‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 107 sur 167 · MAHISA · texte numérisé non relu

MAHISA

- La Buffle —

Le bienheureux Buddha (1)..., en faisant un voyage dans les campagnes du Koçala, ari'iva dans une profonde forêt. Là, dans cette forêt profonde, habitait un grand troupeau de buffles et les gardiens des buffles étaient au nombre de cinq cents.

Or, parmi ces buffles, il y en avait un qui était fort*, doué d’une force su-périeure. Dès qu’il flairait l’odeur d’hommes autres (que ses gardiens), ilsui vait leur piste en courant.

Bhagavat arriva donc en ce lieu : du plus loin que les gardiens des buffles aperçurent Bhagavat avec la confrérie de ses auditeurs, ils lui crièrent : « Bhagavat, évite ce chemin; un buffle méchant habite par là. » — Bhagavat répondit : « Ne vous donnez pas tant de tracas. Messieurs, nous saurons agir ici selon le besoin. »

Or, le buffle méchant, du plus loin qu’il aperçut Bhagavat, redressa sa queue et s’élança du côté où était Bhagavat. Alors Bhagavat fit apparaître sur le devant cinq lions à la crinière flottante, pleins de férocité^, au flanc droit et au flanc gauche deux amas de feu, au-dessus une grande pierre en feu. Le buffle, voyant partout de grands sujets de crainte, vint aux pieds de Bhagavat [lécha les pieds de Bhagavat]^ et regarda Bhagavat d’un air contrit. Alors Bhagavat, avec un langage dont le point de départ et le point d’arrivée étaient appropriés à ce (buffle), lui enseigna la loi en trois points. « Dis-toi bien, ô toi au visage fortuné, que la durée n’appartient à aucun sanskâra, le moi à aucune loi (ou condition d’existence), que (le) calme (est seule-

* Le tibétain répète le mot « fort ».

2 Patudhârina : le tibétain a : ra^'pa-gyeiXs pa, « secouant leur crinière ».

3 Se trouve dans le tibétain seulement.

AV ADÂNA- ÇATAKA VI, 8, (58)

ment dans) le Nirvana^ » ; et il lui rappela sa naissance. En rentendant, (le bufde) se mit à pleurer.

Alors Bhagavat prononça à cette heure deux stances :

Que ferai-je maintenant que tu es allé dans une matrice d’animal, et que tu as rencontré la calamité ? pourquoi pleures-tu inutilement ?

Bien ! aie de bonnes dispositions envers moi, le compatissant Jina ; tu dépouilleras ici l’animalité, et tu iras alors dans le chemin du Svarga.

Le bufde méchant, blâmant sa condition présente-, réussit à se priver de nourriture^. Or les êtres vivants qui sont allés dans des matrices d’animaux sont des feux endammés^. Celui-là ne tarda pas à mourir et reprit naissance parmi les dieux purs, (les dieux) Trayastriihçat.

Or, c'est la règle (13)... Renaissance chezles dieux etmsile au Buddha.

Or, les gardiens desbufdes avaient vu la magnidque clarté. Cette vue avait excité leur curiosité; ils questionnèrent Bbagavat : « Bhagavat, quel est celui qui pendant la nuit est venu en présence de Bhagavat en répandant un éclat divin ?» — Bhagavat répondit : « Messieurs, c’est ce bufde qui est mort après avoir éprouvé do bonnes disposilions envers moi ; il a repris naissance parmi les dieux purs, (les dieux) Trayaslriihçat. 11 est venu me voir cette nuit, je lui ai enseigné la loi, et il est retourné dans sa demeure après avoir vu les vérités. »

Alors les gardiens des bufdes furent dans un extrême étonnement. « C’est une merveille, dirent-ils, que celui-ci précisément, né dans une matrice d’animal, pour avoir rencontré Bhagavat l’ami de la vertu, ait repris naissance parmi les dieux et obtenu de voir les vérités ! Comment donc nous, qui avons une existence humaine, n’atteindrions- nous pas à l’excellence?)) — Alors ils rassasièrent de mets purs le bienheureux Buddha accompagné de la confrérie de ses auditeurs, puis ils se drent initier en présence de Bhagavat. A force d’application, d’ellbrts, d’énergie, ils rejetèrent tout le Kleça, et l’état d’Arhat se manifesta pour eux.

Les Bhixus ayant conçu un doute queslioniièrent Bhagavat celui qui ôte

^ Voir la conclusion du récit 2 de cette décade (52) page 206.

2 Svdçrai/am, «]sa retraite, sa denie :re » et, comme dit le tibétain, «son corj s ». * \'oir ci-dessus page 200, note 2,

Diptagnaya : en tibétain : me-i drod che-vas,

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE OUIMET

tous les doutes : « Vénérable, quels actes ce fils de dieu, autrefois bufrie, avait-il faits pour naître parmi les buffies ? Et ces gardiens de bufrles quel acte ont-ils fait pour que l’état d'Arbat se soit ainsi manifesté pour eux ?

Ilhagavat répondit ; «Ceux-là autrefois, Bhixus, dans des existences précédentes (H)... Le fruit des œuvres et la transmigration.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce même Bhadrakalpa où nous sommes, quand les créatures vivaient vingt mille ans, un parfait et accompli Buddha nommé Kâçvapa (14)... parut dans le monde.

Etant entré dans la ville de Bénarès, il y résidait à Rsipatana, dans le Mrgadàva.

Or, une fois les Bhixus étaient en discussion sur certains points à déterminer. Le Bhixu Tripita entouré de cinq cents (disciples) cherchait à élucider la queslion. '

11 y avait des Bhixus étudiants et non étudiants (çaixâeaixàs); ils posèrent une question à Tripita qui ne put répondre, se fâcha, et laissa échapper une parole violente : « Ces buffies! qu’est-ce qu’ils comprennent? » — Les disciples répondirent : « Ces gardiens de buffies! qu’est -ce qu’ils comprennent ? »

Bhagavat reprit; Que pensez- vous, Bhixus ? Le Tripita de ce temps-là, c'était ce buffie, et ceux qui furent les disciples étaient les gardiens de buffies. Par suite de cet acte, il est né parmi les buffies pendant cinq cents naissances, et ceux-là ont été cinq cents gardiens de buffies. Parce qu’il a éprouvé envers moi de bonnes dispositions, à cause de cela, il a repris naissance parmi les dieux et a obtenu de voir les vérités.

En conséquence, Bhixus, il faut s’évertuer pour rejeter les mauvais actes de la parole, afin de n’avoir pas les torts de ce buffie et de ces gardiens de buffles, et d’avoir au contraire la troupe de qualités de ce même buffie devenu fils de dieu. Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprenfire.

Aiii'i parla Bhagavat (2)...

AVADÂNA- C \TA KA YI, 9, (59)

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