‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 70 sur 302 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Ses deux mariages ne lui ont pas donné cette grande lignée, ces nombreux descendants légitimes que souhaitait un seigneur tel que lui, héritier d’une longue suite d’aïeux. En revanche, sa fortune, très réelle et assez considérable pour l’époque, fut des plus prospères. Toute sa vie, nous le voyons, grâce aux registres de ses notaires, occupé à la gérer et à l’augmenter. Elle lui permet de tenir son rang de chevalier et lui procure aussi les loisirs nécessaires à l'étude et à la poésie.

A sa majorité, Auzias March retrouva intact, après l'’administration que sa mère en avait assurée depuis 1413, le patrimoine paternel, immeubles et meubles, dont nous avons déjà vu les principaux éléments. Il se composait essentiellement de la seioneurie de Beniarj6, de Pardines et de Verniça aux environs de Gandie. Elle lui a été transmise par Pere March avec cette parti-

Am. Pacs. — Auzias March. 3

98 cHAP. VII. — FORTUNE DA. MARCH. PREMIÈRES POÉSIES

cularité qu'au cas où il ne pourrait pas en bénéficier lui-même, son cousin d'Aramprunyà lui serait substitué. Cette condition semble indiquer — et c’est ainsi qu’elle sera interprétée plus tard — que ce fief était inaliénable et attaché à la famille.

A cet héritage, il faut ajouter sa maison natale de Gandie, dans le Carrer major, les meubles du palais seigneurial de Beniarjé (1), et une somme de 50.000 sous dont une moitié provenait de son père et l’autre de sa mère.

Avec la propriété de Beniarj6, il possède aussi les droits féodaux y afférents, sources d'importants revenus, et surtout la Juridiction civile et criminelle, c’est-à-dire la moyenne et basse justice, ainsi que la dîme du trézain.

Pour Auzias March, comme pour tout seigneur féodal, le domaine est essentiellement une propriété exploitable dont il faut, par une gestion attentive, tirer le plus grand profit, sans négliger les devoirs de sa charge et les dépenses qui incombent à un vassal :

Com a vassall la renda despenent..

Dès 1425, il obtient du roi Alphonse V la juridiction suprême qui n'avait point appartenu à ses prédécesseurs et paie de ce chef un droit de 18.000 sous (2), chiffre qui nous renseigne déjà en partie sur ses recettes extraordinaires.

L'agriculture est aussi l’objet de tous ses soins. Il se préoccupe de tout ce qui peut augmenter le rapport de ses terres. Dans l’orta fertile de Beniarj6, sur les bords de la rivière d'Alcoy, le blé (3), le riz (4) et le vin (5) enrichissent la population, surtout arabe, qui la cultive. Mais Nicolau Santafé, «le premier suerier de Valence », comme l'appelle le Libre de Memories (6), vient

(1) Il est aujourd’hui démoli. Les seuls souvenirs de la famille March qui aient été conservés à Beniarjé sont l’église et un ermitage consacrés tous les deux à Saint Mare. Voy. D. Teop. Liorenre, Valencia, II, 701 et suiv.

(2) Mem. de Palma.

(3) Arch. de Osuna, Gandia, n° 1210, Prot. P. Belsa, 20 sept. 1432.

(4) Tbid., n° 1212, Prot. P. Belsa, 16 février 1444.

(5) «.… Super locis predictis de Beniargo, de Pardines et de Verniça ac juribus, redditibus, proventibus et emolumentis ipsorum, terris, vineis et hereditatibus eorumdem... » (Arch. Hist. Nat., n° 224, Portaceli en Serra, 6 fév. 1461).

(6) P. 186. Le 24 janvier 1408, le conseil de la cité lui vota une subvention de 200 florins.

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