SA CHAP. V. — L'AGE MUR. LA VIE PUBLIQUE D AUZIAS MARCH
l'honoré En Francesch de Vilanova contre l'honorable Mossèn Ausias March ». Cette note a été biffée. Mais, par une première lettre du roi Juan, qui n’est encore que lieutenant du roi Alphonse, nous apprenons que si, d’une part, Elionor de Vilanova accuse Auzias March, celui-ci, par une sorte de demande reconventionnelle, porte contre son mari, Francesch de Vilanova, l’accusation de crime. Le roi Juan, devant qui l'affaire est évoquée, décide qu’il y a lieu de laisser Auzias March en liberté et de s'emparer, au contraire, de Francesch de Vilanova pour l'interrogatoire et le jugement duquel il désigne tout d’abord, en qualité d’assesseur, le docteur en droit Johan de Gallach, citoyen de Valence.
Le 2 août 1458, Francesch de Vilanova n’est pas encore jugé. Auzias March se plaint. La roi Juan, qui vient d’être appelé au trône d'Aragon par la mort de son frère le Magnanime, décide qu'il y a lieu d'examiner cet homme coupable d’avoir « perpétré », suivant son accusateur Auzias March, « divers crimes énormes ». Il recommande de le tenir enfermé et sous bonne garde (1). Mais, le 23 septembre, l’affaire est encore à l’instruction, faute par le roi d’avoir nommé un assesseur aux juges ordinaires de la Cour du Gouverneur. Cette désignation est faite à la demande d’Auzias March et de Garcia de Boray, procureur du fisc royal (2).
Quelle fut son attitude envers la royauté dans les délibérations des Corts auxquelles il prit part durant cette seconde partie de sa vie ? Rien ne nous permet de le savoir. Trois fois cependant, il y représente l'estament militar, comme il l'avait fait déjà, lorsqu'il n’était encore que damoiseau. La première fois, ce fut à Montçé, en 1435, après la défaite de Ponza (3). La reine Marie, qui présida aux débats, invita les députés des trois royaumes à prendre les mesures nécessaires pour aider son malheureux
1) Zbid., Comune Valencie D Joan Segundo, n° 2, fol. 7 vo, 2) Ibid. Comunes Valentie Joan. IT, n° 1, fol. 42.
(1) (2) (3) Baïcelone. Arch. de la Cor. de Aragôn, Procesos de Cortes, t. XXXII, ls, 7
SA PARTICIPATION AUX Corts 85
époux. Six galères furent équipées, et, placées sous les ordres de Bernat Johan de Cabrera, elles allèrent orossir l’escadre du roi Alphonse, en Italie (1).
Ces secours étaient insuffisants. Le roi de Navarre, revenu d'Italie, où il avait été fait prisonnier avec son frère, convoqua de nouvelles Corts, cette fois-ci particulières, en 1436. Sur la liste des Valenciens, qui se réunirent à Morella, le 45 janvier 1437, nous relevons les noms des chevaliers Auzias et Alphonse March (2). Des contributions supplémentaires pour la guerre d'Italie furent consenties de toutes parts (3).
Dix ans après, en 1446, a lieu, à Valence encore, une session des Corts sous la présidence du roi de Navarre. Auzias March y siège (4), et, détail qui mirite d'être relevé, charge aussitôt après son fils Francesch March, par une procuration en bonne et due forme, de toucher l'indemnité fsalarium) qui lui revient
de ce chef (5).
De tous ces faits, où nous voyons Auzias March dans son rüle de seigneur et surtout de seigneur justicier ou justiciable, une conclusion se dégage pour ainsi dire d'elle-même. Très attaché à ses prérogatives, il les exerce avec le sentiment le plus vif de son importance. De ses vassaux 1l exige la soumission et le respect. Vis-à-vis de son suzerain, le duc de Gandie, qui presque toujours ne fit qu’un avec le roi ou son lieutenant, vis-à-vis des magistrats publics qui les représentent et revendiquent de plus
(1) V. Baracuer, op. cit:, VI, 73.
(2) Valence, Arch. gen. del reyno, Comunes R. D. Juan (1433-39), lio I; Curiæ Joan. 2 (1436-1479), Ho I.
(3) V. BazaquEe, L. c., 75.
(4) P. Fusrer, Bib. valenciana, T, 24, emprunte ce renseignement à BorruLzL y ViraxovA, Exposiciôn à la Acad. de S. Carlos, p. 6, note 5. Ce dernier l’a extrait d’un ouvrage sur les Furs y Corts imprimé à Valence en 1482.
(5) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210, Protocoles P. Belsa, ad ann. 1446. — Un demi florin, valant 11 sous 6 deniers, avait été donné aux représentants de la ville de Valence aux Corts de 1436-37 « durant tant com les dites Corts duraran e no pus per alguna raho e manera ». (Libre de Mem., ad ann. 1437).
en plus la connaissance de toutes les affaires, il refuse d’abdiquer son droit de justice, manifestation la plus sensible de son autorité. Le député aux Corts dut laisser paraître sans aucun doute le même souci de sa dignité.
Nul commentaire ne saurait mieux montrer ce qu'il y a de sincère dans ses poèmes sur l’ Honneur et l’on comprend maintenant toute la portée de cette déclaration :
Car per honor yo m sech en pus alt banch.