‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 255 sur 302 · JOAN PUJOL · texte numérisé non relu

JOAN PUJOL

que la plupart de ses contemporains. Frappé de l’inexactitude des traducteurs castillans Romani et Montemayor, il imagine un songe, Visié en somni. Auzias March lui apparaît et prononce lui-même contre eux un vrai réquisitoire. Joan Pujol a écrit, d’autre part, un commentaire en vers de quelques-unes de ses sirophes. Ses cinq « gloses » dénotent chez ce prêtre, imbu de scolastique et de théologie, une interprétation généralement fidèle de la pensée du maître. Mais son style reste toujours plat ou banalement emphatique (1).

Il n'y a plus de poètes originaux en Catalogne à la fin du x vie siècle. On n’imite même plus Auzias March. Deux maestri, Pere Albert Vila et Joan Brudieu, se contentent de le mettre en musique (2).

Enfin, au début du xvr® siècle, un descendant du chevalierpoète de Valence, Pedro Ausias March, de Cervera, écrit en l'honneur du bienheureux Ramon de Penyafort un sonnet (3) du plus mauvais goût, où Neptune fraternise avec la Trinité — et, un peu plus tard, en 1615, le chanoine Gerénim Ferrer de Guissona chante la bienheureuse Thérèse de Jésus sur les rythmes dont Auzias March s'était servi pour sa Thérèse (4) !

Avec Joan Pujol, et ces deux piètres versificateurs, périt dans le prosaïsme et dans le manque de convenance la Muse Catalane issue du Gay Saber. Ainsi prend fin, dans sa propre patrie, l’influence de celui qu'un autre catalan, Francesch Fontanella, considérera bientôt comme le meilleur des anciens poètes catalans et comme le père des modernes (5) :

Com a fenix dels antics, Com a pare dels moderns,

(1) Voir Introduction à notre éd. critique, pp. 103-111.

F# (2) Voir Felip Pedrell, Dos muüsichs cinchcentistes catalans, cantors d'Ausias March (Anuari de l’Institut d’Estudis catalans, 1907, pp. 408-413).

(3) T. Amar, op. cit, p. 365.

(4) « Cant del canonje Gerénim Ferrer de Guissona a la beata Mare Teresa de Jesus a la imitacié y estil dels cants o octavas del antich catalâ Ausfas March fecundissim y elegant poeta ». Voir la strophe qu’en cite Milà, Resenya, 192 ; Obras, III, 232.

(5) Cité par D. A. Basrero, La crusca provenzale, Roma, 1724, in-fol, p. 78.

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