‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 106 sur 167 · DÙTA · texte numérisé non relu

DÙTA

— Le Messager —

Le bienheureux Buddha (1)..., étant venu à Râjagrha pendant la saison des pluies, résidait à Venuvana, dans l’enclos du Kalandaka.

Or, le maître de maison Anâthapindada se rendit au lieu où était le roi Prasenajit de Koçala. Quand il y fut arrivé, il souhaita victoire et longue vie au roi Prasenajit et lui fit cette déclaration : « Sache-le, certes, ô Majesté, il y a longtemps que nous n’avons vu Bhagavat ; nous avons soif de la vue de Bhagavat, nous désirons voir Bhagavat. » — Le roi dit au maître de maison Anâthapindada : » Maître de maison, as-tu quelque indication sur le lieu où Bhagavat se trouve maintenant pour passer la saison des pluies? » — Anâthapindada répondit : » J’ai entendu dire, ô Majesté, que Bhagavat est à Râjagrha, pour y passer la saison des pluies. »

Alors, le roi Anâthapindada, et bien d’autres, gens de la ville et de la campagne, ministres, donnèrent à un individu le nom de Messager, et lui dirent : « Va, toi, ô homme, rends-toi dans le lieu où est Bhagavat. Quand tu y seras arrivé, salue avec la tête en notre nom les pieds de Bhagavat, et demande lui s’il ne souffre pas, s’il n’a pas d’inquiétudes, s’il peut facilement se lever, marcher, s’il a des forces, s’il éprouve du bien-être, si rien ne lui répugne, s’il n’a pas d’éloignement pour les contacts qu’il éprouve, et parle lui ainsi : Vénérable, le roi de Koçala et les habitants de Çrâvastî, les gens de la ville [et des alentours] ^ ont un ardent désir de voir Bhagavat, et ils

1 Je rends ainsi jânapadâ, qui se trouvait plus haut et qui manque ici. Le tibétain dans les deux endroits est : pho-brail (palais); 'khor (cercle); gyi (de); mi-rnmas (\es hommes) les gens de la cour (ou de la capitale).

ANNALES DD MUSEE GUIMET

ont dit : Voilà longtemps que nous n’avons vu Bhagavat ; nous avons soif de la vue de Bhagavat, nous désirons voir Bhagavat. Bien! que Bhagavat vienne à Çrâvastî par compassion (pour nous) !» — « Oui, Seigneur », répondit l’homme. Après avoir reçu les instructions du roi Prasenajit de Koçala, des ministres, des citadins, des paysans, il partit de Çrâvastî^ et, marchant toujours en avant, atteignit la ville de Râjagrha.

11 commença^ par examiner la ville de Râjagrha, puis se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et s’assit à une petite distance ; alors, il s’adressa à Bhagavat en ces termes : « Vénérable, le roi Prasenajit de Koçala et les habitants de Çrâvastî, les gens de la ville [et de la campagne]^, en saluant avec la tète les pieds de Bhagavat, s’informent s’il est en bonne santé, s’il n’a point d’inquiétudes, s’il peut facilement se tenir debout et marcher, s’il a des forces, s’il éprouve du bien-être, si rien ne lui répugne, s'il n’a pas d’éloignement pour les contacts (auxquels il peut être soumis), et ils ont dit : Voilà longtemps que nous n’avons vu Bhagavat, nous avons soif de la vue de Bhagavat, nous désirons voir Bhagavat. Bien ! que Bhagavat vienne à Çrâvastî par compassion (pour nous) ! ».

Bhagavat répondit : « O homme, j’irai, si le roi Bimbisâra m’en donne la permission. »

Alors, le Messager, ayant sollicité la permission du roi Bimbisâra, dit à Bhagavat : « Bhagavat, tu as la permission du roi Bimbisâra, dont Bhagavat actuellement croit devoir respecter les convenances^. » — Bhagavat accueillit par son silence la proposition de cet homme.

Or, quand les trois mois de pluie furent passés, Bhagavat mit son manteau, ajusta son manteau; puis, muni de son vase et de son manteau, entouré d’une suite nombreuse, il se mit en marche dans la direction de Çrâvastî. Le Messager, monté sur un char, se mit en marche également. Il aperçut le

1 Çrâcastito. Le Ubétaiu dit ; rgyal-poi khab-du sou-nas « étant parti... pour Râjagrha ». Cela est admissible, mais la leçon du manuscrit népalais semble préférable, et l’altération ne doit pas être de ce côté.

2 Je rends ainsi jaitruain qui n’est pas représenté dans le tibétain où, par contre, on trouve

cad (tout) qui n'est pas dans le sanskrit; le traducteur tibétain a sans doute \u.sarvaîTi au lieu de pârcain.

3 Je prends sur moi d’ajouter ce terme qui n’est ni dans le sanskrit, ni dans le tibétain.

■4 Le tibétain ajoute : « je te prie de venir ».

AVADÀNA-ÇATAKA YI, 7, (57)

Bucldha qui cheminait à pied, descendit de son char et, faisant l’anjali en se tournant vers Bhagavat, il lui dit : « Que Bhagavat prenne notre char, par compassion (pour nous). » — Bhagavat répondit :

Pour moi, sur le char de la base de la puissance surnaturelle roulant avec une activité parfaite,

Je parcours la terre entière qui disparaît sous les épines du Kleça h

Le Messager reprit : « Quand bien même Bhagavat peut se mettre en mouvement au moyen des bases de la puissance surnaturelle, qu’il veuille bien néanmoins m’accorder cette faveur par compassion ! »

Alors Bhagavat, en vue du bien de ce messager, se tint au-dessus du char au moyen de la puissance surnaturelle; puis Bhagavat, monté sur le char, atteignit Grâvastî, et le messager alla en informer le roi.

Alors le roi avec ses ministres, avec les gens de la ville et de la campagne, alla au devant de Bhagavat; et là, il s’établit de nuit à Jêtavana pour entendre la loi. Quant au messager qui était peu avancé en âge, il mourut dans la nuit même, après avoir entendu la loi ; une fois mort, il renaquit parmi les dieux purs, (les dieux) Trayastriinçat.

Or c’est une loi (13)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha...

Cependant le roi Prasenajit monté sur la terrasse de son palais avait vu cette magnifique clarté ; le lendemain, au point du jour, il questionna Bhagavat... Question du roi au sujet de cette visite et réponse du Buddha

C’est ton messager qui est mort après avoir éprouvé de bonnes dispositions envers moi et qui a repris naissance parmi les dieux purs, (les dieux) Trayastriihçat; il est venu me voir cette nuit, je lui ai enseigné la loi, et il est retourné dans sa demeure après avoir vu les vérités.

Alors le roi tout étonné dit : « Oh ! le Buddha ! Oh ! la Loi ! Oh ! la Confrérie ! Un (si) petit acte accompli pour eux est capable de produire un (si) grand fruit ! » Puis le roi Prasenajit deKoçala, réjoui et satisfait des paroles de Bhagavat, salua avec la tête les pieds de Bhagavat, se leva de son siège et partit.

1 Axatakleçahastakair ; d'après le tibétain, kastakair doit être corrigé en hantakair. Le mot axata, rendu en tibétain par mi-snang-ÿa (sans briller), doit sans doute être remplacé par adrstâm.

2 Voir ci-dessus pages 106, note 6, et 203, 208, 212, 215, 220.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Alors Bhagavat adressa la parole aux Bhixus : (1) Sûtra sur les trois proclamations de supériorité.

Ainsi parla Bhagavat (2) . . .

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