‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 172 sur 302 · CHAP. V. — POÉSIES AMOUREUSES. SOURCES SCOLASTIQUES · texte numérisé non relu

CHAP. V. — POÉSIES AMOUREUSES. SOURCES SCOLASTIQUES

idées et surtout le mouvement dans la célèbre ballade sur les

Dames du temps jadis :

Die, ubi Salomon, olim tam nobilis ? Hon es l’enginy d’Aristotil trobat, Vel ubi Samson est, dux invincibilis ? d’Origenes, Seneca e Plat6 ? Vel pulcher Absalon, vultu mirabilis ? Qui mostrarem semblant al fort Sams6? Vel dulcis Jonathas, multum amabilis ? Hon es tan bell com Absalon trobat ? Quo Cæsar abiit celsus imperio ? Linceus fon qui res no l’escapava Vel Dives splendidus, totus in prandio ? que no fos vist per sa vista suptil : Dic, ubi Tullius, clarus eloquio ? dins en la mar veya de millers mil : Vel Aristoteles summus ingenio ? lo viure Ilur més que 1 present durava.

(Mione, Patr. lat., CLXXXIV, 1315), (XX VI, 41-48).

On peut saisir là tout le procédé d’Auzias March. Il modifie de façon sensible le contenu et l’ordre des idées de son modèle, comme il l’a déjà fait pour le troubadour Peire Ramon de Toulouse. Mais il en garde volontiers l'esprit, et quelques expressions reviennent sous sa plume par le sourd travail des réminiscences. Critiquant, à la manière des Provençaux, les mœurs corrompues de son siècle, parce qu'il est incapable d'apprécier et de pratiquer l’amour pur que sa dame elle-même dédaigne, il se rappelle plus ou moins obscurément quelques vers du poème stoïco-chrétien sur la vanité des biens terrestres et il les adapte immédiatement à son sujet. Son imitation ne va pas, on le voit, sans quelque indépendance. |

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Mais l’auteur favori d’Auzias March, celui envers qui il a contracté les dettes les plus importantes est saint Thomas. La plupart des idées fondamentales et présque toute la substance de ses poésies, même amoureuses, en émanent directement. Îl ne le nomme pas, mais ce n’est pas dans l'intention de dissimuler ses emprunts. La Somme Théologique était encore à son époque l'encyclopédie que tout homme instruit était tenu de posséder, où étaient concihés, dans la synthèse la plus harmonieuse, la raison et la foi, la nature et la grâce, l’intelligible et le sensible,

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