‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 101 sur 167 · CANDRA · texte numérisé non relu

CANDRA

— Luue —

Le bienheureux Biicldha (1)... résidait àÇrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anathapindada.

Or, il y avait, à Çrâvastî, un brahmane laboureur qui épousa une femme de même tribu que lui (6)... Mariage fécond... Un fils naquit, beau, admirable, charmant, qui faisait la joie des yeux et du cœur de tout le monde... « Quel sera, dit-on, le nom de cet enfant ? » Les parents dirent : « Puisque, à sa naissance, il a réjoui les yeux de tout le monde, que le nom de cet enfant soit GandraL )) Ce Brahmane (ne) l’avait obtenu (qu’) avec peine, et n’avait pas d’autre fils ou fille

L’enfant fut élevé et devint grand. Gomme il faisait la joie de tout le monde, les brahmanes maîtres de maison lui faisaient parcourir toute la ville : à cette pensée, l’amour du brahmane (pour son fils) s’accroissait et s’affermissait ; et, soit que r(enfant) fut en marche, arrêté ou couché, il s’appliquait constamment à le surveiller avec soin.

Or, la maison du Brahmane était voisine (de celle) d’Anâthapindada. L’enfant, s’étant attaché à Anâthapindada, se rendit à Jêtavana et entendit la parole du Buddha. 11 éprouva de bonnes dispositions ^ pour l’enseignement du Buddha, puis, étant mort à un âge peu avancé, il renaquit chez les dieux Trayastriniçat.

Or, c’est une règle (13)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha.

Les Bhixus, s’étant appliqués à la méditation de la veille du commencement à la fin de la nuit, avaient vu la magnifique clarté qui avait brillé devant Bhagavat. Gette vue leur ayant donné un doute... (Question des Bhixus sur cette visite et réponse du Buddha'^).

Gependant, le Brahmane, après avoir déposé dans le cimetière son fils

« Lune ».

2 Le tibétain met cette phrase plus haut, avant celle qui relate l’imposition de nom.

Ou « de la foi » (prasâda, tib. dad).

* Voir au récit 48 (Çresthî), page 186 note 6.

ANNALES DD MUSEE GÜIMET

uniqno, désiré, choyé, chéri, doux à son cœur, patient, incomparable (le pressait) contre sa poitrine, en disant d’une voix lamentable, (bien) lamentable : « Ab ! mon bis ! mon fils unique ^ ! » Ses parents avaient beau faire tout leur possible pour dissiper son chagrin, ils ne réussissaient pas à le faire lever; il restait là, entouré de corbeaux, d’orfraies, de chiens, de chacals, de vautours, accompagné de femmes aux cheveux épars, contemplé par une foule considérable.

Alors le fils, devenu dieu, de ce (brahmane), voyant le désespoir de son père, eut le cœur ému de compassion ; il se transforma, prit la tenue d’un rsi et vint se placer près du cimetière, exposé à la chaleur de cinq (feux).

Alors le brahmane interrogea ce rsi: « O grand rsi, que cherches-tu à obtenir au moyen de cette mortification ? » Le rsi répondit : « C’est la royauté que je désire obtenir; (je veux) que mon char soit bigarré de pierreries diverses, que le soleil et la lune soient les roues du char et que les quatre gardiens du monde y soient attelés pour le tramer; alors, je monterai sur le char et je parcourrai cette grande terre. »

Le brahmane dit :

Quand tu te livrerais à des mortifications ininterrompues pendant une centaine d’années complète,

tu n’obtiendras pas cette condition, non pas même par les plus excellentes mortifications.

Le rsi reprit : « Et toi aussi, avec ce corps mort, ce cadavre impur, d’une odeur repoussante, qui n’est plus qu’une matière inerte, que te proposes-tu d’atteindre ? »

Le brahmane répondit : « (Mon fils) chéri, mon fils unique est mort ; c’est lui que je me propose d’obtenir, »

Le rsi repartit :

Quand tu pleurerais cent ans durant sans interruption, tu ne retrouveras pas ce fils : car est-ce en pleurant qu’on arrive à un tel résultat?

Alors le brahmane réfléchit : il se rangea à l’avis du rsi ; de bonnes dispositions naquirent en lui, et ayant de bonnes dispositions, il dit : « Qui es-tu ? »

1 Le tibétain dit ; « Ah! mon fils! Ah! mon fils aimé! Ah! mon fils unique! »

avadAna-çataka VI, 2 (52)

— Alors le rsi, faisant évanouir sa forme (d’emprunt) et paraissant sous sa forme propre, dit à son père : « Je suis ton fils unique ; après avoir reçu dans mon cœur de bonnes dispositions pour Bliagavat, je suis mort et j’ai repris naissance chez les (dieux) purs, (les) dieux Trayastrimçat ; c’est pour dissiper ton chagrin que je suis venu ici. Viens, toi, cher père, prends ton refuge dans le bienheureux Buddha, tu parviendras ainsi à franchir le Samsâra. »

Alors le brahmane, abandonnant le corps mort, se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Alors (22)... il obtint le fruit de Srota-âpatti. Après avoir ainsi atteint l’élévation, avoir obtenu le gain, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, fit trois fois le pradaxina autour de Bhagavat et se retira.

Alors, les Bhixus ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes. « Vois, Bhagavat, comment ce fils de dieu a réussi à dissiper le chagrin de son père et l’a établi dans la vue de la vérité. » Bhagavat répondit : « Bhixus, qu’y a-t-il ici de merveilleux si, maintenant, après avoir vu la vérité, il a sauvé son père, puisque, dans la voie du passé, n’étant qu’un homme vulgaire, il a, jusqu’à trois fois, sauvé la vie à son père qui allait être mis à mort. Écoutez cela et mettez-le bien et dûment dans votre esprit ; je vais parler.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, il y avait un homme adonné à l’adultère, dont le fils, vertueux et ayant des inclinations droites, était extrêmement respecté de tout le monde. Le père, ayant commis un vol, le roi avait donné cet ordre : « Qu’on le mette à mort ! » Alors le fils, ayant jusqu’à trois fois imploré le roi, conserva à son père la vie si désirée.

Bhagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus, celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut l’adultère, c’était ce brahmane- ci, et le fils de l’adultère d’alors, c’était ce fils de brahmane (que vous avez vu). »

Les Bhixus reprirent : « Quel acte le père et le fils avaient-ils fait tous les deux, pour avoir ainsi la vue de la vérité ? »

Bhagavat répondit : « Sous le parfait et accompli Buddha Kâçyapa, ils furent tous les deux Upâsakas ; ils allèrent dans le refuge et saisirent la base de l’enseignement ; c’est pour cela que maintenant ils ont vu la vérité.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Eu conséquence, Bbixus, tous les Sanskâras étant impermanents, toutes les lois étant sans individualité, le calme (u’) étant (que) dans le Nirvâna, il faut faire des efforts en vue du Nirvana ; voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.

Ainsi parla Bhagavat ; (les) Bhixus ravis, etc. (comme au précèdent...)-

Rapprochements et remarques

Le Gandra-avadâna est le quinzième récit du Kalpa-dr.-av. (f°s 114-126). En voici l’analyse :

Brahmane laboureur de Çrâvasti ; il lui naît un fils qu’on appelle Gandra. Gandra grandit, accompagne Anâthapindada à Jêtavana. Description de ce lieu et de ce qui s’y trouve (treize çlokas). La curiosité de Gandra est éveillée et les réponses qu’ Anâthapindada fait à ses questions l’excitent encore davantage. Leçon faite par le Buddha à ses auditeurs à l’intention de Gandra (dix-huit çlokas). Profonde impression faite sur le jeune homme, qui en rend eompte à ses parents. Maladie de Gandra soins, remèdes, médecins, invocations aux dieux, tout est inutile ; il meurt en se rappelant les Trois-Joyaux. — Lamentations du père, lamentations plus longues encore de la mère, discours de consolation des parents. — Gandra est porté au cimetière ; les parents ne peuvent se décider à brûler Iç corps et restent dans le cimetière.

Visite de Gandra devenu dieu au Buddha et son retour dans le ciel.

Sa visite à son père, sous la forme d’un rsi : son père le questionne ; il lui fait connaître son vœu. Le brahmane s’en moque, et, questionné à son tour sur l’objet de son attente; déplore la mort de son fils. Le prétendu rsi cherche à lui faire entendre raison ; mais, n’y parvenant pas, il prend la forme d’un dieu. Le Brahmane étonné lui demande qui il est; le personnage lui répond qu’il est son fils et l’engage à ne plus s’attacher à un corps inanimé. Voyant que son père hésite et se croit dupe d’une illusion, il lui explique comment il a été converti et lui fait une petite leçon. — Le père, converti à son tour, va trouver le Buddha, devient son disciple et amène toute sa famille au même état que lui. Doute et question des Bhixus : Bhagavat leur répond : «Il y avait à Bénarès un brahmane qui avait toutes sortes de vices et fut un jour condamné à mort pour vol. Son fils, arrivant au moment où on le conduisait au lieu de l’exécution, supplia le roi et obtint sa grâce. Gefait se répéta trois fois. »

Les Bhixus ne sont pas satisfaits : nouvelle 'question sur la cause des mérites de ces deux hommes. Le Buddha donne la clef de l’énigme; c’est qu’ils avaient déjà été disciples de Kâçyapa.

Nota. — Les cinq feux (page 204, 1. 10) sont quatre feux au milieu desquels se place le patient, avec le soleil en plus. Le Kalpa.-dr.-av. explique très bien cette mortification, simplement indiquée dans l’Av.-çat. par le mot Pancatapas, et que la traduction tibétaine a le tort d’appeler « les cinq mortifications » .

AVADÂNA-ÇATAKA VI, 3, (53)

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