‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 191 sur 302 · XII · texte numérisé non relu

XII

Il redoute ensuite le blâme. C'est la verecundia dont 1l examine trois formes (2) : le désir de la bonne renommée (XL), qui, suivant Aristote, est une condition du bonheur {3), la bonne honte ou la pudeur (4) que lui fait éprouver l'amour grossier (XLIT) et dont 1l décrit les manifestations (XLITI, 9-24), et la mauvaise honte, viciosa vergonya, c'est-à-drre la peur de bien faire par un trop grand souci de l'opinion d'autrui. Il mentionne cette dernière dans une pièce sur le mérite et la vertu L'ome pel mon no munta’n gran valer qui est une véritabls mosaïque de pensées et d'expressions aristotéliciennes (3).

(+) S°Th., T-I1, 37, 2.

(2) Guiraut Riquier en distinguait jusqu’à cinq. Cf. J. ANGLADE, op. cit. p. 278.

(3) Saint Thomas la met au-dessus des 'ichesses (S. Th. II-IT, 73, 2 et 3).

(4) « Pudicitia a pudore dicitur, qui videtur idem esse verecundiæ » ( S. Th., II-IT, 151, 4).

(5) Le valer, « valoir, mérite, dignité », est l’4t1, dont il est question Eih. Nic., V,6,1131 a, 26. — Les v. 2-5 énumèrent, d’après Eth. Nic., I, 3, 1095 b, 32sqq, les principales conditions du bonheur, béns = rodsov, inalge gran — ed Yéveray, et mettent la vertu, bondat — äaperiv, au-dessus des autres. Ces dernières ne valent que par l’usage qu’on en fait et peuvent être cause de malheurs, Eth. Nic., I, 1, 1094 b, 17; IV, 4, 1122 a, 17 sqq.— Le v. 9 offre une image em-

304 cHAP. V. — POÉSIES AMOUREUSES. SOURCES SCOLASTIQUES

La crainte ou la peur proprement dite est un des sentiments le plus souvent exprimés par Auzias March. Il a peur de succomber au mal, c’est-à-dire aux attraits physiques de sa dame. C’est

pour lui la crainte suprême,

La gran pahor que m tol ser delités.

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