‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 60 sur 302 · SES DROÏTS ET CEUX DE GANDIE PL · texte numérisé non relu

SES DROÏTS ET CEUX DE GANDIE PL

quelque religion qu'ils appartiennent, et même les vassaux mâles de Beniarjé qui, dans ce territoire ou dans celui de Gandie, ont eu pour complices un ou plusieurs Chrétiens des deux sexes. [1 limite aussi très étroitement et fixe à un seul jour le privilège d'élever des fourches sur la place de Beniarj6. Les droits de la ville de Gandie sont enfin l’objet d’une réserve expresse.

Le 15 juin suivant, le roi de Navarre est à Saragosse et précise encore mieux, dans une lettre en catalan (1), les réserves qu'il a formulées au nom de Gandie. Il décide de soumettre à l'approbation « du Justicia, des jurés et autres officiers publics, de l’université et des particuliers de cette ville » la donation qu'il vient de consentir en faveur d’Auzias March.

Voilà pourquoi, le 16 juillet (2), Auzias March et les représentants de la ville de Gandie, au nombre de cinquante-sept, signent une capitulation, c'est-à-dire une convention qui règle l'étendue de la juridiction accordée par le roi de Navarre. Pour éviter que les criminels de Gandie ne se réfugient sur le territoire d’Auzias March et ne se soustraient ainsi à la justice des officiers royaux, il est admis d’un commun accord que le seigneur de Beniarjé ne connaîtra ni des crimes commis par des mores de Gandie sur le territoire de la ville ou ailleurs, même à Beniar]6, ni de ceux que commettront les mores de Beniarjé sur le territoire de Gandie. D’autres droits plus positifs, des contributions de toutes sortes que la ville de Gandie pourra percevoir sur les habitants de Beniarjé et de Pardines, sont ensuite énumérés et reconnus.

Toutes ces clauses indiquent de la part de la ville le désir de diminuer autànt que possible l'autorité seigneuriale, avec l’assentiment du roi. C’est un premier pas vers l’affranchissement de la commune qu'accepte peut-être Auzias March malgré lui, mais dont il fait certainement les frais.

Son autorité est cependant encore considérable. Il est choisi, le 14 janvier 1434 (3), pour arbitre dans un différend qui divise certains hommes domiciliés depuis peu à Gandie, et les habi-

(1) Zbidem, à la suite de la prédédente charte. (2) fbidem.

(3) Ibidem, n° 1210. Protocoles P. Belsa ad ann. 1434.

tants d'Oliva. Il décide qu'une trêve de trois ans leur sera aecordée. Pendant ce temps, il convoquera et entendra les parties.

Le 3 août de la même année (1), le more de Beniaryé, Juhe Abenchaer, alias Cina, eoupable d'un vol, aeeuse Auzias March lui-même. Il est aussitôt jugé par l’alcalde du lieu et condamné à avoir le poing droit coupé. Notre seigneur, Juge et partie, promulgue la sentence et la fait exécuter. Supplice atroce qu'on faisait subir aussi en France, suivant les Etablissements dr Saint-Louis (2), à tout vassal qui avait frappé son seigneur.

Cette sévérité amène, le 18 août suivant (3), la fuite de Juhe Abenchaer, alias Folluc, un des parents du serf ainsi mutilé. Puis, le 22 août (4), c'est Cina lui-même qui cherche à se soustraire à quelque nouveau châtiment. Auzias March donne mandat de poursuivre en toute hâte les fugitifs.

Le 21 octobre (5), 1l exige d’un autre serf, du nom de Fumeyt, -qui a quitté Beniarjé avec son fils pour s'établir à Oliva, soixante-dix florins d’or d'Aragon. C’est le prix de la (« composition » pour le préjudice que lui a causé leur départ. Une autre amende, de cinquante sous d’or d'Aragon, pour un crime commis à Beniarj6, lui sera payée par le sarrasin Caat Bleouer, le 14 novembre 1443 (6).

L'accord conclu entre Auzias March et Gandie ne fut pas de longue durée. Les magistrats et administrateurs {officials) de cette ville émirent, en effet, la prétention de faire paver aux habitants de l'alqueria de Pardines les droits d'accise fsises), dont ils avaient été exemptés depuis un temps immémorial, comme ceux de Beniarj6. Le 4 septembre 1438, Auzias March et le more Ali Cot, syndic et procureur de l’alyama (7) et université de Pardines, protestent, en invoquant la prescription, auprès de la Cour du gouverneur de Valence (8). Ils demandent à

(1) Zbidem.

(2) Cités par R. Rosières, Histoire de la Société Française au M. A. Paris, 41884, I, 304.

(3) Archivo de Osuna, Gandia, n° 1210. Protoc. P. Belsa, ad an. 1434.

(4) Tbidem.

(5) lbidem.

(6) Zbid., n° 1212. Protocoles Belsa, ad ann. 1443.

(7) C’est l’assemblée des Mores qui coexiste, dans chaque commune, avec l’université ou syndicat des chrétiens.

(8) Arch. general del Reyno. Curia del Gobernador, Litium 1438, cahier LII, fol. 32 et cahier XV, fol. 19,

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