CHAP. III. — ORIGINES PATERNELLES D A. MARCH (SUITE
bien public. Ces prières terminées, le Roi prenait l'épée de la main du damoiseau, la replaçait dans son fourreau pendant «que le clergé récitait un répons, et, aussitôt après, lui ceignait l'épée, non sans l'en avoir « doucement » frappé à la Joue et l’avoir embrassé. Le prétendant qui, jusque-là, avait tenu les mains jointes au-dessus de la tête, s’agenouillait devant le Roi et lui baisait les mains et les pieds. Immédiatement après, un chevalier détachait son épée et deux autres lui enlevaient les éperons. Le Roi et le futur chevalier s’asseyaient chacun à sa place et la messe continuait. Après l'Evangile, ils faisaient au prêtre célébrant l’offrande de quelques florins.
A la fin de la messe, le Roi prenait les Evangiles et le chevalier, agenouillé près de lui, jurait sur le saint livre de garder le secret, disant au Roi, dans le creux de l'oreille et à voix basse, ce qu'il devait faire pour le service royal, et il prêtait aussi serment d'observer les Ordonnances royales. Enfin, pendant qu'il était encore agenouillé, le Roi le revêtait d'un manteau blanc et d’une croix vermeille.
Ribera, à qui nous avons emprunté les détails qui précèdent, ajoute qu'à l'armement du chevalier Jacme March assistèrent la reine, les infantes, l'archevêque de Cagliari, plusieurs nobles, entre autres Guillem Galceran de Rocaberti, l'abbesse du monastère de Pedralbés avec toute sa communauté, la vicomtesse de Cabrera, femme du noble Bernat de Cabrera et un grand nombre d’autres dames.
Après cette solennité, le Roi rentra dans ses appartements de Pedralbés, et, pour mieux marquer à Jacme March son estime et son amitié, 1l le fit asseoir à sa table. « Monseigneur le Roi, déclare-t-il non sans fierté, s’assit au milieu de la table à droite et Madame la Reine à gauche, et, auprès de la Reine, Mme la vicomtesse de Cabrera. Monseigneur le Roi voulut que je prisse place au bout de la table près de lui, et à une autre table s’assirent les autres riches dames et femmes de chevaliers, ainsi que celles des citoyens honorés.. Il y eut si abondante chère qu'elle aurait pu suffire pour deux mille personnes, » Et il ajoute : « Après cela, Monseigneur le Roi prit congé de Madame la Reine, et, revenant à cheval à Barcelone, voulut que je chevauchasse avec lui et à sa gauche, »
Il continua à jouir de la faveur royale et fut attaché à la Cour, comme la plupart de ses ancêtres, mais en qualité d’huis-