‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 222 sur 302 · XCIII · texte numérisé non relu

XCIII

Il n’est pas possible que la mort mette fin à leur sympathie, à leur bienveillance réciproque. Leurs âmes faites l’une pour l’autre doivent se réunir avec le secours d’en haut.

L'amour d’Auzias March a survéeu à sa dame, plus nettement chaste qu'auparavant, exempt désormais de tout élément impur.

Jusque-là notre poète reste fidèle à la tradition des troubadours et des poètes italiens. Mais voici où 1l se sépare d'eux pour tirer de sa conception de l’amour-amitié une conséquence tout à fait imprévue.

Aimer une femme d'amour pur, surtout quand elle n'est plus là, c’est chose dont ses prédécesseurs s'étaient contentés. Mais un amour auquel l’aimée ne répond pas par un amour égal n’est pas possible. Aristote l’a dit : l'amitié vertueuse implique une bienveillance réciproque et réciproquement connue. Voici, dès lors, la difficulté qu'imagine notre poète. Il lui était facile, du vivant de sa dame, de savoir si elle partageait son amour, Que faire, maintenant qu'elle est morte ? Qui le renseignera sur ses dispositions d’outre-tombe ? Son amie l’aime-t-elle encore, et, s’il en est ainsi, comment réaliseront-ils la vie commune d’où dépend l'existence même de leur affection ?

Cruelle énigme, bien digne de tenter un esprit amoureux de subtiles pensées !

IT est vrai que nous devons faire remonter à Aristote encore l'idée première de ce curieux problème de télépathie amoureuse. On sait, en effet, qu'il se demande, dans son Ethique à

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