GUIRAUT DE CALANSO ET GUIRAUT RIQUIER
une allusion au commentaire que Guiraut Riquier (1) a écrit de la pièce de Guiraut de Calanso et où il nous montre, avec le même réalisme, que le « fait » (2), c’est-à-dire l’union sexuelle, amène nécessairement la disparition de l’amour (3).
Ce qui est certain, c’est qu'Auzias March est, avec Guiraut Riquier et les troubadours postérieurs, contre la conception que se faisaient de l’amour les Guilhem d'Aquitaine et même les Bernart de Ventadorn. Moraliste plus que poète, il ne veut pas de leur amour purement « délitable » et sensuel, du « tiers inférieur d'amour ». C’est à cette passion et à ses panégyristes d'autrefois qu'il a pensé lorsqu'il a écrit dans la pièce Tot entenent, qui est un véritable traité sur les différentes espèces d’amour :
D’aquest voler los trobadors escriuen
e per aquest dolor mortal los toca, (LXXXVII, 41-42).
Ainsi donc Auzias March est comme imprégné des doctrines de l’amour courtois, et 1l fréquente volontiers les lieux communs auxquels s'étaient complu les poètes en deçà et au delà des Pyrénées, mais au désir charnel qu'avaient chanté les premiers troubadours, 1l préfère l'amour pur tel que l’avaient exposé les derniers représentants de la poésie provençale.
Avec ces idées si particulières sur l’amour, Auzias March devait naturellement emprunter à la Provence la forme poé-
(1) Man, Werke, IV, 210-232.
(2) « Lo faitz, per que mor l’amors » (v. 526). Cf. AnGLADE, op. cit., p. 255.
(3) Idée très voisine dans Auzias, LVIIT, 43, et surtout dans la tornada suivante où il fait une allusion bien nette aux troubadours :
Lir entre carts, molts trobadors han dit que l bé d’amor es al començament.
Yo dich qu’està prop del contentament, d’aquell ho dich qui mor, desig finit.