LA FAMILLE DE PERE MARCH
et mourut le 16 avril 1398 laissant quatre enfants, Pere, Leonor, Yolanda et Aldoncça.
Devenu veuf, Pere March se remaria à Valence, le 2 septembre 1379, avec Leonor de Ripoll, fille de Mossèn Pere Ripoll, qui lui apportait en dot 40.000 sous.
De cette seconde union naquirent : 1° Peyrona, à laquelle fut attribué, probablement parce qu’elle était l’aînée, le prénom paternel et traditionnel, et qui resta sourde-muette ;
29 Auzias, chevalier et poète, dont nous parlerons plus tard.
Convoqué le 11 juin 1382 aux Corts générales de Montgé (1), Pere March y figure, en 1383, parmi les représentants des chevaliers du royaume de Valence. On sait que les trois bras Y firent entendre d’abord d’énergiques protestations contre la maison royale, puis finirent par se soumettre à la volonté du Roi et lui accordèrent les subsides nécessaires pour une expédition contre la Sardaigne soulevée par Brancaleone Doria (2).
Il s'occupe ensuite des affaires du marquis de Villena, qu'il représente activement. Le 10 mars 1383, il obtient pour ses vassaux de Denia l'autorisation de construire et de tenir des hôtelleries dans les faubourgs de la ville et d’y vendre certaines denrées. Il négocie encore, le 15 novembre 1384, l'achat du château royal de Beniopa (3.
Le 13 juin 1385, l’évêque de Valence lui reconnaît formellement le droit de présenter un ecclésiastique au bénéfice de la chapelle Saint-Marc, fondé par son oncle Berenguer. Ce droit lui a été donné par son père avec ses autres biens mobiliers et immobiliers de Valence, probablement au moment où il a recueill, à Barcelone et à Aramprunyà, la succession de la branche aînée, après la mort de Perico March (4). Cette même
(1) Barcelone, Arch. gen. de la Cor. de Ar., Colecc. de Procesos origin. de Cortes, t. VIII, fol. 27.
(2) V. Baracuer, Hist. de Cat., V, 232.
(3) Archivo de Osuna, Gandia, 1121 — (Registre de les letres e cartes del molt alt senyor Do Alfonso, marquès de Villena, comte de Ribagorça e de Denia e constable de Castella).
(4) « Dictus Jacobus March genitor vester universa bona mobilia et immobilia et quelibet jura que habebat et que sibi competebant et competere poterant qualicumque ratione vel modo donauit et concessit vobis et vestris perpetuo, pura et irreuocabili donatione que dicitur inter vivos et sic jus patronatus sive presentandi beneficiatum ad dictum beneficium in vos. transtulit. » Valence, Arch. de la Curia Ecles., À 22 — 187 — 19, fol. 24.
36 cHAP. 111. — ORIGINES PATERNELLES DA. MARCH (SUITE)
année, il va en Angleterre remplir une mission dont nous ignorons l’objet, mais nous savons que les rois d'Aragon étaient, à cette époque, en relations avec les Universités d'Oxford et de Cambridge (1), et, d’autre part, Pierre IV avait promis aux Anglais , qui occupaient la Guyenne, de les aider contre la France (2).
Pour le récompenser de ses divers services, le marquis de Villena lui concède, le 44 septembre 1387, le droit qui lui appartenait de prélever la dîme sur l’alqueria de Verniça et le chàteau de Palma (3).
En 1388, il assiste de nouveau aux Corts générales de Montgé (4), où son maître a joué un rôle prépondérant. Le roi Pierre IV est mort. Son fils, Jean, vient d’être proclamé, mais déjà le mécontentement est grand dans toute la nation. On se plaint des dépenses exagérées de la Cour. Le Roi donne l’ordre, dès l’ouverture des Corts, d'arrêter tous les barons qui se sont ligués contre lui. Mais, ayant à leur tête le marquis de Villena, ils se refugient à Casalanz, et, le Roi, contraint de céder, leur accorde un sauf-conduit et leur permet de déhibérer (5).
Pere March n’en continue pas moins à s'acquitter avec zèle de sa charge de procureur. En février 1388, 1l figure comme témoin dans le partage qui est fait de certains cens entre les paroisses de Denia et dans la requête adressée au marquis par le justicra et les jurés de Gandie, en vue d'obtenir une exemption d'impôts. Ces deux actes le nomment au premier rang parmi les cavallers de casa del dit senyor marquès (6). Le 28 du même mois, 1l procure à son maître une mule pour le prix de 70 florins qui lui sont payés sur les revenus de la baronnie d’Arenôs (7). Le marquis le charge, le 6 juin 1388, de faire construire le mur de son château de Callosa (8). Le 5 juillet, agissant cette fois en
(1) A. Rusr6 x Liucu, Documents, p. 277, 282. (2) V. Baracuen, loc. cit., p. 249.
(3) A. Paz y MÉzra, loc. cit., p. 370, note.
(4) Barcelone, Arch. de la Cor. de Aragôn, Procesos de Cortes, t. IX, fol. 22 vo,
(5) V. BazAGUER, L. c., p. 258.
(6) Archivo de Osuna. Gandia, 1121 (2€ registre des lettres du duc, au début, et à la date du 20 février 1388).
(7) Tbid., Lettre du 28 février 1388. Le duc l'appelle dans cette lettre, comme
dans plusieurs autres consécutives, l’honrat e amat Mossen P. March, general procurador nostre.
(8) Ibid. Lettre du 6 juin 1388.
qualité de seigneur de Beniarj6, il s'engage à payer à la ville de Gandie un cens de 36 livres de capital (1).
Cette même année, le prieur et huit frères du monastère de Xabea, consacré à Saint-Jérôme, ayant été capturés par les Mores de Berbérie et transportés à Bougie, le marquis Alphonse, qui était aussi comte de Denia, les rachète et fait construire pour eux, à Cotalba, aux environs de Gandie, sur le territoire de Palma, un second établissement sous l’invocation du même saint. Pere March prend une grande part à cette fondation (2).
Le 26 décembre 1391, le marquis lui octroie une rente annuelle de 500 sous de Valence dont il lui renouvelle la concession quatre années plus tard (3).
Le 4 avril 1394, il est désigné, en même temps que «le vénérable Francesch Desplugues, chevalier, habitant de Valence », pour exécuteur testamentaire de dame Yolanda de March, femme de Bonafocam de Vallebrera (4). Le 6, la prieure du couvent de Saint-Jérôme lui verse 12 livres de monnaie de Valence (5).
Le 26 janvier 1395, il réglemente, en qualité de « procureur et de baill général du très haut seigneur Don Alfonso, seigneur et comte de Ribagorça », les conditions du chargement et du déchargement des navires dans les ports soumis à sa juridiction (6). En février, il notifie à Pere Ceriol, notaire de Denia, certaines recommandations de son maître (7). Le 1e juin, Fr. Johan Ripoll, seigneur du Genovés, grand-père
(1) Archivo de Osuna, Pergaminos del archivo consistorial de Gandia (Caj6n, III, lio 12).
(2) Paris, Bib. nat. Esp. 147, p. 113. Divers renseignements sur la fondation et la dotation de ce monastère figurent dans la copie, faite en 1685, d’un acte du 14 avril 4406 (Arch. de Osuna, Archivo Consistorial de Gandia, est. 59, tabla 52. Cf. Roque Cnagas, Hist. de Denia, II, 45 ; El Archivo, II, 126, IV, 230,159 117 (3) Arch. de Osuna, Gandia, 1172:
(4) Arch. de Osuna, Gandia, 1172 (Protocole de Ramon Agualada).
(5) Tbidem, Gandia, 1172.
(6) Ce règlement est invoqué dans un procès engagé en 1447 contre un certain Trilles, propriétaire d’une barque, et dont il reste des extraits dans un registre des Archives municipales de Gandie.
(7) Arch. de Osuna, Gandia (Protocoles Ramon Agualada, 1394-95).
38 CcHAP. III. — ORIGINES PATERNELLES D'A. MARCH (SUITE)
de sa femme, fait à sa petite-fille un legs dont nous ne connaissons pas l'importance (1).
En 1398, un de ses fils, le chevalier Johan March meurt laissant quatre enfants mineurs dont la tutelle lui est confiée par la Cour de Gandie, le 16 avril. |
Plus tard, le 3 octobre 1399, il envoie à Pere de Vilanova, seigneur du bas château fcastell avall) de Pop, une lettre patente du « haut seigneur don Alfonso, duc de Gandie (2), marquis de Villena et comte de Ribagorça », pour lui faire connaitre certaine mesure à son sujet.
Il gère ses intérêts propres en même temps que ceux du duc, et, le 17 février 1406, il conclut à Beniarjé un arrangement avec Alit Alfaqui ?), un des musulmans de son domaine (3). Le 23 avril suivant, il autorise, en qualité de tuteur des enfants de son fils Johan March, le rachat d’une rente de 1.000 sous au nom de ses pupilles et il certifie avoir reçu de l'honorable Pere de Soler, « physicien », maître en médecine, citoyen de Valence, le capital qui s'élevait à 13.000 sous, garantis par une maison située dans la paroisse de Saint-Martin (4).
L'aïîné de ses petits-enfants s'appelle aussi Pere March, et, pour éviter de confondre le grand-père et le petit-fils, on appelle l’un, suivant l'usage ordinaire en Catalogne, Pere March major dierum, € major en dies » (5), l’autre Pere March junior ou «pus Jove »(6). Nul doute que la première dénomination ne soit celle que le marquis de Santillana à traduite, dans sa Carta
(1) Fr. Cerpa y Rico, Notas al Canto de Turia, éd .1802, p. 291.
(2) Arch. de Osuna, Gandia, 1121. (Feuillets extraits d’un protocole de 13- 99 et joints au 2€ registre de lettres ducales mentionné plus haut). C’est la première fois que le titre de duc de Gandie est attribué à Alphonse d'Aragon. Il lui a été conféré par le roi Martin, le 13 avril 1399, le jour même de son couronnement à Saragosse. |
(3) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1122 (Protocole Ramon Agualada, 1406).
(4) lbidem. « … Super quodam hospitio.. sito et posito in parrochia Sancti Martini civitatis prefixe (Valentie), confrontato eum via publica, eum duabus adzucaqueris et eum domibus Petri Vives, pomerii, et cum domibus Petri Gil, argenteri... »
(5) Rev. de bibliog. cat., I, 139.
(6) Madrid, Archivo histrico nacional, n° 222, Parchemins des Jeronimos de: Cotalba en Gandia (8 janvier 1409 et 20 septembre 1412).