‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 246 sur 302 · CATALANE ET CASTILLANE · texte numérisé non relu

CATALANE ET CASTILLANE

Nous avons parcouru les œuvres d’Auzias March en nous efforçant d’en dévoiler les origines véritables et le sens profond. De cet examen 1l nous reste cette impression qu'il fut essentiellement un troubadour, mais un troubadour philosophe en qui se développe, à mesure qu'il avance en âge, un goût de plus en plus exclusif pour la poésie didactique, morale et religieuse. Aristote et saint Thomas sont, avec les poètes de la Provence, ses maîtres principaux. C’est chez eux qu'il faut chercher la clef de presque toutes ses énigmes. L’inspiration de Dante et de Pétrarque n’a été qu’accessoire, et, s’il les a connus, ce qui ne fait d’ailleurs aucun doute, 1l ne les a pas vraiment imités. Il ne peut surtout pas être appelé un Pétrarquiste. On retrouve à peine dans ses poésies un ou deux traits réellement empruntés au Canzontiere. Les autres ressemblances tiennent à ce que le poète italien et le poète catalan ont eu des modèles communs.

Il est nécessaire de savoir maintenant quelle place il occupe dans la littérature, et quelle influence il a eue sur ses contemporains et sur ses successeurs. Ont-ils suivi quelques-unes des voies qu'il avait, sinon ouvertes, du moins considérablement élargies ?

Les poètes de son temps semblent ne pas lui avoir ménagé les témoignages de sympathie. Le marquis de Santillana lui

rend, à la fin de sa vie, un hommage qui l’a certainement flatté, s'il a pu le connaître. D’autres lui sont venus d’ailleurs. Les demandes en Catalogne, les preguntas en Castille, établissent entre les poètes d’un même pays ou des pays voisins, des relations fréquentes. À ces échanges de politesses est dû sans doute l'emploi par Auzias March, devenu vieux, des vers d’arte mayor dans une courte demanda à Johan Moreno :

Ab molta rahô me desenamore.….

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