‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 118 sur 167 · PUTRA · texte numérisé non relu

PUTRA

— Les fils —

Le bienheureux Budclha (1)... résidait à Kapilavastu, dans le jardin du Nyagrodha.

Or il y avait à Kapilavastu un Çâkya riche (9)... Il épousa (6)... Mariage fécond... Sa femme devint enceinte. Quand huit ou neuf mois furent écoulés, elle accoucha, et il naquit une grosse boule de chair. A la vue de cet (objet), le père et la mère furent consternés aussi bien que les autres habitants de la maison, serviteurs et parents. « Qu’est-ce qu’un nouveau-né de ce genre ? » disaient-ils. Enfin, le maître de maison entra dans son boudoir et, la joue appuyée sur sa main, il resta absorbé dans ses réflexions : « Qui consulterais-je bien ? Qui pourra savoir ce que c’est ? » se disait-il. Alors celte pensée lui vint à l’esprit : « Ce bienheureux Buddha sait tout, voit tout ! C’est le bienheureux Buddha que je consulterai, c’est lui qui saura ce que c’est (que cela). » — Il se rendit donc au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il questionna Bhagavat.

Bhagavat lui dit : « Ne crains rien, toi, maître de maison, ne crains rien ! place cette houle de chair dans du coton bien préparé; trois fois par jour essuie-la bien ^ de tes propres mains, puis arrose-la de lait largement. Au bout de sept jours, elle s’ouvrira, et il (te) naîtra une centaine de fils qui tous seront d’éminents et puissants personnages. » — A l’ouïe de ces paroles, le maître de maison fut dans un suprême étonnement, et il se dit : « J’ai fait un bien beau gain, puisqu’il me naîtra de tels fils. » — 11 fit comme (il lui avait été dit), et le septième jour, la boule de chair s’ouvrit : il en naquit cent jeunes gens, tous beaux, admirables, charmants, doués de tous les membres principaux et secondaires, ayant la force des grands héros. Avec le temps, ils furent élevés, se développèrent, devinrent grands et bientôt ils furent tous enivrés par l’orgueil de la jeunese. En errant çà et là, ils allèrent au jardin du Nyagrodha : là, ils virent le bienheureux Buddha (16)... Description physique du Buddha.

i Ou « pétris-Ia bien » ; le verbe est apamrjya, rendu par le tibétain brams-te qui ne se trouve pas dans les dictionnaires.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

Quand ils eurent vu les vérités, ils obtinrent la permission de leur père et mère, et se firent initier (23)... Arrivée à Vêtat d'Arhat^...

Les Bhixus, ayant eu un doute, questionnèrent Bliagavat celui qui ôte tous les doutes : «Vénérable, quels actes ces cent jeunes gens avaient-ils faits pour avoir ainsi la force des grands héros et former une société de frères ? » Bhagavat répondit : « Ceux-ci, Bhixus, dans d’autres existences précédentes (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration (15)... Apparition de V ancien Buddha Vipaçyi, sa fin et son monument...

Là, plusieurs centaines de milliers d’êtres offraient leurs hommages, l’esprit tourné vers le Svarga et la délivrance. Or, une centaine de gens en fête, s’étant détachés de la troupe virent le stùpa, et se rappelant les qualités du Tathâgata, comme s’ils n’étaient qu’un seul homme, n’avaient qu’un seul corps et qu’une seule âme, tous, formant un même groupe, l’esprit rasséréné, la joie au cœur, animés d’un même esprit, ils offrirent sur ce stupa des fieurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des onguents, des mets succulents et raffinés, des dons de toutes sortes des tentures, des bannières, des parasols. L’offrande achevée, formant toujours un seul corps, ils chantèrent un hymne d’une seule voix, et firent cent mille fois le pradaxina, respectueusement inclinés. Après quoi, d’une même âme et d’un même esprit, ils firent ce pranidhâna : « Puissent, grâce à cette racine de vertu qui est en nous, naître pareillement des êtres qui aient une même âme, un même esprit, un même corps, une même loi, les mêmes mérites, un même Nirvâna. » Là même, sur ce stfipa, leur existence s’arrêta pondant qu’ils étaient apjdiqués à cette dévotion. C’est par cette cause que maintenant ils sont nés en une même boule de chair, ayant une même forme, la substance d’un même corps, une même âme et un même esprit, une même force, une même énergie, un même héroïsme, une même conduite, une application (identique) aux mêmes lois, qu’ils ont simultanément obtenu le fruit de Srota-âpatti et obtenu simultanément la dignité d’Arhat. Ainsi Bhixus, les actions entièrement noires (5)... Actes blancs et actes noirs.

Ainsi parla Bhagavat (2).

* La première jiarlie du déveloi)pement, complète dans le tibétain, est écourtée dans le Ms. népalais, j'ignore si c'est à dessein, ou par suite de la négligence du copiste.

* Sarvopahârànicopadhokitâni.

AVADÂNA-ÇATAKA VII, 8, (68)

Rapprochements et remarques

I. La fin de notre récit, telle qu’elle est dans le Kandjour ne répond pas exactement au texte du Manuscrit népâlais. Elle est plus brève, et plus correctement conçue dans la forme ordinaire des récits du recueil, surtout elle ne reproduit pas l’abondance des termes par laquelle le texte sanskrit exprime l’identité des cent personnages; redondance peut-être inutile, mais qui, étant donné le sujet traité, n’est cependant pas trop déplacée. Voici comment s’exprime le Kandjour :

« Or, cent personnes de la fête, s’étant détachées du groupe, virent le Stupa. Les qualités du Tathâgata se présentèrent à leur mémoire. Toutes ensemble elles brûlèrent de l’encens et honorèrent le monument avec des fleurs, des guirlandes, des lampes. Après quoi, elles firent ensemble ce pranidhâna: « Partout où nous naîtrons, puissionsnous être une société de frères, nés d’un même sein, obtenir l’énergie des puissants et des forts, en même temps que la beauté physique, et, dans l’avenir, nous concilier de parfaits et accomplis Buddhas, et ne pas nous les aliéner ! » Que pensez-vous, Bhixus? Ceux qui étaient en ce temps- là, à cette époque-là, les gens de la fête, c’étaient précisément ces grands personnages. C’est parce qu’ils ont ensemble rendu des hommages au Stupa qu’ils sont ainsi nés ensemble et qu’ils ont obtenu l’énergie des puissants et des forts ; c’est pour avoir fait le pranidhâna que, ensemble, d’un commun accord, ils se sont fait initier, et, après l’initiation, ont obtenu l’état d’Arhat.

Ainsi Bhixus les actes entièrement noirs...

On peut croire que cette version est la plus ancienne, et que l’autre, celle du texte sanskrit est un remaniement effectué pour mettre en relief une certaine idée ; toutefois, nous ne voudrions rien affirmer ; les deux textes pourraient avoir existé lorsqu’on entreprit la traduction tibétaine, pour laquelle il aurait fallu faire un choix.

IL Nous avons ici le célèbre épisode de la naissance des cent fils de Dhrtarâstra (Mahâbharata-Adi-Parva, 4489-4520) ^ accommodé au Bouddhisme. Il est inutile de discuter ici sur l’origine de cette fable et de rechercher si elle a été empruntée par les Bouddhistes aux Brahmanes, ou par ceux-ci aux Bouddhistes. Nous croyons que les Bouddhistes sont les emprunteurs et qu’ils ont voulu avoir l’épisode du Mahâbharata approprié à leur usage et façonné d’après leur système. Mais il serait bon, dans tous les cas (qu’on veuille ou non rechercher l’origine de cette fable), de savoir si la littérature bouddhique offre une autre mention de cette histoire, si, par exemple, elle se retrouve dans le Tipitak-pâli. Jusqu’à présent nous ne connaissons que la seule et unique version de l’Avadâna-Çataka.

III. Il existe une autre légende bouddhique sur une femme accouchant d’une boule de chair. Le pèlerin chinois Fa-hian la raconte au sujet de la ville de Vaiçàlî, dans le vingtcinquième chapitre de sa relation. La première épouse d’un roi avait mis au monde cette boule qui, par suite de la jalousie d’une concubine, fut placée dans un coffre qu’on

‘ Trad. Fauche, I, page 478 et suivantes.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

jeta dans le Gange. Le courant entraîna ce coffre dans les États d’un autre roi qui l’aperçut, le fit recueillir et ouvrir; il y trouva mille petits enfants qu’il fit élever. Sp. Hardy raconte la même légende d’une manière un peu dift’érente; les enfants issus de la boule de chair sont, dans son récit, un garçon et une fille qui devinrent la souche des Licchavi *. Mais ils n’est pas question de mille ni même de cent fils.

On voit que cette légende réunit deux traditions ; la suite de l’histoire en fait intervenir une troisième dont nous aurons l’occasion de parler plus tard.

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