‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 257 sur 302 · JUAN BOSCAN · texte numérisé non relu

JUAN BOSCAN

quelques détails au poète italien, ce n’est pas pour lui déplaire, mais il n’en souffle mot.

En fait, Auzias March avait écrit quelques pièces de vers llanos, de décasyllabes féminins dont le mot final porte l’accent sur l’avant-dernière syllabe (1). C’est une des formes de l’hendécasyllabe, celle où le premier hémistiche se termine avec la quatrième syllabe toujours accentuée, Boscän l’emploiera fréquemment, mais n'ira pas jusqu’à exclure de ses sonnets ou de ses chansons toute rime masculine, comme l’avait fait dans plusieurs de ses œuvres, le poète catalan, sur le modèle de Dante et de Pétrarque. C'est aussi, croyons-nous, l'exemple d’Auzias March et peut-être même de Romeu Lull, autant que celui de Bernardo Tasso, qui a engagé Boscän à écrire en vers blancs son poème de Leandro y Hero : mais cette initiative n’a pas eu grand succès en Espagne (2).

Ses sonelos et ses canciones du second livre (3) qu'il oppose aux redondillas du premier présentent d’autres preuves de son admiration pour Auzias March.

On sait qu’en tête de ses manuscrits figure la chanson Axi com cell qu'en lo somni s delita. Plus que toutes les autres, elle fut admirée par Boscän, car il y puise le sujet de sept sonnets différents.

Voici, pour cette pièce, d’une part, l'indication des strophes qu'il paraphrase dans l’ordre même de l’original, et, d’autre part, les premiers vers de chacune de ses Cgloses » :

(1) Voy. ci-dessus p. "251 et l’Introd. à not. éd. crit. pp. 152 et suiv.

(2) Troxnon, op. cit., II, 20.

(3) Contrairement à ce que soutient D. M. Menéndez y Pelayo (Antologia, XIII, 261), nous ne trouvons aucune trace d’Auzias March dans les premières œuvres de Boscân, ni dans Mar de Amor, ni dans sa Conversion. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est que cette dernière procède de la même inspiration que la Chanson Spirituelle du poète valencien.

Auzias Marca Boscan

{restr. Axi com cell qu’en lo somni Como aquel que en soñar gusto recibe... s delita.… (Son. LXVIII, éd. Knapp, p. 209).

Pensando en lo pasado, de medroso. (Son. LXIX, p. 209).

[2e » Al temps passat me trobe | Como el triste que 4 muerteestä juzgado.. \ gran amor. (Son. LXXI, p. 210).

3e » Plagués a Deu que mon pen- | O si acabase mi pensar sus dias... sar fos mort... (Son. LXXII, p. 211).

Dulce soñar y dulee congoxarme (1).

(Son. LXI, p. 205).

ke » Fora millor ma dolor sofe- Si en mitad del dolor tener memoria.. mr... (Son. LXXX VI, p. 218).

58 » Com l'ermità qu'enyorament Soy como aquel que vive en el desierto.. no l creix. (Son. LXXX VI, p. 212).

La seconde pièce que lui offraient les manuscrits Pren m'enaxi com al patré qu'en platja ne lui a fourni que la matière du sonnet :

Como el patrôn que en golfo navegando..

(Son. LXX, p. 210).

Un autre sonnet de Boscän commence par ces vers :

Oid, oïd los hombres y las gentes

Vn caso nuevo que’n amar s’offrece :

Amor en mi con su deleyte crece,

Mientra mas males tengo, y mas presentes.

(Ed. 1543, fol. 22).

C'est le même mouvement, et, en partie au moins, les mêmes expressions qu'offre le début de la chanson d'Auzias :

(1) M. Menéndez y Pelayo (Jbid., 306) voit dans ce sonnet une imitation du sonnet 75 de Bembo, Sogno che dolcemente m'hai furato, qui n’a, suivant nous, qu'un rapport lointain avec les idées exprimées par Boscân.

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