‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 220 sur 302 · LA DOUCEUR DES LARMES · texte numérisé non relu

LA DOUCEUR DES LARMES

cœur souffre, en songeant pour qui et d’où me vient ma douleur »,

Pensant per qui ne d’on ma dolor vé…. (XCV, 25-27),

C’est précisément la même explication qu'Aristote a donnée du plaisir qui se glisse dans la tristesse et dans les larmes. « Dans le deuil et les lamentations, dit-il (1), il y a encore un certain plaisir. Le chagrin vient de la séparation, mais on trouve du charme à se souvenir de l’ami perdu, à le voir en quelque façon, à se rappeler ses actions et toute sa personne. »

Un autre motif de consolation, plus efficace peut-être, est la survivance en lui, après la mort de sa dame, de l’amour désintéressé qu'il éprouvait pour elle.

De son vivant il s'y mêlait des désirs sensuels qui en ternissaint l'éclat. Sa mort l’a épuré, et le poète, reprenant une image que les troubadours avaient déjà fournie à Pétrarque, le compare à l’or fin que le feu a purifié de tout alliage :

Axi com l'or, quant de la mena 1 traen, està mesclat de altres metals sutzeus,

e, mès al foch, en fum s’en v4 la liga, lexant l’or pur, no podent se corrompre, axi la Mort mon voler gros termena...

L'’honest voler en mi roman sens mescla.

(KCIV, 25-32 (2).

Le grain, dit-il encore, n’est plus avec la paille :

… lo gra no’s ab la palla.

Ces éléments impurs sont les deux autres amours, l'amour

mixte et l’amour charnel.

(1) Kai êy vos mivhest 421 Ponvots Eyylvaras vis hôovd: ‘H pèv yào ÀÔTN Ër) doyen, hôové d'èv to peuvAost a 624 Rws 245ivoy, LA à Enpurte, 005 ñv (Rhét. I, 11-12).

(2) Cf. XCIT, 183-185.

Am. PacÈs. — Auszias March. 25

Celui-ci, qui n’a son principe que dans le corps, ne saurait tarder à périr, puisque, sa dame morte, il n’a plus rien à désirer :

Aquell voler qu’en ma carn sola s causa,

si no es mort, no tardarà que muyra..

Plus de saint, plus de fête, dit-1l assez plaisamment :

Fallint lo sant, defall la sua festa… (XCII, 214).

Il n'a plus désormais à redouter les révoltes de la chair (XCIV, 118) pour le corps de sa dame qu'il déclare (avoir tant aimé » (XCVI, 10), reconnaissant par là quel attrait physique sa beauté avait exercé sur lui.

L'autre amour, qui dérive de l’âme et du corps, se maintiendra plus longtemps, puisqu'il touche à l'esprit fait pour

l'éternité :

L'’altre, per qui dol continuu m’abuyra,

si m defalleix, no serà sens gran causa.

EIl pot ser dit voler concupiscible,

e sol durar, puys molt de l’arma toca, mas fall per temps, car virtut no invoca.….

(XCIT, 43-47).

Quant à l'amour honnête et vertueux, il ne saurait disparaître d’un «€ cœur noble », à la mort de l’aimée :

En cor gentil amor per mort no passa.

Puisque son âme est immortelle et qu'elle est l'unique objet de son affection, nul ne pourra s'étonner qu'il continue à la chérir et à y trouver un encouragement :

D’aquest’ amor am aquella qu’es morta e tement am tot quant es de aquella.

L'’esperit viu. Donchs, quina maravella que am aquell’ e res tant no m conforta !

Eu

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