LA HAINE D'APRÈS ARISTOTE
Il ne s’agit que de lui dans le début de cette pièce, tout impersonnel qu'il soit et inspiré directement d’Aristote pour quelques-uns de ses traits (1). Cette influence est encore plus sensible dans l’énumération qui suit des causes de la haine. L'amitié pour Aristote, l'amour pour saint Thomas et pour Auzias March, a une triple condition : le bien, le plaisir et l'intérêt. Suivant notre auteur, d'accord sur ce point avec Aristote seulement, puisque saint Thomas-a négligé d’en parler tout au moins dans sa Somme, les causes de la haine sont aussi au nombre de trois. Ce sont l'injustice ou le mal finiquitat), le déplaisir {desalt) et le dommage {dan) (2). Arrivant enfin à son propre cas, il nous montre la lutte acharnée que se livrent dans son âme l’Amour et la Haine (v. 25-40). L'Amour en sort encore vainqueur, mais avec l’appui du mauvais désir (foll voler). Saint Thomas s'était déjà demandé, à propos de la haine, utrum odium sit fortius quam amor (3), si bien que la même chanson nous offre à la fois des traces de l’Æthique à Nicomaque et de la Somme de Théologie.
Il épanche enfin dans le « maldit » Vos qui sabeu la haine que lui inspire l’amour mercenaire de Na Monbohi. Son devoir, a-t-1l
jointe à celle de l’aversion dans les vers suivants :
E, si remey a ma dolor trobäs,
fora content, car yo n desig exir :
los vostres fets me fan vos avorrir,
e no s pot fer que ab vos praticäs.
Mon partiment no pusch bén acabar...