SES ENFANTS
années plus tard, Auzias March demande que ses restes soient transportés à Valence, si l’évêque et les frères de Saint-Jérôme l’autorisent, dans le tombeau des Marchs, à la Seu, où lui-même veut être inhumé. Il ordonne, à cette fin, qu'un drap d'or qu'il possède soit garni de fleurs et de feuilles {bidaures) (1) avec ses armoiries et celles de Johana de Scorna, et placé dans la Seu de Valence. I1 sera donné au monastère de Saint-Jérôme, si la translation n’a pas lieu. Il prescrit enfin, dans son codicille de l’année suivante, que 700 messes — 200 de plus que pour sa première femme — soient dites à son intention (2).
Dispositions testamentaires qui témoignent d’un réel souci des convenances d’outre-tombe plutôt que de sentiments rétrospectifs bien déterminés.
Un dernier problème reste à résoudre. Johana Scorna laissa-telle des enfants à Auzias March ? Aucune indication précise ne nous a été transmise à ce sujet. Parmi les enfants légitimes du seigneur de Beniarjé nous avons déjà cité Francesch, né peutêtre de sa première femme, mais qui, n'étant pas nommé dans son testament de 1458, avait probablement cessé de vivre à cette époque. Reste un autre enfant, Pere, que l’on pourrait aussi considérer comme légitime, parce que la mention fill meu, par laquelle Auzias le désigne, n’est pas accompagnée de l’épithète bastard ou natural appliquée aux autres. Il est aussi le seul pour lequel le testament n’ait pas envisagé le cas où il serait incapable et ne pourrait pas recueillir par lui-même le legs qui lui est fait. Mais il faut remarquer par contre qu'il n’est pas institué héritier, mais seulement légataire comme les autres. Cet argument serait à lui seul peut-être insuffisant, mais il est confirmé par ce fait très important que la possession de la seigneurie de Beniarj6 fut attribuée aux Marchs de Barcelone et d’Aramprunyà. Enfin, une des pièces du dossier de la chapelle Saint- Marc (3) déclare qu'Auzias est mort sans enfants légitimes (sine filiis legittimis et naturalibus) et aucune ne signale même l’existence d’un descendant appelé Pere.
(1) « Item altre dosser de brocat a la domasquina ab les vidaures de ceti vert ab les armes del senyor Duch. » (El Archivo, VII, 104).
(2) Romania, XVII, 195.
(3) Valence. Arch. de la Curia Ecl., A. 22-187. — 39 « Jacobum Torrella te Gabr. Sancç », fol. XX vo,
Nous croyons donc que, malgré le prénom traditionnel qui lui a été donné comme à l’aîné des enfants légitimes, à chacune des générations de la famille, ce Pere March VIT n’est issu n1 du premier ni du second mariage d’Auzias March. Sa seconde femme, Johana de Scorna, est donc morte vraisemblablement sans enfants.
D’autres unions furent moins stériles. Ce sont les amours irrégulières, les faiblesses de grand seigneur que nous révèle le chapitre secret de la biographie d’Auzias March, son testament.
Trois fils et une fille — Johan, Pere, Felhp et Johana — en furent les conséquences durables. Les deux aînés paraissent être Johan et Johana. Au premier, qualifié de bâtard dans cet acte authentique, peut-être parce qu'ilétait adultérin, et pour le distinguer des autres qui sont simplement naturels, il lègue, par l'entremise de sa belle-sœur Madona Constança Marti, et à condition qu'il épouse une de ses filles, un cens de 25.000 sous (1). La seconde, déjà mariée à Auzias Torrella, de Gandie, reçoit en partage une maison que le poète possédait encore dans cette ville, tous ses meubles de Valence et de Bemiarjé et 60 livres royaux de Valence pour l'achat d’une esclave.
Pere et Felip sont plus Jeunes : le dernier, né d’une esclave appelée Marta, qu'il a encore en 1458 à son service, le préoccupe à cause de son incapacité et de sa minorité de 20 ans. Des legs plus minimes, l’un de 25 livres de rente, l’autre de 20, leur sont attribués respectivement à titre d'aliments, mais avec la faculté (carta de gracia) de racheter le capital.
Ces enfants ne semblent pas être le fruit de rencontres passagères, de bonnes fortunes sans lendemain. Le type de Don Juan
(1) Romania, XVII, 191. — Ce mariage eut lieu le 10 avril 1459, un peu plus d’un mois après la mort du testateur. Johan March obtint la main de Castellana, fille légitime de Francesch Marti et de Constança de Scorna, et, le 14 juin suivant, Joffre de Blanes, héritier universel d’Auzias March, lui concède tous les droits qu’il avait contre Berenguer Mercader et Pere Johan (Arch. gen. del reyno de Valencia, Prot. Berenguer Cardona, ad ann. 1459),