‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 163 sur 302 · LXVI. — ALrau No POT HAVER EN Si PODER · texte numérisé non relu

LXVI. — ALrau No POT HAVER EN Si PODER

P. Torelli ( 1)semble être le premier qui ait relevé l’étroite relation de la tornada avec le sonnet 3 de Pétrarque, mais elle a dû être remarquée, dès 1543, quand, bouleversant l’ordre des manuscrits et essayant peut-être d’imiter le classement du Canzontere, l'éditeur a placé au troisième rang le chanson Alg no pol.

Pétrarque raconte qu'il est devenu amoureux un vendredi saint, alors que, tout chrétien ne devant songer qu'à la prière, il

était sans défense :

Era 1 giorno ch’al Sol si scoloraro

Per la pietà del suo Fattore i rai ;

Quando 1’ fui preso, e non me ne guardaï..….

Tempo non mi parea da fer riparo

Contr’a’ colpi d’Amor..

Il en a été de même pour Auzias March qui s’écrie :

Amor, Amor, lo jorn que l’Ignoscent per bé de tots fon posat en lo pal, vos me feris, car yo m guardava mal,

pensant que L jorn me fora deffenent.

— Ressemblance très frappante, mais qui ne peut que nous inspirer des soupçons sur la réalité des sentiments d’Auzias

March. Il est vrai que Dante s’était épris de Béatrice un jeudi

(1) Op. et loc. cit.

268 cHAP. IV. — DANTE, PÉTRARQUE ET AUZIAS MARCH

saint et Boccace de Fiammetta un samedi saint (1). Désireux de symboliser lui aussi les débuts douloureux de son amour en les plaçant durant la semaine de la Passion, le poète catalan devait nécessairement répéter un de ses trois prédécesseurs italiens.

LXVIII — No M PREN AXI COM AL PETIT VAYLET.

Amador prétend que les vers 17-24 sont le développement de

la pensée exprimée par Pétrarque dans le sonnet 279 :

O servito a signor crudele e scarso ; Ch’ arsi quanto ‘1 mio foco ebbi davante...

(Sento l’aura...).

La comparaison d’Amour à un seigneur cruel et avare se retrouve seule dans le texte d’Auzias March, et nous avons vu qu'elle est due, pour cette même pièce, à l'influence directe des troubadours, et, en particulier, de Peire Ramon de Toulouse.

XCVITI. — S1 PER NULL TEMPS CREGUI SER AMADOR. Tassoni (p. 530) croit voir dans la strophe Enquer està une imitation de ce passage du sonnet 230 :

Nè credo ch’uom di dolor mora.

(L'ardente nodo..….).

Or, chose curieuse, rien ne correspond à proprement parler dans Auzias March à la pensée de Pétrarque. C’est que Tassoni a considéré, non pas le texte catalan, mais la traduction tout à fait inexacte qu’en avait donnée Roman :

No creo que puede ningun dolor matar, Pues no mat6 tan gran dolor a mi.

(1) E. J. Derécruze, Dante Alighieri ou la poésie amoureuse, Paris, 1857, in-12, I, 132.

Page 1