CXXIV
C’est la première fois, semble-t-il, que ce mètre, dont useront bientôt les poètes des deux langues dans les concours de Valence, apparaît en Catalogne. — « Mon maître et seigneur », lui répond, sur le même rythme, son ancien écuyer, devenu étudiant. — Une nièce du pape Calixte III, Na Tecla de Borja, répondant à une autre question, déclare à son tour qu'il est «le plus entendu » des poètes. Des écrivains de l’Aragon et de la Navarre prennent part, eux aussi, à ces joutes Httéraîres. Le navarrais Francesch de Mescua avait déjà été couronné dans un concours de poésie religieuse. Mossèn Fenollar ayant adressé plus tard une demande à Auzias March en ces termes :
Vos, Magnifich, que sou molt avisat,
l’aragonais Rodrigo Diez répond de son côté à cet élogieux cartel. On peut se demander enfin s’il y a eu quelques rapports entre notre poète-philosophe et son concitoyen Jacme Roig, le futur satiriste du Spill. Mais rien ne permet de l’affirmer, bien que leurs œuvres procèdent du même esprit d’édification et constatent l'impossibilité de trouver, en dehors de la Vierge Marie, la femme vraiment pure, celle qui est comme un lis au milieu des épines, sicut lilium inter spinas (1).
Nous ignorons ce que devinrent, après la mort d’Auzias March, les deux cahiers de ses poésies. Mais il est certain que Francesch Ferrer, qui avait pris part, en 1444, à la défense de Rhodes par les Français et les Catalans unis contre les Turcs, fut un des premiers à les utiliser. Le poète raconte, dans son
(1) J. Rorc, Spill, éd. Chabäs, p. 38.