‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 154 sur 302 · LV · texte numérisé non relu

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tique à laquelle elles étaient, pour ainsi dire, attachées, et le langage qui servait à les exprimer.

Et, en effet, nous trouvons d’abord chez lui le souci d’art par lequel se sont toujours distingués les troubadours. Mais il n’est pas partout aussi sensible, Ses œuvres les plus limées, les plus polies, sont ses chansons proprement dites. Malheureusement ce sont aussi les plus obscures, et cette obscurité ne tient pas toujours à la dose de philosophie scolastique qu'il a, comme nous le verrons, incorporée au vieux fond provençal. Il veut parfois, et de propos délibéré, s'éloigner du vulgaire et n’écrire que pour les initiés. Admirateur d’Arnaut Daniel comme Dante et Pétrarque, il a donné beaucoup plus que ces derniers dans le même travers. Bon nombre de ses chansons présentent le langage quelque peu sibyllin qu'affectaient les amateurs de la poésie fermée, du #robar :lus. Comme eux 1l sacrifie aussi à la rime et aux jeux de mots la netteté et la suite des idées. Ce désordre est sans doute destiné à rendre plus manifeste l’état de folie résultant de l'amour, et, quoiqu'il nous dise lui-même qu'il n’est pas un effet de l’art,

Lija mos dits mostrans pensa torbada, sens algun art exits d’hom fora seny.… (XXXIX, 5-6),

al faut y voir un procédé purement artistique, un artifice qu'il a été le seul parmi les poètes catalans des x1v€ et xve siècles à adopter et qui lui a valu la réputation, en partie méritée, de poète énigmatique (1).

Les genres qu'il a cultivés étaient tous connus des troubadours, Il en a trouvé les modèles dans leurs poésies et les règles dans les Leys d'amors qui eurent, nous le savons, tant de succès en Catalogne. Il ne semble pas que ses chansons aient été faites pour être chantées, quelque goût qu'il ait eu pour la musique. Certaines se prêteraient cependant à la mélodie, comme, par exemple, la pièce à refrain No m fall recort del temps tan deliés, une des plus gracieuses du recueil, et il n’est pas étonnant qu'à l’époque où son œuvre était lue et commentée dans toute

(1) A. Morez-Fario, Kat. lit., p. 79.

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