‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 226 sur 302 · LA LITTÉRATURE MORALE AU XV® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE MORALE AU XV® SIÈCLE

Tous les écrivains, prosateurs et poètes, se préoccupent de concilier la morale païenne avec les principes de la morale chrétienne, Aristote et Sénèque avec les Pères de l'Eglise, et surtout avec saint Thomas que Santillana place à côté de saint Augustin (1). C’est le désir de faire servir les maximes de la sagesse antique à l'éducation morale de ses contemporains qui pousse le prince de Viane, non seulement à traduire une seconde fois en castillan l’Ethique d’Aristote, d’après la version de Léonard, mais aussi à demander à «tous les vaillants lettrés d'Espagne » qu'ils composent un livre de morale où les théories grecques seraient mises d'accord avec les vérités de la religion chrétienne (2). Ce projet d'adaptation d’Aristote au Christianisme n'annonce pas encore, comme on l’a dit (3), l’esprit de la Renaissance. il consiste simplement à vulgariser l’œuvre de saint Thomas, que connaissait tout particulièrement D. Carlos d'Aragon, et à mettre à la portée de tous 1n catéchisme de morale individuelle et sociale, en langue vulgaire. Quoique la lettre du prince n'ait été envoyée qu'après son décès (1461) par son secrétaire et anu, Fernando de Bolea, 1l est possible que ses intentions aient été connues de son entourage longtemps auparavant. Il serait donc permis de croire qu'Auzias March, hé avec lui, comme on l’a toujours prétendu, non sans de fortes présomptions, a écrit sur ses instances, sinon tous ses poèmes moraux didactiques, tout au moins les deux derniers, qui ont l’allure des ensenhamens de la Provence (4), et sont une exposition plus populaire de la morale d’Aristote subordonnée à la religion et à la foi.

On peut donc distinguer dans ses dix-sept œuvres morales, d’une part, les sirventés proprement dits, composés presque tous dans la première période de sa vie littéraire et où sont traités différents lieux communs de la morale de son temps (5),

RUzLzL, Doc. inéd. del Arch. de Aragôn, XXVE, p. 260) : ltem un libre de Philosophia de Aristotil en metros. Cf. Catalogue de la Bib. de M. Ricardo Heredia, t. IN 1892, Paris, in-8, p. 151, n° 1880.

(1) Obras del Marqués, p. 302.

(2) Voir plus haut, p. 287.

(3) Despevises Du DEzerr, op. cit, p. 416.

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