LES VERTUS THÉOLOGALES
vivre en quelque sorte d’une vie divine et immortelle (1). Mais cette immortalité est toute impersonnelle et Dieu reste à jamais inaccessible dans sa majesté solitaire. Le vrai bonheur pour le chrétien doit être dans la possession même de Dieu par l'âme tout entière. Aristote n'a donc fait qu'entrevoir la béatitude. Avec lui nous n’atteignons que le seuil du Paradis. Saint Thomas, qui le complète sur ce point (2) comme sur tant d’autres, va nous conduire au cœur de la patrie céleste.
Le souverain bien (sobiran delit, CXII, 56), dit nettement Auzias March, la félicité qui résulte de la possession des vertus morales «nous conduit près du Ciel; elle ne nous y fait pas entirer, mais nous n’y entrons pas sans elle » :
Felicitat per propi nom lin sobra, e fa que nos prop lo Cel nos arrima, no ns hi fa’ntrar, mas no y entram sens ella.….
(CXIT, 57-59).
La sagesse humaine, la vie philosophique qui peut être prise pour fin devient moyen par rapport à la vie apostohique ou religieuse :
Axi com lo qui s’aparella a fer vida philosofal,
e vol puys l’apostolical, perquè li apar pus alta
e d’aquest môn se desalta, puys tant l’abelleix lo Cel, de si mateix hach bon zel y en virtuts morals mes fi, aprés girà lo seu cami
en celestial virtut….
Aux vertus morales connues par les païens (CXII, 321-330) et même aux vertus intellectuelles sur lesquelles Auzias March n'insiste pas particulièrement et qui semblent consister surtout dans la démonstration rationnelle de l'existence de Dieu (CXIII, 129), il faut ajouter les vertus théologales, car c'est
4) Eth. Nic, X, 7, 1177 b, 31 sqq.