‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 88 sur 302 · TOULOUSE ET LA CATALOGNE · texte numérisé non relu

TOULOUSE ET LA CATALOGNE

ont été non seulement copiées pour être envoyées telles quelles en divers lieux, mais encore résumées par l’auteur lui-même et que le seul exemplaire de cet abrégé versifié se trouve en Espagne (1), on peut supposer que ce Bortholmieu Mare est un catalan qui a concouru à ce travail de copie ou d’abréviation ou tout au moins qu'il a été fait à sa demande ou sur ses conseils pour servir aux Catalans. Si nous ajoutons, d'autre part, que le prénom de Bartholomeu à été usité dans la famille des Marchs et que, comme nous l’a appris A. Paz y Mélia, le poète Pere March lui-même a eu un frère ainsi appelé, on admetira comme possible qu'un membre de la famille March soit venu en France, dès le milieu du xrv® siècle, pour y chercher les recettes poétiques de l'Ecole Toulousaine (2).

Cette hypothèse est rendue plus vraisemblable par ce fait qu'un second résumé, mais celui-là en prose, du livre de Molinier, a été composé à peu près à la même époque par Jean de Castellnou, un des sept mainteneurs du Consistoire de Toulouse, à la demande du «noble En Dalmau de Rochaberti, hils de feu le très noble En Dalmau, vicomte de Rochaberti ». Un peu auparavant 1l avait commenté et critiqué le Doctrinal de trobar de Ramon de Cornet et adressé son Glosarr à l'infant Pierre, comte de Ribagorça, fils de Jacme II d'Aragon, celui-là même que Cornet qualifie ainsi, dans la conclusion de

son ouvrage :

Mos libres es complitz.

Dieu ne sia grazitz E la Verges Maria ; E vuelh que donatz sia A’n Pedro, filh del Rey D’Arago, qar lo vey Savis, cert e valen E de trobar saben (3).

(1) Ce manuscrit, provenant du monastère de San Cucufat del Vallés, se trouve actuellement aux Archives de la Couronne d'Aragon. Cf. Mira, ibid., 506 ; CmasaneAu, Hist. de Lang., X, 179. Une copie en a été faite par Tastu en 1837, et figure à la Mazarine sous la cote 4526.

(2) Remarquons aussi que Bortholmieu Marc ne se trouve mentionné ni parmi les mainteneurs, ni parmi les « honorabbles senhors de capitol de Tholosa », ni enfin parmi les bourgeois, licenciés, docteurs où marchands qui les accompagnent.

(3) J.B. Nouzer et C. CaaBaneau, Deux manuscrits du XIV® siècle, Montpellier-Paris, 1888, in-80, p. 214. Cf, Mia, Obras, TITI, 288.

122 CHAP: I. — LA POÉSIE ICATALANENAUEX IS SrREULE

On comprend dès lors combien furent étroits les rapports qui unirent la Catalogne et le Consistoire de Toulouse. Cette institution fut en quelque sorte commune, durant cette prenière période, aux écrivains des deux côtés des Pyrénées. C’est l’infant Pierre, oncle du roi Pierre IV d'Aragon, qui paraît avoir favorisé à ses débuts ce rapprochement littéraire. Poète lui-même, il avait protégé les poètes (1) avant de revêtir, comme certains troubadours de jadis, la robe de saint François (1358). Son fils Alphonse (2) n’hérita pas seulement de ses titres, auxquels il ajouta plus tard celui de duc de Gandie, mais aussi de son amour des lettres : nous avons vu ce qu'il fut pour Pere March.

À l'influence de l’infant Pierre est dû, au moins en partie, le goût pour la poésie provençale que manifestèrent sa nièce Constance (3), femme de Jacme II de Majorque, et surtout son neveu Pierre IV le Cérémonieux. Celui-ci, qui professait pour le talent de son oncle une réelle estime, puisqu'il lui envoyait, le 8 juin 1355, un sirventesch sur « le bon air et la noblesse » de l’île de Sardaigne (4), avait d’abord cultivé la poésie amoureuse, puis traité des sujets plus austères, donnant à l’un de ses fils des conseils sur la Chevalerie (5) ou raillant l’autre du mariage qu'il venaitde contracter malgré sa volonté (6). Sous

(1) Le chroniqueur Muntaner raconte (chap. 298) qu'il composa une dança un serventlesch et une chanson qu'il chanta lui-même ou fit chanter par les jongleurs En Romaset, en Comi et En Novellet, à l’occasion du mariage de son frère, le roi Alphonse ITT, en 1327. CF. Mira, Obras, III, 306. — Le 8 mai 1331, le fils d’Alphonse [TT lui recommanda son jongleur Alfons Fernandez (A. Rusr6 y Liucu, Documents, 1, 101).

(2) Voy. sa généalogie dans notre article de la Revista de bibliografia catalana, L153.

(3) Mic, Obras, TT, 457. — Son fils l’infant Jacme de Majorque (+ 1375) aimait aussi la poésie. Le dominicain Fr. Pere Saplana, qui avait traduit la Consolatio de Boèce, lui conseillait, dans sa dédicace, de « mettre le livre en rimes pour qu'il fût plus plaisant », e serie m semblant, Senyor, que vos qui sabets be la art de trobar vos occupassets en lo dit libre de fer-lo en rimes, per ço que fos pus plasent. (Libre de Consolacio ; édit, Aguilé, dans la Biblioteca Catalana).

(4) Archivio Storico Sardo (1906), IT, 434. Cf. Rusr6 x Liucn, Documents, I,

(5) P. ne Boraruzz, Los condes de Barcelona vindicados, II, 272 : Cf. Rusré Y Liucu, op. cit., p. 276.

(6) Zbid., 288. Cf. Rusré y Liucn, o. c., p. 281.

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