‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 121 sur 302 · LE PORTRAIT DE SA DAME · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE SA DAME

comme l'expression (1). Voilà pourquoi il loue le maintien, la démarche, le port impeccable de sa dame (2). Il va même jusqu'à dire, dans un de ses poèmes, que c’est tout ce qu'il aime en elle (3). C’est pour la même raison que le mouvement des yeux, lo gest dels ulls, est aussi significatif (4), et que, doués d’une puissance merveilleuse, ils atteignent le cœur de l’homme, « même à travers une curasse ». S'il implore un regard de son amie, c'est parce qu'émanant de son âme, suivant la doctrine bien connue des troubadours, il ira, par une sorte de transfusion qu'il compare non sans trivialité au coulage de la lessive, émouvoir son propre cœur (5).

Le tableau reste néanmoins un peu flou. Il y reproduit un idéal de convention, le type de la femme consacré par le Moyen âge. Sa dame est, comme pour les autres poètes du temps, un être pâle, frêle, sans formes et presque émacié. C’est un personnage de fantaisie qu'il aime plus par la tête que par le cœur, et 1l nous dit lui-même :

Mon esperit contemplant se contenta e dintre si una persona forja. D’ella no pens braços, mans, peus ne gorja.

Solament vull d’ella tan clara pensa que res de mi no 1 fos cosa secreta, abta y sabent, e d’amor fos estreta,..

En fait, ce qui l'intéresse chez sa dame, ce n’est pas tant son corps que son esprit, et 1l insiste davantage sur ses qualités intellectuelles et morales que sur ses charmes extérieurs.

La première vertu qu'il considère en elle est l’Intelligence ou l’Entendement, lo seny, l'entendre, l'enteniment. D'où la

(1) « Et ideo oportet quod creatura corporalis a spirituali moveatur ». SAINT Tuomas, Sum. Theol., I, 110, 1.

(2) XXIII, 36. Cf. LIT, 15 ; XII, 8, 43 ; XXXIIT, 11 ; CI, 13, 45 ; CIX, 5. — Le mot gest a le même sens chez Pere March :

E que bes guard de tot’ avinentesa e d’avol gest e de mal perlamen...

(Mila, Obras, IIT, 462).

SIRONIECRSTE ) CXVI, 73, 115, 121.

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