PRINCIPAUX VICES
de Dieu, les hommes commettent leurs forfaits. Aucun ehâtiment ne leur est visiblement infligé et déjà les rois ne pumissent plus les puissants, parce qu'ils ont besoin d'eux et les redoutent quelque peu. De même que le loup dévore la brebis et le taureau énorme paît en sécurité les herbages, de même les rois exécutent les pauvres et non ceux qui ont des ongles » (CIV, 49-56).
Ce qui le choque le plus, ce sont les passions honteuses, la sodomie de certain chevalier, peut-être du justicia Giménez Cerdän que la reine Marie d'Aragon avait destitué pour ses mœurs inavouables (1) :
Si l’hom hagués per leig fet vituperi,
que far’ aquell cavaller sodomita,
havent près grau d’eccellent viril home,
y aquell jaqueix, volent costum de fembra ?
D'’alguns sabem aquest pecat orrible :
no veig senyal qu’honor los sia tolta.….
Les hommes se montrept beaucoup plus sévères pour les femmes, ajoute non sans malice notre auteur, bien que leur nature soit pour elles une excuse.
Quelques strophes particulièrement vigoureuses appellent sur eux la malédiction du ciel. Par quel miracle Dieu se vengera-t-il de tous ces hommes qui pèchent contre nature ? Quand se montrera-t-1l pour punir sur cette terre les puissants, les avares, les chevaliers qui commercent et les lâches ? Tout le monde flatte l’audacieux et lui cède le pas. Nul n’est à son rang, ni rois, ni sujets. (Ce n'est point la raison qui ordonne l’univers. Nul n’y prendra place s’il espère que le bon ordre y
(4) Voir Revista critica de hist. y lit. III, 35 et Revista de Archivos, août et sept. 1897. — Juan ne MENa blâme aussi
los maculados del crimen nefando de humana razôn en todo contrarios….
(Laber., CI).
. # RE règne, Il en est de lui comme de la table de Pérouse (1), où l’on ne voit point d'ordre, mais une éternelle confusion » :
No contrafà la taula de Perucça ; orde no y es, mas error sempiterna.….
Ailleurs il compare aux pièces de l’échiquier la populace (pobläs, CVI, 447) sourde et muette en présence de l’honnête homme qu'elle n’apprécie point selon ses mérites, car elle place le bien dans l'honneur et l'argent :
Poble yo dich a reys, peons e roch, duch, cavaller, juriste, menestral, havents per bé l’openié general qu’en la honor e diners tot bé toch...
IT
Dans la vie présente, l'homme peut, par ses facultés naturelles, participer au bonheur, soit en soumettant ses tendances à la raison, soit par l'exercice de son intelligence. Ce sont là ses fins terrestres. Mais il a aussi, suivant Auzias March, une fin surnaturelle qui consiste dans la vision de Dieu et à laquelle il ne peut pas arriver par ses seules forces et sans un secours particulier venu d’en haut.
Aristote et saint Thomas ont été Jusqu'à présent ses principaux guides, tous les deux contribuant à lui faire connaître la vérité. Il va maintenant ne se trouver qu'en présence de l’Ange de l'Ecole. La raison fait silence ; la parole est à la foi. Ce n’est pas que pour Aristote l’homme ne puisse pas se rapprocher de Dieu, s'élever au-dessus des choses humaines et
(1) Voir, sur cette allusion aux tables Eugubines, notre article de la Romania, XXXVI, 211.