SALA
— Les fleurs de Sala. —
Le bienheureux B uddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anathapindada.
Or on célébrait, en ce temps-là, à Çrâvastî, la fête appelée Sâlabhanjikâ (« cueillette des Sala ^ » ?) ; là, plusieurs centaines de milliers d’êtres jouent, s’amusent, se donnent du plaisir. A la tin, une fille de Çresthî, toute chargée de fleurs de Sâla, rentrait à Çrâvastî au moment même où Bhagavat, entouré d’une troupe de Bhixus, en sortait après j avoir circulé pour les aumônes. La jeune fille vit le bienheureux Buddha (16)... Description phijsique du Buddha.
A cette vue, de bonnes dispositions ^ naquirent en elle et elle couvrit Bhagavat de fleurs de Sâla, puis, lui ayant fait le pradaxma, elle revint sur ses pas, en disant : « J’en reprendrai d’autres pour la maison. » Elle monta donc sur un arbre Sâla ; mais elle tomba, mourut au moment où elle venait de rendre à Bhagavat de bons offices, et renaquit parmi les dieux purs, (les dieux) Trayastriniçat.
Elle fit donc son entrée dans l’assemblée des dieux, ornée de fleurs de Sâla qui lui formaient un char A ce moment, Çakra, le roi des dieux, était à Sudharmâ, dans l’assemblée des dieux et au milieu de la troupe des dieux, faisant l’éloge du Buddha, l’éloge de la Loi, l’éloge de la Confrérie. Çakra aperçut cette jeune fille des dieux, ornée de fleurs de Sâla qui lui faisaient un char, brûlante {ou brûlée?) par ses racines de vertu En la voyant, il lui adressa ces stances :
Pourquoi tes membres sont -ils ainsi façonnés, semblables à l’or, brillants comme une fleur de lotus?
1 Le sanskrit fait de Sâlabhanjikâ un nom de montagne, parvata ; le tibétain un nom de fête. Il a dû y avoir une confusion entre parüan (fête) ei parvata (montagne). Le Ratna-a v.-mâlà, en mettan giri confirme la leçon parvata; mais le Dvâviinçati-av. en mettant jjarran justifie la traduction tibétaine.
2 Prasâda, tib. dga.
Le tibétain traduit ; « le corps et le char ornés des fleurs de Sâla ».
Uttaptakuçalamüla. UUa^pta. « brûlé» est rendu en tibétain par « brûler »
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Une clarté incomparable, produite par la beauté de tes membres, s’échappe de ton corps.
Pourquoi ton visage ressemble-t il à un lotus épanoui et a-t-il l’éclat de l’or Dis-moi, toi, déité, de quel acte est né le fruit dont tu jouis.
La déité répondit :
J’ai couvert de fleurs de Sâla, sans poussière et excellentes, le soleil des hommes doué désignés parfaits, lui et ses auditeurs.
A cause de cela il brille d’un éclat supérieur,
Mon beau visage, dont l’éclat pur est celui de la lune ou du lotus
Çakra reprit ;
O champ composé uniquement de qualités, parfaitement pur de tout défaut, dans lequel tu as déposé la semence enviée pour l’élévation au Svarga !
Qui n’honorerait le Buddha, jaune comme un monceau d’un or excellent, et dont les yeux ressemblent aux longues feuilles d’un lotus épanoui, quand un tel privilège donne tant d’éclat à des visages de femmes belles aux yeux allongés comme des (feuilles de) lotus ?
Or, c’est une loi (14)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha.
Les Bhixus qui s’étaient appliqués à la méditation... Question des Bhixus sur cette visite et réponse du Buddha^. La personne que vous avez vue, c’est lajeune fille qui, sur le chemin, m’avait couvert de fleurs de Sâla. Gomme elle avait produit dans son esprit de très bonnes dispositions envers moi, elle a repris naissance parmi les dieux Trajastriihçat après sa mort. Elle est venue cette nuit en ma présence; je lui ai enseigné la l.oi, et après avoir vu les vérités, elle est retournée dans sa demeure.
Voici donc, Bhixus, ce que vous devez apprendre : nous honorerons le maître, etc. (3)... Le culte du maître.
Ainsi parla Bhagavat (2).
^ Le mot du texte es\. jalaja {né dans l’eau); iruiw (goutte, lune). Le tibétain traduit padwiai (lotus); zla-va (lune). Est-ce un composé (dvandva)? ou s’agit-il d’une espèce de lotus appelé « lune »? J’aurais traduit volontiers : « l’image de la lune dans l’eau » en ne prenant pas jalaja dans le sens de lotus. Mais le Kandjour est contraire à cette interprétation.
2 Voir ci-dessus p. 203 note 4.
AV ADÀNA- ÇATAKA V, 4, (54)
2üü
Rapprochements et remarques
I. Le récit de notre texte est le cinquième du Ratna-av.-mâlâ, où il a le titre de Sâlapuspa « fleur de Sala » (f°® 48-53). En voici l’analyse :
Des jeunes gens, filles et garçons, vont cueillir des fleurs « au mont Sâlabhafijikâ » près Çrâvasti. — Une fille de Çrestliî, revenant de la montagne, rencontre leBuddha. — Réflexions que cette rencontre lui suggère (treize elokas). Elle jette ses fleurs sur le Buddha qui s’en retourne à son Vihâra après l’avoir regardée. Elle va chercher d’autres fleurs, monte sur un arbre, tombe et se brise les membres en invoquant le Buddha. Elle renaît chez les dieux, toute remplie de la pensée du Buddha, et fait son entrée avec tout l’appareil de la magnificence dans l’assemblée des dieux.
Elle y arrive au moment où Çakra parle aux dieux du Buddha : alors s’établit entre Çakra et la jeune fille, le dialogue donné dans l’Avadâna- Çat.; les vers sont les mêmes; seulement les derniers vers prononcés par Çakra sont augmentés de six autres hémistiches. Les paroles de Çakra reportent la pensée de la jeune fille avec plus d’énergie sur le Buddha ; elle se décide à aller le voir, arrive à Jetavana, entend une leçon complète qui la fait arriver au degré de Srota -âpatti, puis s’en va après avoir prononcé l’Udâna.
Les Bhixus, qui avaient vu la lueur, questionnent Bhagavat ; il leur fait connaître la nature de la visite qu’il a reçue et les exhorte à servir et invoquer les trois joyaux.
Suit une petite exhortation d’Upagupta au roi Açoka.
Le récit du Ratna-av. màlâ est, on le voit, très sobre, suivant de près le récit de l’Avadâna-Çataka, faisant fort peu de digressions, et surtout ne les faisant pas longues.
IL La quinzième section du Dvâviihçati-avadàna intitulé Puspa-kathâ, « discours sur les fleurs » est composée d’un récit qui correspond au Sâla de l’Avadâna-Çat. ; quoique, par une portion au moins, il lui soit identique, il en diffère notablement : 1“ par l’économie du récit, intervertissant l’ordre des épisodes; 2° par l’adjonction d'un épisode tout à fait nouveau ; 3“ par la différence de rédaction même de certaines parties communes. Il est à remarquer que les diverses parties du récit ne sont pas très bien liées entre elles, au point que l’on est obligé de supposer des lacunes.