SON SECOND MARIAGE
fiancée un tel degré de parenté par alliance {affinitat) qu'ils ne peuvent se marier sans dispense, Auzias March est chargé de l'obtenir de notre Saint Père ou du Concile de Bâle, à ses frais. Enfin, une dernière clause que certains jurisconsultes de notre époque voudraient introduire ou réintroduire dans nos conventions matrimoniales, Mossèn Auzias March, Na Constança Castella Scorna et sa fille Na Johana, donzella, s'engagent à exécuter ces accords et aussi à célébrer le mariage un mois après l’arrivée de la dispense, sous peine de trois mille florins de dédit.
Il en est de la seconde femme d’Auzias March comme de la première. Il ne nous reste sur elle que des renseignements officiels, des actes notariés. Ils attestent, entre autres choses, que, le 14 novembre 1443, sa mère désireuse de compléter sa dot, qui n’est encore que de 48.500 sous, lui constitue une rente supplémentaire de 100 sous. Elle et son mari donnent ensuite quittance à Constança Scorna des 10.000 sous qu'elle a versés pour ses robes et bijoux. À la même date, elle représente Auzias March pour certaines affaires sans grande importance (1). Le 28 mai et le 4 juin 1444, elle nomme à son tour des procureurs à Valence pour y percevoir diverses sommes, et, le 12 décembre, elle en touche d’autres elle-même avec le concours de son mari (2).
En somme, rien qui puisse nous révéler son cœur, ni la part qu'elle prit à la vie morale de notre poète et de ses enfants. Résionons-nous encore en rendant hommage à son existence discrète et renfermée.
Elle perdit sa mère vers le 23 février 1446. À cette date, en effet, Constança Castella Scorna, seigneuresse de Pedreguer, dicte son testament (3), et son nom ne reparaît plus depuis dans nos protocoles. Deux de ses gendres, Mossèn Auzias March et Mossèn Vidal de Blanes, ont été chargés par elle d'exécuter ses dernières volontés, et, notamment, différents legs à son fils Joffre, et à ses quatre filles : Castellana, femme de Vidal de Blanes, Johana, femme d’Auzias, Constança, femme de Mossèn
Franceseh Marti, et Damiata (4).
(1) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1212. Prot. P. Belsa, ad an. 1443. (2) Tbid., ad an. 1444.
(3) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210. Prot. P. Belsa, ad an. 1446. (4) Il est fait mention d’un procès entre Na Damiata de Scorna et Mossen Julia dans l'inventaire d’Auzias March, Romania, XVII, 201.
Il est probable que vers 1451 Auzias March a habité Valence au moins de temps entemps. Cequin’est pas douteux, c’estque, le 11 octobre 1451, par devant le notaire valencien Pau Rosell, il est qualifié pour la première fois d’habitant de Valence (habitator Valentie) (1) et que les deux époux s'engagent solidairement à payer à Pere Pardo de la Casta jeune 233 sous 4 deniers de rente perpétuelle pour un capital de 3.500 sous qui leur a été cédé. Cette somme leur a servi sans doute au paiement d’une maison achetée par Auzias, le 9 octobre précédent, et située dans la paroisse de Saint-Thomas, dans la rue appelée De les Avellanas. Ils donnent pour garantie hypothécaire la maison elle-même, et Johana renonce à l'inaliénabilhité de sa dot et à toute exception tirée de senatus-consulte Velléien interdisant à la femme de s’obliger pour autrui (2).
Johana, seconde femme d’Auzias March, est morte, après moins de douze ans de mariage, vers la fin de 1454. Cette date résulte de deux documents du 13 janvier 1455. Dans l’un, Auzias Antich, de Gandie, reconnaît avoir reçu d’Auzias March une somme que lui avait léguée Johana de Scorna par son dernier testament. Le second nous montre Auzias March se référant à ce testament reçu par Johan Sanc, notaire de Valence, mais dont la date est restée en blanc dans les registres de Belsa, et chargeant un autre notaire valencien d'exécuter les dernières volontés de la défunte (3). C’est dans le monastère des Frères de Saint-Jérôme, près de Gandie, qu'elle fut enterrée, comme
Isabel de Martorell. Mais, dans son testament (4), quelques
(1) La plupart des actes que nous avons cités portent la mention habitator ville Gandie. Une seule fois, à la suite du contrat de mariage du 26 février 1448, le notaire Belsa écrit Auziano March, militi, habitatori dicte civitatis, et la cité à laquelle il semble se reporter est bien Valence, puisqu'on lit quelques lignes plus haut Bernardi de Scorna quondam habitatoris civitatis Valencie. Faut-il ne voir dans cette nouvelle indication qu’un simple oubli du scribe ? En tout cas, les actes postérieurs à 1443 et antérieurs à 1451, ou ne mentionnent pas le domicile, se contentant de la formule habituelle Auzianus March, miles, dominus: loci de Beniarjo, ou contiennent, comme celui du 10 juin 1443 par lequel il donne procuration à Abdalla, sarrasin de Beniarj6, les mots habitator ville Gandie. |
(2) Valence. Arch. Metropolitano, n° 3883. Prot. Pau Rosell, ad an. 1451.
(3) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210. Prot. P. Belsa, ad an. 1455.
(4) Romania, XVII, 191.