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INFLUENCE DE LA SCOLASTIQUE

Il est intéressant de remarquer que, vers la même époque, la littérature italienne qui n’avait été tout d’abord, en Sicile, qu’un simple écho de celle des troubadours, subit, en Toscane et à Bologne, la même évolution que la poésie provençale, sans qu’on puisse affirmer que l’une ait influé sur l’autre. Avec Guittone d’Arezzo, Guido Guinicelli et tous les poètes du dolce stil nuovo(1), l’amour se purifie peu à peu de tout élément sensible, et la femme « s’angélise ». Habitués dès l’école aux spéculations métaphysiques, ils transportent aussi dans leurs vers le goût de l’abstraction et se complaisent dans les subtilités de la casuistique amoureuse. « C'était l’époque, dit Bartoli (2), à propos de Guido Cavalcanti, où la philosophie et la théologie, amalgamées ensemble, se fatiguaient aux subtiles et vaines recherches de la nature de toutes choses. Il suffit de jeter un regard sur les livres d’Albert-le-Grand et de Thomas d'Aquin pour comprendre le désir fébrile qui envahit les esprits de pénétrer l'essence de Dieu, des anges, de l’âme humaine, des éléments, des corps, de tout en somme, en argumentant, distinguant et subtilisant. À cette ambiance intellectuelle ne pouvaient naturellement pas se soustraire les poètes, et voilà pourquoi ils dissertèrent sur la nature de l'Amour, en se rapprochant autant que possible des méthodes de l’école philosophique dominante. » L'œuvre de Dante est inséparable de celle de la nouvelle école qu'il porte à sa plus haute perfection, grâce à un art merveilleux dont le secret réside dans sa puissante personnalité et dans son imagination forte et disciplinée à la fois (3).

Ainsi l’union de la philosophie et de la théologie avec la vieille poésie de cour aboutit, au Nord des Pyrénées, aux traités les plus ennuyeux, aux dissertations les plus froides, que ne réchauffe et ne vivifie aucun souffle d’en haut. En Catalogne, au contraire, l’ardeur du sentiment religieux ranime parfois, chez Ramon Lull, les sujets les plus mornes ou s’épanche en des accents d’une réelle tendresse. En Italie, enfin, par la vertu

(1) Voir K. Vossrer, Die philosophischen Grundlagen zum « süssen neuen Stil». C’est à tort, suivant nous, que P. Savj-Lopez a critiqué ses conclusions dans le Giornale storico della Letteratura italiana, XLV, 74, et dans Trovalori e Poeti, Milano, 1907, p. 10 et suiv.

(2) Storia della Letieratura Italiana, AV, p. 135.

(3) A. Jeanroy, Dante (Grande Encyclopédie, XIII, 891).

mystérieuse du génie, les symboles et les abstractions acquièrent dans les Canzoni et dans la Vita Nuova de Dante une vie véritable, et, si la Divine Comédie est encore, comme on l’a dit (1)», «une encyclopédie didactique où le poète a entassé patiemment des trésors de science et de profitables enseignements », elle n’en est pas moins le poème le plus attachant comme le plus profond du Moyen âge.

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Ce caractère de gravité qu'avait pris la poésie, au xrr1° siècle, pendant la période provençale de la littérature catalane, continue à se manifester dans les siècles suivants. Avec le règne de Pierre IV d'Aragon (1335-1387) commence l’époque de l’école catalane proprement dite que Milà y Fontanals (2) propose de diviser en trois parties distinctes. La première comprendrait à peu près tout le xrv® siècle jusqu’au premier tiers du xve. C'est une ère de transition ; les poètes catalans abandonnent de plus en plus la langue provençale tout en s'inspirant encore des troubadours anciens et nouveaux. Dans la seconde, le catalan est devenu à peu près définitivement le langage de la poésie comme celui de la prose. Elle coïncide avec l’activité littéraire d'Auzias March et s'étend de 1430 environ à 1459. Milà y Fontanals et Rubié y Lluch (3) l’appellent, non sans quelque emphase, « le zénith » et (l’âge d’or » de la poésie catalane. La troisième, enfin, de 1460 aux premières années du xvi® siècle, présente déjà des symptômes de décadence.

Il importe de jeter un coup d’œil sur la première période avant d'étudier l’œuvre d'Auzias March et son influence.

Peu de temps avant que le roi Pierre IV montât sur le trône d'Aragon se constituait à Toulouse le collège du Gay Saber où la poésie catalane devait puiser une vitalité nouvelle, On connaît son origine, Sept bourgeois, qui s’affublaient du nom de trouba-

(1) I. Hauverre, Littérature italienne, p.108. (2) Resenya dels antichs poetas catalans, p.195, (Obras, II, 234). (3) Sumario de la historia de la literatura española, p. 67.

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