‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 229 sur 302 · L'HONNEUR · texte numérisé non relu

L'HONNEUR

LL y a un faux et un véritable honneur. Le faux est celui que décernent les hommes; le vrai n'est, pourrait-on dire, afin de caractériser la théorie d’Aristote et celle d'Auzias March, que la splendeur et la récompense {premi) de la vertu (CVI, 28). Le premier se confond avec la réputation recherchée par les vaniteux, par tous ceux qui font le bien par intérêt ou ostensiblement (CVI, 57-72, 347). Ce sont des hypocrites (parencers, XXX, 17), ou, ajoute Auzias March avec l'Évangile, des sé-

pulchres blanchis (1) :

La Sepulcre sén hon res leig no pareix.

C'est ce désir de la gloire qui fait affronter la mort à quelques hommes et les pousse à des actes téméraires (XXX, 15-25), qui inspire aux autres le goût de la science et de la musique, de la force et de la beauté corporelles.

Hu vol ser dit franch ardit pe l com, altr’ en saber creu esser son cabail,

altr’ en virtut del cos o bell cantar..

Et, cependant, ce sont là des biens périssables ou pour lesquels les animaux sont mieux partagés :

De fortitud lo bou ha més potença ;

de temprament los ocells en florexen.

Per hun no res estime la bellesa,

en poch temps cau e molt poch la s’en porta, e son poch fruyt als folls amants comforta.

La sanitat mal poch la ns te defesa.

Il faut néanmoins compter sur le désir de la bonne renommée et sur la honte. Ce sont des sentiments puissants auxquels il convient parfois de faire appel (XL).

La santé elle-même est un bien qui n’a rien d’absolu. Il n’est

(1) S. Marn., XXIII, 27 : Similes sepuicris dealbatis. (2) Cf. CVI, 357.

trouvé tel que par les malades (1), comme la richesse pour les pauvres, et le moindre mal nous en prive (C, 112).

La même divergence d'opinions n'existe point en ce qui concerne les plaisirs du corps. C’est qu'ils sont, en effet, le fondement de notre existence. De là l'impossibilité d’y renoncer (CVI, 377-384). Mais ils sont, d’une part, communs à l'animal et à l’homme (2), tandis que le vrai bien doit être propre à

l’homme :

Qui ’n aquest môn de ser hom se contenta cerque delits que sa natura vulla,

lexant als bruts los camps e lur despulla, e sos delits no Is acurt ne ls dé’ mpenta.….

D'autre part, ils sont bornés et si parfois ils ne sauraient nous satisfaire, c’est que l’âme d’où ils dérivent en même temps que du corps les voudrait infinis :

Sobresvolguts nostr’ arma’n habit vé e vol n’eccés per sa’nfinida part.

En terme sôn e de lur terme Is part ; fer-los vol grans ; natura no u sosté..

Le seul bien qui se rapporte à l’homme, celui qui est son acte propre, son otxsïoy Epyov (propria obra, C, 71, lo bé qui propt es e seu, CVI, 270), est dans la satisfaction de l'esprit. C’est la connaissance pure ou la sagesse :

Lo delit d’hom en l’entendre s’assenta, quant veritat per aquell es sabuda.

En tal delit sa sciencia y ajuda, mas no’s complit sens voluntat consenta.

En bé obrar cosa de bé y eleta, e que delit prenga’n la sua obra, tot quant es d’hom fa sa propria obra :

si u fa per Deu, sa vida es perfeta.….

(1) C, 197-198, CVI, 354. — Cf. Eth. Nic., I, 2, 1095 a, 24 (2) Eth. Nic, I, 10, 1099 6, 32. ‘

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