table Ronde Claris et Laris. Cf. Hist. litt.,

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