‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 52 sur 302 · LES SEPT ARTS · texte numérisé non relu

LES SEPT ARTS

son père sur le Harnois du Chevalier, véritable code en vers du parfait gentilhomme.

Pere Maïch avait des goûts littéraires trop marqués pour que son fils n'ait pas été initié, durant ces années décisives de la première jeunesse, à la science et aux « arts » qui florissaient à son époque:

Nous ne savons ni où ni comment l'instruction lui fut donnée. Mais il est certain qu'il a été un de ces clercs mariés de plus en plus nombreux en Espagne (1), comme en France (2), à partir du x1v® siècle, en dehors des rois et des princes, tels que Jean Ier d'Aragon et Charles de Viane, en dehors même des notaires et des avocats qui avaient été autrefois les seuls laïques lettrés.

Sous la direction de ses maîtres, quels qu'ils furent, le jeune Auzias traversa le Trivium et le Quadrivium. Il apprit d’abord, sous le nom de Grammaire, le latin, langue curiale, universelle, qui devint bientôt comme sa langue maternelle, De la Dialectique ou Logique et de la Rhétorique, quelques traces subsistent Jusque dans ses dissertations poétiques sur le Bonheur (3). La Musique ne lui est pas inconnue et il lui emprunte plusieurs métaphores (4). Des autres parties du Quadrivium, Arithmétique, Géométrie et Astronomie, il n'y a guère que la dernière — et on ne saurait s’en étonner chez un poète — à laquelle il fasse quelque allusion (5).

Les sept arts libéraux n'étaient d’ailleurs ni également ni même uniquement développés. Ceriaines voies n'étaient représentées, dans ce carrefour des écoles, que par des poteaux indicateurs. D’autres en complétaient le réseau, et nous savons qu'à Valence, avant même la fondation de l’Université qui n'eut lieu qu'à la fin du xv® siècle, on enseignait un peu partout, conformément aux furs de Jacme I’, non seulement « la Grammaire et les autres arts », mais encore « la Physique

(1) Dans son Obra de Mossen Sent Jordi e de Cavalleria (Doc. inéd. del Arch. de Aragén, VI, 21) le roi Pierre le Cérémonieux recommandait déjà l’instruction aux chevaliers : E per ço conve que los cavallers sien savis et certs pera saber obrar de ço que entenen : car en allra manera non porien esser acabadament bons

defensors.

(2) Voy. Sim. Luce, L'enfance de Du Guesclin, Paris, 1882, p. 12.

(&) VIL & ; VIII, 9-42; XXXII, 9-12 ; LVI, 11-12 ; C, 108. (5) XIV, 30; XX, 32; LXXX VII, 331-334. C£. XLVI, 1-8 ; CIT,17-24.

62 cHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D'AUZIAS MARCH

(c’est-à-dire la Médecine), le Droit evil et le Droit canonique (1) ». La Médecine — son œuvre nous le révèle dans maintes pages — fut un des arts majeurs auxquels s’attacha Auzias March, et, par dessus tout, les deux sciences par excellence, encore étroitement unies, malgré quelques signes de mésintelligence, la Philosophie et la Théologie. :

Le côté moral de tout cet enseignement est très digne d’observation, et il ne pouvait en être autrement dans les écoles monastiques où il était donné, comme avec les précepteurs ecclésia tiques auxquels étaient confiés les Jeunes nobles et les damoiseaux. On ne cessait d’y proclamer la communauté des conditions humaines, la fragilité de notre nature, le mépris de la fortune, etc., toutes idées à la fois chrétiennes et stoïciennes, probablement extraites des compilations faussement attribuées à Sénèque ou des recueils, si répandus en Espagne (2), de Jean de Galles et de Thomas d'Irlande.

Les exercices mnémotechniques, la récitation des « morceaux choisis » y tenaient une grande place et Auzias March mentionne lui-même un joli poème moral, le Rhythmus de Contemptu Mundi (3) qu'il avait appris par cœur dès son jeune âge, sans en bien comprendre le sens, et dont 1l fit plus tard, comme nous le verrons, un usage intéressant.

Mais, pour la plupart de ses études, il dut se servir de ces répertoires dans lesquels les écrivains des xrr1® et xrve siècles s'étaient efforcés de condenser, en vers ou en prose, tout le savoir humain : encyclopédies confuses ou sommaires qui fourmirent à tous les esprits curieux de cette époque le moyen de satisfaire, à peu de frais et d’une façon parfois agréable, leur amour de la science et leur goût des hautes études. C’est le Trésor de Brunetto, ou le Breviart d' Amor de Matfre Ermene gau, ou encore Sidrach justement dénommé La Fontaine de toutes les sciences. Auzias n'a pas manqué, tout au moins, de les lire dans la bibliothèque paternelle sur les rayons de laquelle nous les avons retrouvés.

Une telle éducation forcément rapide, surtout pour un futur

(1) Mais les grades étaient pris à Lérida ou à Paris. Voy. M. Verasco y SANros, Reseña histérica de la Universidad de Valencia, p. 12.

(2) Voir plus haut, p. 47.

(3) Fr. Prcaver, {list. comparée des philosophies médiévales, p. 183.

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