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Boscän est le premier poète castillan qui ait pris Auzias March pour modèle, avant même que l'imprimerie en ait multiphé les exemplaires. Un de ses homonymes, probablement son père, avait, dans la seconde moitié du xv® siècle, participé à des tensons avec les poètes catalans de l’époque (1) et composé même deux danzas d'amour (2). C’est par son intermédiaire que Boscän dut avoir connaissance des poésies d’Auzias March, tout au moins de celles qu'avaient recueillies les chansonniers exécutés à Barcelone à la fin du xv°® siècle ou au commencement du XVIe. On sait qu'en 1526 il résolut, sur les conseils de l’ambassadeur vénitien Andrea Navagiero, qu'il avait rencontré à Grenade, de composer à la manière des Italiens, al modo italiano. Son ambition était d’acchimater en Espagne, comme l'avaient déjà tenté, mais sans succès, Micer Francisco Imperial, Juan de Villalpando et le marquis de Santillana, les genres et les mètres italiens, surtout l’hendécasyllabe. Il insiste sur ce dernier point dans sa lettre à la duchesse de Soma par laquelle s'ouvre le second livre de ses œuvres. Les Provençaux que ses contemporains lisent trop peu à son avis, et, à leur suite, Dante et Pétrarque, ont employé ce rythme. « Des Provençaux, dit-l, sortirent un grand nombre d'auteurs catalans du plus grand mérite (eccelentes). Le meilleur d’entre eux est Auzias March, et, si Je me mettais maintenant à faire son éloge, je ne serais pas prêt de revenir à mon sujet ». Ce qu'il voit done chez Auzias March, ce n'est pas l’imitateur de Pétrarque, mais le continuateur des Provençaux. S'il l’imite, c'est surtout pour l'usage qu'il a fait du décasyllabe qu'il semble confondre entièrement avec l’hendécasyllabe italien. Que le troubadour catalan ait emprunté
(1) Rev. de bibliog. cat., 1, 20.
(2) Canc. de Zar., fol. 271.