‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 54 sur 302 · IL EST ARMÉ CHEVALIER · texte numérisé non relu

IL EST ARMÉ CHEVALIER

C'est en 1418 ou 1419 que semble avoir eu lieu cette réception suivant un cérémonial dont son oncle Jacme March nous a décrit les principales phases en quelques traits où percent l’orgueil et la joie du récipiendaire (1). Au début de l’année 1418, nous l'avons vu, il est encore damoiseau, et il est qualifié pour pour la première fois de Mossen, titre réservé aux chevaliers, dans une lettre sans date, mais qu'il est facile de faire remonter au 1er juillet 1419.

C’est une sorte de rapport adressé à Alphonse V d'Aragon par ses « ambassadeurs », ou plutôt ses recruteurs dans le royaume de Valence. Ils lui annoncent qu'à Gandie ils n’ont trouvé, malgré tous leurs efforts, que deux chevaliers disposés à prendre part à la guerre qu'il prépare pour la fin du mois de juillet. Ce sont « Mossen Lois Daragé et Ausias March ». Les autres « ne peuvent pas ou ont d’autres affaires ». Beaucoup, à Gandie et ailleurs, accepteraient volontiers de suivre le Roi, s'il consentait à leur donner quelque subside pour acheter des chevaux, très rares en ce moment.

D. J. Rubi6 y Ors. qui a publié cette lettre (2), pensait qu'elle se rapporte à l‘expédition entreprise en 1424 contre Naples. Une flotte quitta, en effet, le port de Barcelone, le 21 août, et les bannières en auraient été bénies dès le 4 juin. D. J. Pijoan (3) se ralhie à cette opinion. Mais nous avons déjà indiqué brièvement qu'il ne saurait en être ainsi (4). Tout d’abord, la lettre au Roi montre qu'au 1€* juillet 1l n’est pas encore en possession des éléments de son armée. Ses envoyés déclarent que, faute de chevaux, son départ ne pourra avoir lieu fin juillet, comme il l'avait espéré. Il est douteux que, dans ces conditions, 1l ait pu faire voile le 24 août suivant. En outre, nous savons par un document, dont la précision ne laisse rien à désirer (5) qu'Auzias March a participé, en 1420, à la cam-

(1) Voir p. 27.

(2) Op. cit., p. 35 et 88. — Nous avons examiné, aux Archives de la Couronne d'Aragon, le texte de cette lettre. Il a été exactement reproduit, sauf ligne 22, où il faut lire : Car en los dits memorials…. D. Manuel de Bofarull y Sartorio, qui l'avait indiquée à D. J. Rubi6 y Ors, estimait aussi qu’elle est de 1419 ou 1420, en se fondant sur ce que dit Zurrra (III, fol. 137, 2 col.).

(3) Rev. de bibliog. cat. VI, 40.

(4) Rev. de bibliog. cat., I, 136.

(5) Rev. de bibliog. cat., I, 151.« Idcirco gratis affectibus recensentes, écrit le roi d'Aragon, le 20 avril 1425, notabilia et ardua servitia per vos dilectum nos-

Am. PaAcÈs. — Auzias March. 5

GG) : cHAP. IV. — ENFANCE ET JEUNESSE D'AUZIAS MARCH

pagne contre la Sardaigne, soulevée en grande partie par le vicomte de Narbonne, Guillaume II, petit-fils de Béatrix d’Arborea, à qui on n'avait pas achevé de payer le prix convenu pour la vente des places qu’il possédait dans l’île (1). Or cette expédition a été préparée durant l’année 1419. Les Corts catalanes sont réunies à San Cucufat del Vallés, au début du mois de mai, et, dans son discours du trône, le Roï fait connaître son intention de se rendre lui-même en Sicile et en Sardaigne. 11 demande même au Parlement catalan ‘une contribution de 60.000 florins. Mais les députés lui répondent qu'il est trop pressé de partir et que bien des questions restent encore en suspens, et le Roi se résigne à ajourner son voyage au printemps suivant (2). Il n’en continue pas moins à se préparer, et, le 16 septembre 1419, il écrit de Valence, où 1l se trouve, au bailli général de ce royaume, pour faire distribuer la somme de 40.000 florins entre les patrons des galères qui doivent transporter son armée et dont quatre lui ont été « prêtées » par le Conseil de la Cité (3). Le Roi s’embarque enfin, le 7 mai 1420, au port des Alfachs. Le 9, il est à Majorque, et, de là, 1l passe en Sardaigne, où 1l s'empare très promptement de toutes les villes insurgées (4), pendant que le vicomte de Narbonne, principal instigateur de cette rébellion, soutient en France la cause du dauphin, le futur Charles VIT (5).

La pacification de la Sardaigne une fois achevée, Auzias March suit encore le Roi dans son expédition contre la Corse qu'il veut enlever à Gênes, la vieille ennemie de la Catalogne. Le siège est mis devant Calvi, qui ne tarde pas à se rendre,

trum Ausias March, militem, nobis prestita, presertin in recuperatione Sardinie cuius major pars per vicicomiten Narbone quondam, assistentibus eidem nonnullis secuacibus et nostre corone rebellibus, occupata existebat, ac in obsidionibus Calui videlicet et Bonifacii, ubi, decenti gentium armorum numero sociatus, in bellorum conjlictibus contra nostros emulos et rebelles inter alios commilites vestros pirililer vos gessistis… »

(1) Rossezuw Sainr-Hiraire, Hist. d'Espagne, N, 202.

(2) V. Baracuen, op. cit., VI, 15.

(3) D. Fr. De Boraruzz y Sans, Antigua marina catalana, dans « Memorias de la Real Acad. de Buenas Letras », 1901, p. 100. — Cf. Libre de Memories, ad ann.1418.

(4) V. Baracuen, op. cit., VI, 18.

(5) Art de vérifier les dates, IT, 319.

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