‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 177 sur 302 · LES TROIS FACULTÉS · texte numérisé non relu

LES TROIS FACULTÉS

alguazil sa volonté, et il lui défend d’user désormais et même de se souvenir de sa Mémoire qu'il lui a ravie :

Los tres poders qu’en l’arma sôn me força ; dos m'en jaqueix, de l’altr ’usar no gos….

De fet que fuy a sa mercè vengut, l’Enteniment per son conseller pres, e mon Voler per alguazir l’a mès, dant fé cascü que may serà sabut en lur mercè lo companyé membrar, servint cascü lealment son offici, si qu'algû d’ells no serà may tan nici qu’en res constrast que sia de amar.

Ailleurs encore (XXVII, 1-8), Auzias March reproduit la même division, mais substitue à 11 Mémoire l’Imagination. On sait, en effet, que, pour Aristote et pour saint Thomas, elles sont intimement unies.

Si l’amour lui enlève, avec la Mémoire ou l'Imagination, l’usage de la parole (X, 43-44) et le fait paraître « innocent », c'est qu'il s'adresse plus particulièrement aux deux facultés proprement spirituelles, l’Intelligence et la Volonté.

Par l’Intelligence, l'homme recherche la vérité, par la Volonté, il aspire au bien ou au plaisir (1) :

La Voluntat a bé y a delit salta, l’Enteniment sol entendre 1 ver mana.

A la fois intelligent et doué de volonté, l'homme sait donc pourquoi il veut. C’est la caractéristique de Finclination humaine, ce par quoi la volonté se distingue de l’appétit purement corporel et bestial (2) :

Axi com so compost de molts contraris, ma voluntat e l’apetit son varis…

{1) Cf. CXI, 29-30.

(2) Cf. CXVII, 49-50.

L'Amour sera précisément défini cette volonté bonne, cons-

ciente d'elle-même et de sa fin (1) :

Volenterés acte de bé es dit.

Aquell’ amor que s diu voluntat bona..

Dans cet amour la volonté suit toujours la connaissance. Non seulement Auzias March déclare qu’en lui la Volonté et la Rai-

son s'accordent pour aimer Plena de Seny :

Ma Volentat ab la Rahé s’envolpa

e fan acort la qualitat seguint, (II, 33-34),

mais placé entre deux dames, comme le personnage imaginaire d’Aristote, saint Thomas et Dante, entre deux mets également appétissants, il a choisi celle que l'Entendement lui a indiquée comme la plus digne d’être aimée. « C’est l’Entendement, ajoute-t-1l, qui triomphe de la sensualité. Bien que le premier mouvement ne soit point en lu, c'est cependant à lui qu'il appartient de décider :ilest le guide assuré de la Volonté. Qui done murmurerait contre lui, alors que la Volonté, par qui l’action s'exécute, le reconnaît pour seigneur, et, si elle discute avec lui, se guide finalement sur ses indications ? »

EI es qui venc la sensualitat.

Si bé no es en ell prim mouiment, en ell està del tot lo jutjament :

cert guiador es de la Voluntat.

Qui es aquell qui encontra d’ell reny, que Voluntat, per qui 1 fet s’executa, l’atorch senyor, e, si ab ell disputa, a la perfi se guia per son seny ?

(1) CÎ. Cerveri :

Hom ditz amors de so qu’es volontatz Que ven d’azaut… et N’Ar pe Mons :

Amors es volontatz..

Ces deux passages, cités par M. J. ANGLADE, op. cit., p. 258, peuvent être

Page 1