‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 170 sur 302 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Il est possible qu’il ait connu ces poètes par des extraits, par des citations insérées dans quelque recueil encyclopédique, dans une des compilations que renfermait la bibliothèque de son père. C’est plus probablement encore dans un de ces livres ou dans un Bestiaire qu’il a puisé un trait d’héroïsme purement légendaire, attribué au castor par les naturalistes de l'Antiquité. Juvénal, le premier, en a fait l’objet d’une singulière comparaison. Célébrant le retour de son ami Catulle, le poète raconte qu’il n’a échappé au naufrage qu'en faisant jeter à la mer ses effets les plus précieux,

Imitatus castora qui se Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno

Testiculi : adeo medicatum intelligit inguen ! (Sat., XII, 34-36).

Silius Italicus (XV, 484), compare lui aussi au castor Hasdrubal abandonnant son butin à l’ennemi qui le poursuit, et ce merveilleux exemple d’instinet est encore rapporté dans le livre provençal sur Las naturas d’alcus auxels e d’alcunas bestias (2). Mais il semble qu’Auzias March se soit plutôt inspiré de Juvénal

dans le passage suivant :

Si col castor caçat, per mort estorcçre, tirant ab dents part de son cors arranca, per gran instint que natura li déna :

sent que la mort li porten aquells membres... (XXIV, 25-28).

(1) Præsens (Fortuna) vel imo tollere de gradu Mortale corpus, vel superbos Vertere funeribus triumphos.

(Carm., 1, xxxv, 2-4).

(2) Barrson, Chrest., 328. — L’Arioste a repris plus tard la même comparaison dans son Orl. fur., XX VII, str. 57.

Rien ne prouve que son allusion à Phèdre et à Hippolyte provienne d’une des tragédies de Sénèque (1). Mais il a certainement subi l'influence directe ou indirecte de ses doctrines philosophiques. On sait, en effet, que plusieurs opuseukes apocryphes circulaient au Moyen âge sous le couvert du philosophe romain (2). He nomme dans deux de ses poésies morales (CVI, 161, CXIT, 227), mais on retrouve la même inspiration dans la chanson Alguns passais où ïl fait, comme Dante, l'éloge de Caton d’Utique. Voici, d'autre part, comment il a paraphrasé la célèbre pensée Jra furor brevts :

Si com a l’hom frenetich l’es molt greu, quant a fer mal se vol esser levat, lo fort ligam que li hauran posat, y el mal no sent fins la follia véu, ne pren à mi quant so torbat per ira...

L'inspiration de la Bible, à laquelle 1l a emprunté la devise Lir entre carts, se rencontre aussi quelquefois. Le début de la pièce Cervo ferit no desija la font est une 'traduetien du Psauwme XLI, 2 : « Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum : ita desiderat anima mea... » Une autre pièce Maleyt lo jorn que m fon donada vida commence par le verset bien connu « Pereat dies in qua natus sum » du livre de Job (III, 3). — L'Evangile, à son tour, lui fournit quelques traits pour l'éloge qu'il fait de Jésus dans la pièce Pahor no m sent que Sobreslaus me vença. 11 se compare ailleurs à saint Pierre, victime comme lui des passions de l'amour et coupable des pires erreurs (3) :

Hoit he dir que, per esser pus franch a perdonar Sent Per’ als peccadeors, Deu permeté que vengués en error mostrant-li com lo sameer pot ser manch ; tot enaxi demi Deus ha permès que :am.e tal que no s gose bé dir.

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