LXIX
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AM. PAcÈs. — Auzias March. 20
306 cHAp. vV. — POÉSIES AMOUREUSES. SOURCES SCOLASTIQUES
L'’audace qu’il nomme ardiment (LXIX, 35) et qu'il oppose à la crainte (tembre) sous le nom de jiar (LIN, 42), présente plusieurs espèces. La plus rare est le courage contre la mort. C’est le sujet de la pièce Vengut es temps que serd conegut où l'on remarque encore l'influence certaine de l'Ethique à Nicomaque (1) et dela doctrine suivant laquelle le courage est un milieu entre la lâcheté et la témérité.
La colère est une tendance agressive comme l'audace et que l’homme ressent, quand le mal est présent et qu'il a immédiatement à lutter contre lui. Auzias March l’éprouve surtout contre lui-même, quelque amour qu'il ait pour sa propre personne, parce qu'il découvre en lui de mauvais désirs. L'homme rationnel qui est en lui peut, en effet, s'irriter, comme l’a montré saint Thomas (2), contre l'homme sensible, pour le punir, pour le châtier chaque fois qu'il le mérite. C’est le sujet de la chanson Ab tal dolor où il analyse, dans un passage déjà cité (3) un des principaux effets de la colère qui est de troubler notre raison et de nous rendre fous (4), commel'avait déjà dit Sénèque.
De même le fol amour suscite en lui la colère, et ces deux passions luttent l’une contre l’autre au point qu'il ne sait laquelle des deux l’a emporté (LXV). Mais un des plus curieux effets de sa colère contre sa dame est précisément de mettre mieux en relief l'amour qu'il a pour elle :
Quant ira s mor, amor.de mi s desterra.…
(1) III, 10,1115 b,17.— Les v. 13-16, qui sont très obscurs, prennent un sens: acceptable si on les rapproche de l'Eth. Nüc., III, 9, 1115 a, 29, où Aristote soutient que la forme la plus belle du courage consiste à affronter les périls de la guerre, mais que cependant celui qui supporte une longue maladie fait aussi preuve de courage. D'où l’idée d’Auzias que c’est en face de la mort que se révèle le couard, « quand il voit auprès de lui des femmes qui le veillent ou le soignent ». — Il en est de même des v.17 et suivants, qui sont une paraphrase de l’'Eth. Nic., II, 10, 1115 b, 28 sqq. — Les v. 31-32 reproduisent une théorie sur la vertu déjà mentionnée (voy. ci-dessus, p. 308, n. 5). — Remarquons toutefois l'inspiration stoïcienne du v.36,et, au v. 55, le commentaire d’une sentence de Virgile devenue proverbiale : Audentes fortuna juvat (En. X, 278).
(2) S. Th., I-II, 46, 7.
(3) Voyez ci-dessus, p. 282.
(4) C£. XLNW, 99. — « Unde ira inter cæteras passiones manifestius impedit judicium rationis » (S. Th., I-IT, 48, 3). À l'influence de saint Thomasil faut. joindre sans doute celle de Sénèque dont on connaît le mot : fra Juror brevis.