‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 100 sur 167 · KRSNASARPA · texte numérisé non relu

KRSNASARPA

— Le Serpent noir —

Le bienlieureu.x Buddha (1). . . , étant entré dans Rajagr-ha, résidait à Veniuvana, dans l’enclos du Kalandaka. 11 y avait (alors) à Râjagrha, à la porte de la ville, un maître de maison riche, etc. (9) . . Description d’un homme riche. . . Mais il était égoïste, ladre, tenant ferme ce qu’il possédait; il ne pouvait pas même se résoudre à donner des miettes à un corbeau. Quand il voyait des Çramanas, des Brahmanes, des misérables^, des mendiants, il pervertissait son esprit; il avait déposé dans son jardin un grand monceau d’or et d’argent; il était vieux et, pendant qu’il était fixé là^, il mourut. Après sa mort il renaquit serpent venimeux juste au-dessus de ce (trésor) ; c’était un grand ser-

‘ Ce terme est dans le tibétain seulement, il fait habituellement partie de l'énumération.

* Vrddhodhyavasita ; la traduction tibétaine semble signifier « il s’y atlacha et mourut de l'excès de sa passion ». Le Kalpa-dr. av. a vrddho rojî... « vieux, malade... ».

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pent noir au regard empoisonné. A partir de ce moment, tous les individus qui entraient dans cejardin, il les privait de la vie, par son seul regard. Or, ce bruit se répandit partout dans la ville de Ràjagrha : « Tous ceux qui entrent dans ce jardin y trouvent la mort » ; et la foule le fit savoir au roi Bimbisâra.

Alors le roi Bimbisâra se dit en lui-même : « Qui est capable de le dompter, si ce n’est le bienheureux Buddha ? » Et le roi Bimbisâra, entouré d’une foule nombreuse se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et s’assit à peu de distance. Quand une fois le roi Bimbisâra fut assis à peu de distance, Bhagavat l’endoctrina, l’instruisit, l’éclaira, le réjouit par un discours sur la loi. Après l’avoir en doctriné, instruit, éclairé, réjoui par un discours sur la loi présentée de plusieurs manières, il garda le silence.

Alors le roi Bimbisâra s’étant levé de dessus son siège, ayant rejeté sur une épaule la partie supérieure de son manteau et mis en terre la rotule du genou droit, fit l’ahjali en se tournant du côté où était Bhagavat, et parla ainsi à Bhagavat : « Ici, Bhagavat, dans la ville de Ràjagrha, dans tel jardin, habite un serpent venimeux, un grand serpent noir, dont le regard est un poison; il fait une grande destruction d’hommes. Bien ! Bhagavat pourrait le dompter et témoigner ainsi sa compassion. » Bhagavat accueillit par son silence (la proposition) du roi Bimbisâra. Alors le roi Bimbisâra comprenant, par le silence de Bhagavat, son acquiescement, salua avec la tête les pieds de Bhagavat, se leva de dessus son siège et se retira.

Ensuite, dans la nuit même, dès qu’elle fut finie, de grand matin, Bhagavat s’étant levé, prit son vase et son manteau et se dirigea vers cejardin. Quand Bhagavat y fut arrivé, il lança des rayons de la couleur de l’or dont l’éclat surpassait celui de mille soleils, en sorte que le jardin en fut tout éclairé; il lança aussi des rayons d’amour dont le contact seul réjouissait vivement le corps. Alors le serpent venimeux se mit à regarder de côté et d’autre : « Qui est celui dont la puissante infiuence cause à mon corps ce grand plaisir? » se dit-il; et il aperçut le bienheureux Buddha (16). . Description physique du Buddha...

En le voyant, il éprouva dans son esprit de bonnes dispositions envers Bhagavat; et, quand il eut l’esprit bien rassis, Bhagavat lui enseigna la loi

ANNALES DU MUSEE GUIMET

(en lui montrant) la marche et l’origine (de sa destinée) : « O toi, qui as une mine fortunée, lui dit-il, tu as acquis ces richesses qui ont produit pour toi la voie des serpents venimeux. Bien ! produis dans ton esprit de bonnes dispositions envers moi et détache tes affections de ce trésor, afin de ne pas renaître dans les Narakas lorsque tu mourras ici. » Quand Bhagavatlui eut rappelé sa naissance, il se mit à pleurer.

Alors, à cette heure même Bhagavat prononça ces gâthâs :

Que ferai-je maintenant que tu es allé dans une matrice d’animal, que tu es tombé dans une situation calamiteuse? Pourquoi pleures-tu, vraiment? Bien! Grée dans ton esprit de bonnes dispositions pour le Jina à la grande compassion.

Si tu rejettes ici les attachements (qui te valent) la matrice d’un animal, tu arriveras ensuite au Svarga *.

Enfin Bhagavat le mit dans son vase et l’emporta à Venuvana.

Cependant le roi de Magadha et toute la population apprirent comment Bhagavat avait dompté ce serpent venimeux. Quant à ce serpent venimeux, détestant sa propre nature, il réussit à se priver d’aliments®. Il mourut dans de bonnes dispositions d’esprit en faveur de Bhagavat et reprit naissance chez les dieux purs, (les dieux) Trayastriihçat.

Or c’est une règle (13)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha.

Ensuite le fils de dieu, autrefois serpent venimeux, comme un marchand qui a réalisé un bénéfice, etc..., déployant toujours la même majesté avec laquelle il était venu en présence de Bhagavat, se rendit aussi cette même nuit auprès du roi Bimbisâra et toute la demeure royale fut éclairée d’une magnifique clarté. 11 réveilla le roi en lui parlant ainsi : «Grand roi, lève-toi, pourquoi dors- tu ? » Le roi réveillé regarde ; en voyant cette magnifique clarté et le fils de dieu, le roi fut tout réjoui : « Qui es-tu ? » lui demanda-t-il. « J’étais, répondit l’autre, le serpent au regard empoisonné. Depuis, Bhagavat m’a dompté dans le jardin, et, après ma mort, j’ai repris naissance chez les dieux purs, (les dieux) Trayastrhhçat. J’ai été m’assoirprès de Bha-

• Ces vers sont la répétition de la prose qui précède : particularité dont le récit précédent nous offrait déjà un exemple et qui est très commune dans les livres bouddhiques du sud.

' * Nâhdratâm pratipanna : c’est un véritable suicide dont on trouvera d’autres exemples.

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gavat; il m’a fait voir les vérités; et maintenant je te réveille : va dans ce jardin ; à telle place tu trouveras le grand trésor, prends-le pour nourrir en mon nom Bhagavat avec la confrérie de ses auditeurs, et pour faire la manifestation d’un don méritoire (daxinâ). »

Le roi Bimbisâra accueillit la proposition du fils de dieu en gardant le silence. Et le fils de dieu, ancien serpent venimeux, comprenant au silence du roi son acquiescement, disparut à l’instant même.

Cependant, cette nuit même, le roi Bimbisâra informa les citadins et les paysans Magadbains de ce qui s’était passé, se rendit à ce jardin, y trouva le trésor et nourrit pendant trois mois Bhagavat avec la confrérie de ses auditeurs. Après quoi, il questionna Bhagavat : « Bhagavat, quels actes ce fils de dieu, ancien serpent venimeux, avait-il faits pour naître parmi les serpents venimeux ? Quels actes a-t-il faits pour renaître parmi les dieux ?

Bhagavat répondit :

Il a fait naître en lui une cupidité excessive et de mauvaises dispositions d’esprit envers les Çramanas, les Brahmanes, les mendiants ; c’est pour cela qu’il naquit parmi les serpents venimeux.

lia fait naître en lui de bonnes dispositions envers moi, c’est pour cela qu’il est né parmi les dieux.

Il avait été Upâsaka sous le parfait et accompli Buddha Kâçyapa, et, en cette qualité, il était allé dans le refuge et avait saisi les bases de l’enseignement ; c’est pour cela qu’il a obtenu la vue de la vérité.

En conséquence, grand roi, il faut s’évertuer pour rejeter l’avarice ; alors on n’aura pas les torts du serpent venimeux et on aura la troupe de qualités de ce (serpent) devenu fils de dieu : voilà, grand roi, ce qu’il te faut apprendre.

Alors le roi Bimbisâra, s’étant réjoui du discours de Bhagavat et l’ayant félicité, adora avec sa tête les pieds de Bhagavat, se leva et partit.

Ainsi parla Bhagavat ; lesBhixus ravis et les autres, Devas, Asuras, Garudas, Kinnaras, grands serpents, se réjouirent vivement du discours de Bhagavat.

Le Krsnasarpa-avadâna est le sixième texte du Kalpadruma-av. (f°s 23-32); il suit, comme toujours le texte del’Avadàna Çataka, le reproduisant quelquefois mot pour mot,

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE GUIMET

mais, comme toujours aussi, entrant dans quelques digressions assez longues et développant certains points indiqués seulement dans le récit de notre recueil. En voici l’analyse ;

Description assez sobre du maître de maison de Râjagrha ; — ses richesses, — sa mort, — sa renaissance et ses méfaits, sous forme de serpent. — Les habitants implorent l’assistance du roi (en quatre çlokas). — Le roi va trouver le Buddha et réclame son secours (cet épisode est à peu près de même longueur que celui de l’Avadâna-Çataka, mais traité un peu différemment, avec plus de sobriété et d’à -propos). Bhagavat va trouver le serpent et lance ses rayons ; étonnement et humiliation du monstre. Longue leçon du Buddha au serpent; elle absorbe une trentaine de çlokas et développe ce que l’Avadàna-Çataka exprime en deux phrases; — émotion du serpent. Bhagavat lui adresse la gâthâ qui est dans l’Avadâna-Çataka, puis l’emporte dans son vase. Etonnement et reconnaissance dès habitants de Râjagrha qui chantent (en onze çlokas) les louanges du Buddha. Réflexions du serpent, sa mort et sa renaissance dans le Svarga (plus développé que dans notre récit, dix çlokas).

Visite du serpent devenu dieu au Buddha, son arrivée au grade de Srota-âpatti, son Udâna et son retour dans le Svarga.

Immédiatement après, visite au roi, pour lui faire connaître la place où est le trésor et l’usage qu’il veut qu’on en fasse. Le roi suit ses instructions et invite le Buddha.

Entrée du Buddha à Râjagrha; longue énumération des prodiges qui signalent cet événement (douze çlokas).

Description des mets donnés parle roi au Buddha et à ses disciples, qui font très bonne chère. Le roi explique au Buddha la cause de cette hospitalité qu’il lui offre (détail bien placé, qui n’est pas dans l’Avadàna-Çataka), puis lui demande l’origine des fortunes du serpent devenu dieu. Bhagavat lui répond.

Longue description (en seize çlokas) du caractère du maître de maison de Râjagrha. Sa mort et sa renaissance comme serpent, puis comme dieu (relatées brièvement en trois çlokas) — sesrelations méritoires avec Kàçyapa (quatre çlokas). — Longue leçon sur le don, les autres Pâramitâs et les conséquences qui en résultent pour l’acquisition de la Bodhi (dix-neuf çlokas) — ensuite le Buddha retourne à son Vihâra.

Le texte se termine par une nouvelle leçon sur l’avarice, la nécessité d’y renoncer et de rechercher la Bodhi, adressée par Upagupta, le narrateur de ces récits, au roi Açoka, et qui, par conséquent, est proprement en dehors de notre avadâna.

Nota. — Le suicide du serpent noir par privation d’aliments (voir page 200, note 2) est exprimé d’une manière aussi brève et peut-être plus claire que dans l’Avadâna- Çataka par le çloka :

Après avoir fait en lui-même toutes ces réflexions,

Se rappelant le Sugata à plusieurs reprises,

Il mourut d’inanition (nirahâro mrta :) et s’en alla Au Svarga par la puissance du Buddha.

Seulement le texte n’indique pas suffisamment que cette mort est volontaire.

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