‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 103 sur 167 · CRI'MATI · texte numérisé non relu

CRI'MATI

Le bienheureux Buddha (1). . étant entré à Râjagrha, résidait à Venuvana, dans l’enclos du Kalaudaka.

Dans la ville de Râjagrha, le roi Bimbisâra exerçait la rojauté (10)... Roi puissant et juste.

Lorsque le roi Bimbisâra eut gagné, par la présence de Bhagavat, la vue

Ann. g. - XIX

ANNALES DD MUSEE GDIMET

des vérités, il se rendait de nuit auprès de Bhagavat, avec le personnel de son gynécée.

Or, une fois, dans la saison du printemps, quand les arbres sont tout, en fleurs, que la forêt retentit du cri de l’oie ^ delà grue, du paon, du perrocpiet, de la chouette, du coucou, du faisan, le roi Bimbisâra, accompagné de la reine, entouré du personnel de son gynécée, sortit pour aller au parc. Là, les personnes du gynécée firent au roi cette proposition : « Seigneur, nous ne pouvons de jour aller trouver Bliagavat ; hé bien ! que Sa Majesté établisse, dans le gynécée même, un Stupa pour les cheveux et les ongles du Tathcàgata, où nous puissions, non pas une seule fois, lui rendre un culte au moyen de fleurs, de parfums, de guirlandes, d’onguents, de parasols, de bannières, d’étendards. »

Le roi Bimbisâra fit cette proposition à Bhagavat : « Nous demandons des (rognures de) cheveux et (d’) ongles pour établir un Stùpa du Tathâgata au milieu du gynécée », et Bhagavat finit par donner des (rognures d’) ongles et de cheveux, en sorte que le roi Bimbisâra, avec de grandes démonstrations de respect, secondé par les personnes du gynécée, établit un Stupa d’ongles et de cheveux du Tathâgata au milieu du gynécée, et les personnes du gynécée y offraient leurs hommages avec des lampes, de l’encens, des fleurs, des parfums, des guirlandes, des onguents.

Au contraire, lorsque le roi Ajâtaçatru, subjugué par Devadatta, eut privé de la vie son père attaché à la loi, roi de la loi, et se fut établi lui-même dans la royauté, alors tous les dons conformes à l’enseignement de Bhagavat furent supprimés et le roi rendit cet édit : « Que nul ne fasse des cérémonies au Stùpa du Tathâgata! »^ A partir de ce moment, quand on arrivait à la quinzaine de la lunaison, personne ne balayait le Stùpa des cheveux et des ongles, n’y faisait des dons en lampes, encens, fleurs. Et alors les personnes du gynécée, songeant à l’état où se trouvait le Stùpa et se rappelant le roi Bimbisâra, se mirent à pleurer d’une manière lamentable, bien lamen table : « Ah : malheur (à) nous (qui), par la perte du roi de loi, sommes destituées de mérites religieux I » Mais il y avait une femme du gynécée appelée

* L’oie n’est pas citée dans le tibétain.

2 Le manuscrit sanskrit a ici : « Il y avait une femme du gynécée, nommée Çrîmalî », phrase qui n’est jias dans le tibétain et qui se trouve répétée plus bas. Elle provient d'une inadvert.uice du copiste qui a oublié de la biffer.

AVADÂNA-GATAKA VI, 4, (54)

Çrîmatî qui, sans tenir compte de sa propre vie, se rappelant les qualités du Biiddha, balaya le Stupa de cheveux et d’ongies et y plaça une guirlande de lumières.

Cependant Ajâtaçatru, étant venu sur la terrasse de son palais, remarqua cette clarté resplendissante : « Qu’y a-t-il là ? » demanda-t-il. Une des femmes lui répondit : « C’est que Çrîmatî a placé une guirlande de lumières sur le Stupa de cheveux et d’ongles. » Alors il fit venir Çrîmatî : « Pourquoi, lui dit-il, transgresses-tu l’ordre du roi? » Elle répondit : « Si j’ai transgressé ton ordre, du moins je n’ai pas transgressé l’ordre du roi de la loi, de Bimbisâra. » Alors furieux, il lança son disque sur elle et lui ôta la vie. Elle mourut dans de bonnes dispositions^ envers Bhagavat et reprit naissance parmi les dieux purs, (les dieux) Trayastriinçat.

Juste à ce moment, l’assemblée des dieux était réunie. Alors Çrîmatî, la jeune fille divine, resplendissant d’une clarté qui se projetait sur tout un yojana à la ronde, s’avança dans l’assemblée des dieux. Aussitôt, Çakra, le roi des dieux, voyant cette magnifique splendeur et cette clarté divine qui s’étendait sur tout un yojana, fit cette question :

Pourquoi ton corps est-il ainsi façonné, semblable à l’or, semblable à la fleur du lotus?

La félicité (éclate dans) ta personne, tu es d’une nature incomparable; quelle clarté s’échappe de ton corps !

Pourquoi ton visage est-il semblable au lotus épanoui, brillant comme l’or?

Dis-le moi, toi, déesse ; quel acte a produit le fruit que tu goûtes ?

La divinité répondit :

J’ai contemplé le protecteur des trois mondes, le flambeau du monde, le Buddha en qui abondent les signes excellents;

et j’ai offert une lampe au meilleur des parleurs, ce qui dissipe les ténèbres à celui qui fait fuir les ténèbres du kleça.

En voyant son éclat semblable aux rayons de la lune, j’éprouvai de bonnes dispositions au fond du cœur envers le Muni,

et, contemplant cette clarté avec ravissement, je m’inclinai devant le maître, le meilleur des parleurs.

C’est cette action qui a produit l’éclat supérieur que je possède, qui a donné à mon visage semblable au pur lotus indu un aspect si charmant.

1 « Dans un esprit joyeux » selon la tibétain qui vQnû. prasannacitta par sems dgd.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Çakra reprit :

0 champ (uniquement) formé de qualités, exempt de tout défaut, où tu as déposé la semence désirée qui fait obtenir le Svarga, qui n’honorerait celui qui est jaune comme un monceau d’or excellent, le Buddha dont les yeux sont eomme les longues feuilles de lotus épanoui, puisque les hommages que lui rendent les meilleures des femmes donnent tant d’éclat à leurs visages et à leurs yeux allongés comme des lotus h

Or, c’est la règie(13)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha.

Les Bhixus qui s’étaient appliqués à la méditation... Question des Bhixus sur cette visite et réponse du Buddha^. C’est une femme du gynécée du roi Bimbisàra qui, ne tenant pas compte de sa propre vie et se souvenant des qualités du Buddha, a fait l’offrande d’une guirlande de lumières. A cause de quoi, le roi Ajâtaçatru, en colère, lui ôta la vie. Comme elle mourut en dirigeant sa pensée vers moi, elle reprit naissance chez les (dieux) purs, (les) dieux Trajastriinçat ; c’est elle qui est venue me voir cette nuit. Je lui ai enseigné la loi, et, après avoir vu les vérités, elle est retournée dans sa demeure.

En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre, c’est que nous honorerons le maître (3)... Le culte du maître...

Ainsi parla Bliagavat (2)...

Rapprochements et remarques

I. YiO Çrîmati-Avadâna qui, d’après l’arrangement des, textes des différents recueils, devrait se trouver dans le Ratna-av.-mâlâ, fait partie du Kalpa-dr.-av., où il occupe une place considérable (trente-deux feuilles) ; c’est la plus longue section du recueil. Toutefois cette section qui porte le titre de Çrimatî-avadâna renferme autre chose que ce récit ; elle se compose de trois récits successifs qui se tiennent ensemble par le personnage dont ils relatent les actions, le roi Ajâtaçatru.

Le premier (f°® lGO-160) fait connaître le caractère, les actions, la conversion et les anciennes conditions du roi Ajâtaçatru.

Le deuxième (f°® 167-179) expose en grands détails le meurtre de Bimbisàra par Ajâtaçatru.

1 Tous ces vers, sauf naturellement la réponse de l’iiéroïne, sont répétés du récit précédent : le texte sanskrit ne s’en distingue que par de légères variantes. (Voir ci-dessus pages 207-?).

* Voir pages 186, note 6, et 203, 208.

AVADÂNA-GATAKA VI, 5, (55)

Le troisième 175-191) renferme l’histoire de Çrîmatî, c’est la partie qui nous intéresse. En voici l’analyse :

Regrets qu’xijâtaçatru éprouve de son parricide. Inquiétudes de Devadatta (en treize çlokas). Discours adressé par lui à Ajcâtaçatru pour l’exciter contre le Buddha (quatre-vingt-douze çlokas). Ajâtaçatru résiste d’abord et finit par céder. Il défend de rendre des hommages au Buddha, puis, se déchargeant du fardeau de la royauté sur un de ses conseillers, se livre aux plaisirs du gynécée. L’interdiction portée par le roi est publiée. Joie des Tirthikas ; douleur des Bouddhistes (exprimée en soixante-dix çlokas). Hommages de tout genre rendus en secret au Buddha ; les uns vont le trouver de nuit, les autres lui rendent un culte chez eux.

Les fieurs offertes au Buddha vont d’elles- mêmes former un baldaquin au-dessus de sa tête. Grande fureur des Tirthikas et de Devadatta qui obtient du roi un redoublement de sévérité. Le culte secret n’en continue pas moins, et dans le gynécée même on rend hommage au Buddha sur un stûpa de ses ongles et de ses cheveux. Le roi met un terme à ces manifestations et les veuves de Bimbisâra se désolent.

L’une d’elles, Çrîmatî, nettoie le Caitya et y met une guirlande de lumières ; le roi, de la terrasse de son palais, voit cette clarté, envoie une servante, s’informe de ce que c’est, l’apprend, fait venir Çrîmatî, la questionne et la tue. Çrîmatî renaît chez les dieux 'rrayastrimçat, vient rendre visite au Buddha, reçoit instruction et s’en va. (Toute cette partie reproduit très fidèlement et presque mot à mot le texte de l’Avadâna-Çâtaka ; les vers de ce recueil y sont donnés sans changements.)

II. Le Tirthika-paribodhana-prâtihârya, qui vient à la suite de ce récit et raconte des faits immédiatement postérieurs à l’aventure de Çrîmatî, correspond au Prâtihârya (II, 5), de l’Avadâna-Çataka et indique le rapport chronologique qui existe entre les quinzième et cinquante-quatrième récits de ce recueil.

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