‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 159 sur 302 · LA DIVINE COMÉDIE · texte numérisé non relu

LA DIVINE COMÉDIE

vivants et interroger, comme le grand Alighieri, les âmes infernales :

e vaja yo los sepulcres cercant, interrogant animes infernades,

e respondran, car no sén companyades d’altre que mi en son continuu plant.

Cette « plainte continuelle » que font entendre les âmes de l'enfer rappelle bien (les clameurs désespérées, les plaintes des damnés qui, suivant Dante ({nf., 1, 115-117), réclament à grands cris une seconde mort ». — Un peu plus loin, il compare les tourments du géant Tityos, qu'il appelle Tixion par une étrange confusion, à ceux qu'il endure lui-même. Or on sait que Dante avait placé ce géant autour du puits de l'Enfer ({nf. XX XI, 124), à la suite, il est vrai, de Virgile qui fait, lui aussi, comme d’ailleurs Lucrèce, une ample description de son supplice et qu'Auzias March a peut-être connu directement. — Les allusions au fleuve Léthé (CIT, 139), et surtout à l’Achéron, cette Crivière de mort » (1) qu'il franchit, chaque jour pour fuir les rigueurs de sa dame semblent bien avoir la même origine.

Deux souvenirs du Purgaloire méritent d’être relevés. C’est d’abord Caton d'Utique qui représente pour Auzias March, comme pour Dante (1, 71-75), le courage contre la mort et l’amour de la liberté (2),

E de aço Cato mostrà cami e li mès nom üs de la libertat,

(LVIE, 5-6).

Puis, notre poète, parlant de l'amour, nous dit combien il est difficile d'en gravir « l’âpre côte » (IT, 40), songeant sans doute à la montagne escarpée sur laquelle s'engagent péniblement Virgile et Dante, à leur sortie de l'Enfer (Purg., IT, 46).

(1) Passe penant un riu de mort lo dia...

(LXXXVE, 9).

(2) A. Farinezu (L. c.), a déjà signalé ce rapprochement. Sénèque, Ep. LXXXIL, et Saint Augustin cité par Sainr Tnomas, Sum. Th., 215, IT-IT, 2, expriment la même idée.

Enfin le Paradis renferme une comparaison déjà imaginée par Aristote (1) et saint Thomas (2), d’où sortira le célèbre argument de l'âne de Buridan. C’est celle d'un homme placé entre deux aliments et subissant deux impulsions égales et con-

traires :

Intra due cibi distanti, e moventi D'un modo, prima si morria di fame, Che liber ‘’uomo l’un recasse a’ denti.….

(Par., IV, 1).

Auzias March commence aussi par elle une de ses plus belles chansons :

Axi com cell qui desija vianda per apagar sa perillosa fam, e véu dos poms de fruyt en un bell ram, e son desig egualment los demanda.

Notons que, dans la même pièce (v. 9-13), il se compare à la mer battue par deux vents contraires, comme Dante l'avait déjà ENT. NE 20 Durs XX RTE RTE)

C’est encore Dante (Par., VIII, 3, 34-39) (4) qui semble lui avoir révélé le troisième ciel où séjournent les bienheureux qui ont été amoureux sur la terre (XIV, 30).

Mais ce qu’Auzias March a dû admurer le plus dans la Divine Comédie, ce sont les doctrines philosophiques et théologiques qui en sont comme la base ; c’est l’art avec lequel Dante y a mis en vers la Somme Théologique de saint Thomas. Le poète italien y suit, en effet, le Docteur angélique comme un élève suit son maître, et il en résume les théories avec une telle fidélité que la lecture de la Somme est l'introduction nécessaire à certains de

(1) De cœlo, II, 18.

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