‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 61 sur 302 · SES DÉMÊLÉS AVEC GANDIE · texte numérisé non relu

SES DÉMÊLÉS AVEC GANDIE

Mossèn Jacme Romeu, lieutenant du gouverneur, qu'il fasse prêter le serment de bonne foi {firma de dret) et respecter la possession de leur droit, en attendant qu'il soit définitivement statué sur le fond.

Jacme Romeu ordonne aux Justicia, jurés, syndic et université de Gandie, de ne point troubler Auzias March et les habitants de Pardines dans la possession de leur privilège sous peine de cinq cent morabatins.

Le notaire March de Pina, qui représente Gandie, réplique, le 13 septembre 1438, que l’alqueria de Pardines est sur le territoire de Gandie et soumise, par conséquent, à toutes les contributions urbaines. Sans doute, elle en fut exemptée lorsqu'elle appartenait à Mossèn Lois de Boil. Mais, par une sentence arbitrale du 20 mars 1377 (1), «l'alqueria de Pardines, l'héritage de l’Alfalç, les jovades de Na Maria et la moitié de l'héritage de Verniça située aux confins des terres de Gandie » furent imposées de la même façon que la ville proprement dite. Pere March avait bien obtenu du marquis, seigneur de Gandie, qu'il fût sursis à cette mesure, mais son fils Auzias ne saurait se prévaloir d’une telle faveur.

Le 23 décembre 1438, Auzias March, confiant dans la justice du roi de Navarre, et rappelant le précepte Non intres in judi- €tum cum servo tuo, Domine, s'engage à son tour par devant notaire, sous peine de cinq cent florins d’or, à accepter l’arrêt que doit rendre, dans ce débat, le juge désigné Micer Francesch Eximeno, docteur in uiroque, citoyen de Valence (2).

En 1440, le procès est encore pendant. C’est tantôt le juge Francesch Eximeno qu’on cherche vainement à Xativa et qui est à Majorque, tantôt Pere Rubiols, procureur d’Auzias March qui fait défaut. Les parties sont enfin invitées à comparaître, le 3 juin, devant la Cour du gouverneur de Valence.

Nous ignorons comment se termina ce conflit, Mais comme il provenait, indirectement au moins, de ce que le roi de Navarre, un peu à court d'argent, avait engagé le tiers de dîme {lc terç de delme) qu'il percevait sur la ville de Gandie, il ne serait pas étonnant qu'Auzias March, qui lapidait en somme contre le

(1) L'expédition, sur parchemin, de cette sentence figure dans les Archives

d’Osuna, Gandia, 547-2.

(2) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210. Protocoles Belsa, ad ann. 1438.

Roi (1), ait perdu son procès. Îl est vrai que, le 20 août 1459, durant cette longue procédure, le roi de Navarre cède le duché de Gandie à son fils D. Carlos de Viana (2), et que le nouveau duc, peu de temps après, en 1443, paie la dette paternelle et libère le revenu des impôts de Gandie (3). Constatons, en tout cas, avec quelle énergie le seigneur de Beniarj6 et de Pardines a défendu, à la fois contre la bourgeoisie et contre la royauté, un de ses privilèges.

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Il avait, avons-nous dit, une très haute idée de son rang et des égards qui lui étaient dus. Au milieu des Musulmans dont étaient peuplés ses fiefs le prestige était nécessaire et l’hommage féodal avait une importance extrême. Aussi tient-1l à ce que le cérémonial en soit minutieusement respecté.

Sous les formules banales d’un de ses actes (4), le notaire Pere Belsa nous laisse deviner le sentiment profond qu'il avait de sa dignité et peint admirablement son caractère. Auzias March s’est rendu en personne dans la vallée de Xalé, le 25 septembre 443%, pour y recevoir l'hommage des nouveaux vassaux qu'il vient d'acquérir par la mort de sa première femme, Isabel de Martorell. Les alami, jurés, anciens et aljama de Rafol, Trahella et Niça ont été convoqués sur la place de Rafol par le crieur publie. Le notaire et cinq témoins, trois chrétiens et deux sarrasins de Denia, assistent aussi à la réunion. Auzias March s'adresse à ses vassaux et leur dit que Na Isabel, sa femme, est passée de vie à trépas, et, par son dernier testament, l’a institué héritier propre et universel de tous ses biens, meubles et immeubles. Il est done venu pour prendre possession des dits lieux et recevoir le serment de fidélité des Sarra-

(1) C’est ce que dit expressément Auzias au début de l’acte notarié du 23 décembre 1438.

(2) Deux copies sur parchemin de cette donation sont aux Archives d'Osuna, Gandia, 547-2.

(3) Lbidem.

(1) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210. Protocoles P. Belsa, ad ann. 1439.

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