‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 110 sur 302 · INFLUENCE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA FRANCE

d'André le Chapelain, De arte honeste amandi, qui contient, comme l’a dit Gaston Paris (1), «le code le plus complet de l’amour courtois tel qu’on le voit en action dans les romans de la Table Ronde ». Plusieurs écrivains eatalans, et, en particulier, Auzias March y ont puisé, comme ncus le verrons, quelques-unes de leurs idées sur l’amour. Signalons enfin, comme appartenant à la même zone d'influence , le Testament d'amor, écrit aussi en prose par un anonyme, vers la fin du xiv® siècle, « en lo castell de la Perillosa Guarda (2) ».

Mais, dès cette époque, quelques écrivains songent à se libérer de l'énorme tribut que la littérature catalane paie depuis longtemps à la France. L'auteur de la nouvelle de Frèrc-de- Joie (3) refuse de parler français, quelque belle langue que ce soit. Bernat Metge, de son côté, abandonne, on l’a vu, les mètres subtils et compliqués des troubadours pour le genre plus facile, mais plus prosaïque, des noves rimades. Mais l’un et l’autre emploient encore des formes « imousines ». D’autres, au contraire, prétendant ne rien entendre « à l’art de trouver », comme le poète des Cobles de la divisiô del regne de Mallorca (4), se résignent à n écrire que « des couplets grossiers en parler catalan » (algunas coplas grosseras en parlar català), ou, s'ils sont instruits dans la poétique provençale, au point qu'ils en deviennent les interprètes, comme Lluis d’Aversé (5), ils revendiquent le droit de le faire en catalan et s’écrient fièrement : Puisque

dementre que ell anas a veure tot sol la selua del rey Artus, e com fos entrat dins la selua, huna joue fembra, la qual era plena de marauellosa bellesa e caualchas hun marauellos cauall tota en cabells va exir a carrera a aquell cavaller. La qual lo caualler saludà encontinent e ella respos-li ab cortesa paraula.. » Il est facile de reconnaître dans ce passage le chap. VIII d'André le Chapelain : « De regulis amoris. — Nunc ad amoris regulas accedamus. Regulas autem amoris sub mulla tibis, Gualleri, conabor ostendere brevitate, quas ipse rex amoris ore proprio dicitur protulisse el eas scriptas cunciis amandibus direxisse. Nam quidam Britanniae miles dum solus causa videndi Ardurum silvam regiam peragrarel... » (Andreae Capellani regii Francorum DE Amore, éd. E. Trojel, p. 295).

(1) G. Paris, op. cit, $ 104.

(2) Boletin de la Sociedad Arqueolôgica Luliana, I, Sept. 1890, p. 289-296.

(3) Romania, XITI, 275.

(4) Miza, Obras, TIT, 328. — Là encore (str. 18 et 19) se trouvent des souvenirs du « roi Artus » et du Roman de Troie.

(5) Zbid., 295.

184 cHAP. 11. — LA POÉSIE CATALANE DÉ 1393 À 1430

je suis catalan, je ne dois pas me servir d’une autre langue que le catalan {car pus jo son català, no m dech servir d’altra lenguatje, sinô del meu) !

Initiatives généreuses, mais qui ne trouvent encore que peu d'imitateurs. Les premiers poètes du xve siècle restent les esclaves d’une mode plusieurs fois séculaire. Leur langue est essentiellement provençale, quelque grandissant qu'y soit le nombre des catalanismes, et ils se conforment toujours, pour les genres et les mètres, aux préceptes de l'Ecole Toulousaine. Ils ne font exception que pour une forme nouvelle, celle de la ballade (1), mais sous l'influence des poètes français, Guillaume de Machaut et Oton de Granson, et du recueil des Cent ballades (2). Andreu Febrer (3) et Luis de Vilarasa (4) nous en ont laissé quelques spécimens d’une bonne facture, clairs et sobres, où manque malheureusement toute spontanéité.

Mais la ballade n’était pas faite pour retenir longtemps l’esprit d’un peuple peu enclin à la frivolité. L’attention des Catalans ne tarde pas à se tourner vers d’autres régions que la France. De l'Est, c’est-à-dire de l’Itahe, affluent de nouveaux rayons de lumière qui vont rajeunir les vieux thèmes défraîchis et font entrevoir en même temps aux intelligences avides de science les trésors jusque-là ignorés de l’antiquité classique.

(1) Le planh provençal, plant en Catalogne, devient aussi la complanta, par imitation de la « complainte » des poètes français, surtout d’Oton de Granson (cf. Romania, XIX, 403-448) ; mais le changement ne porte, à proprement parler, que sur le titre du genre (T. Amar, p. 629 ; Mira, Obras, III, 448, 450, 453).

(2) Le chansonnier B décrit par Milà (Poët. lyr., 10 ; Obras, III, 449), renferme 22 pièces françaises dont plusieurs ballades de Machaut et de Granson et une française, aussi, de Mossèn Jachme Scriva: Hoies, oies, mon cuer, ce que. pueil dire. Pere Torroella cite aussi, dans sa compilation Tant mon voler, un couplet de Xartier (Alain Chartier) dont la Belle dame sans merci sera traduite en catalan par Francesch Oliver, Mexaut et Miser Oto (Baselga, op. cit., 185, 188, 196). On sait aussi combien ces trois auteurs étaient appréciés par le marquis de Santillana.

(3) Mira, Poët. lyr., 7 (Obras, III, 445).

(4) T. Amar, op. cit., 666.— Les cinq ballades du Cançoner de Paris (fol. 136 v°- 138 v°) sont sans envoi (tornada), comme celles de Machaut et composées seulement de trois huitains. |

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