XXVII
Gutierre de Cetina offre matière à des rapprochements plus nombreux. La première pièce d’Auzias March, plusieurs fois commentée par Boscän et Diego de Mendoza, ne lui a inspiré qu'un seul sonnet :
El triste recordar del bien pasado.
(GazrarDo, Ensayo, II, 427).
Un autre sonnet :
Temor de mayor mal 4 algunos suele.
(Tbid., 418).
est une traduction libre de la pièce LVIT: Por de pijor a molts
ja pendre mort.
Mais ce n’est pas tout. Les premiers vers des sonnets :
Como enfermo à quien ya médico cierto..
El tiempo es tal que cualquier fiera agora..
(GazrarDo, Ens., II, 412, 413).
(1) Citée par Tamayo DE VarGAs, op. cil., p. 14.
Am. Pacès. — Auzias March. 277
annoncent des traductions des pièces LIX et LXIV. Enfin un de ses madrigaux Ay / que contraste fiero (Poetas sevillanos de los s. XVI y XVII, Paris, 1867, in-12, p. 224), est une imitation certaine de la pièce Clar es e molt a tots los amadors.
L'Ecole de Salamanque n’a pas négligé non plus le poète catalan. Un passage de sa fameuse traduction commentée du Cantique des Cantiques prouve que Fray Luis de Leén avait lu et médité ses chansons d'amour. Il dit, à propos des versets 8 et 9 du chap. 11 Vox dilecti mei, ete., que l’amour produit chez les hommes des effets extraordinaires. Ceux qui ne l'ont pas éprouvé ne peuvent pas y croire ou crient au miracle. Voilà pourquoi les auteurs qui parlent de l'amour sont mal entendus et passent pour des rêveurs ou des extravagants. C’est pourquoi, ajoute-t-il, un poète ancien et bien-aimé de notre nation a dit avec raison au début de ses chansons (1) :
No vea mis escritos quien no es triste, 6 quien no ha estado triste en tiempo alguno.
(Ed. Rivad., p. 258).
Ce sont assez exactement traduits les premiers vers de la pièce Qui no es trist par laquelle commençait le recueil des poésies complètes d'Auzias March au xvie siècle,
A Salamanque aussi, le célèbre professeur de l’Université, Francisco Sänchez de las Brozas, revoit en 1580 une traduction en vers de l’aragonais Juan Cristébal Calvete de Estrella, mais ne tarde pas à y renoncer. Il nous est resté cependant quelques strophes de sa version (2) : elle suit d'assez près le texte, malgré
o Je soin avec lequel 1l l’a rimée,
Enfin, le principal représentant de l'Ecole Sévillane, Fernando de Herrera, s inspire encore fréquemment des chansons d'Auzias March dans ses œuvres d'amour. « Pétrarque est une de ses clefs, a dit M. À. Morel-Fatio (3) ; March est l’autre. » Jugement dont la parfaite exactitude me paraît démontrée dès le premier sonnet du poète de Séville. Il y combine pour ainsi
el &
| } } FERxaNDO DE Herrera, L'hymne sur Lépante, publié et commenté par lorel-Fatio, Paris, 1893, in-4°, p. 14.