‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 123 sur 167 · SUPRABHÀ (7 I · texte numérisé non relu

SUPRABHÀ (7 I

— Bel éclat —

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî à Jetavaiia, dans le jard i n d’ A nât h ajii ndada .

Or il y avait à Çrâvastî un Çresthî riche (9)... Personnage riche... 11 épousa une femme... (6)... Mariage fécond...

AVADÂNA-ÇATAKA VIII, 1, (7 1)

Il lui naquit une fille belle, admirable, charmante, parée d’un ornement divin, un joyau de pierre précieuse fixé à sa gorge, et d’où s’échappait une clarté qui illuminait tout Çrâvastî. On fit une fête à l’occasion de sa naissance et on lui donna un nom. — « Quel sera le nom de cette enfant ?» — Les parents dirent : « Puisque, à peine née, elle a éclairé tout Çrâvastî avec un jovaii de pierre précieuse, que son nom soit donc Suprabhâ (bien éclatante). »

La jeune Suprabhâ fut confiée à huit nourrices (7)-.. Education brillante... Elle était croyante... (8) Personne vertueuse... A tous ceux qui venaient lui demander, elle offrait cet ornement ôté de sa gorgejet, quand elle l’avait donné, un autre apparaissait à la place.

A la fin, par succession de temps, elle devint grande et beaucoup (de jeunes gens) la demandèrent ; (c’étaient) des fils de rois, des fils de Gresthis. Persécuté par eux, le père, la joue appuyée sur sa main, resta plongé dans ses réflexions ; « Quel que soit celui d’entre eux auquel je la donnerai (se disaitil), les autres deviendront mes ennemis ». Enfin la jeune fille, voyant son père pensif, lui dit : « Cher (père), pourquoi es- tu pensif? » — Il lui en expliqua tout au long la cause. La jeune fille reprit : « Cher (père), ne te fais pas de chagrin : moi-même, dans sept jours, je recourrai au Svayamvara ». — Alors le Gresthî, après en avoir parlé au roi Prasenajit, fit faire à son de cloche cette proclamation dans Çrâvastî : « Dans sept jours, la jeune Suprabliâ recourra au Svayamvara ; qu’ainsi chacun de vous fasse ce qu’il croit devoir faire (pour la circonstance) !» — Le septième jour arrivé, la jeune Suprabhâ parut en public, montée sur un char, tenant un étendard en étoffe jaune sur lequel était tracée l’image du bienheureux Buddha, et chantant des hymnes. Alors, pendant que les fils de rois, les fils de ministres, les fils de Çresthis la regardaient avec chagrin, elle s’expliqua devant eux par divers discours : « Ce n’est pas du tout, disait-elle, que j’éprouve pour vous aucune espèce de mépris ; mais l’amour n’est pas le but (de mes efforts), je suis allée en refuge dans le Buddha ; je veux me faire initier en sa présence. » Les (jeunes gens) s’en retournèrent déçus h

Ensuite de cela, la jeune fille se rendit en présence de Bhagavat, fit le salut des pieds de Bhagavat, puis s’assit devant lui pour entendre la loi.

1 Nirbhaftsitâ, a blâmés, refusés, éconduits », mot qui n’est pas rendu dans le tibétain.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Alors Bliagavat, coimaissaut ses pensées, ses aspirations, sa nature, lui lit un exposé démonstratif de la loi tel, qu’après l’avoir entendu... (22)... elle atteignit l’état de Srota-âpatti, et manifesta (la possession des) connaissances supérieures ^

Cependant la jeune Suprabhà s’étant levée de son siège, ayant rejeté sur une épaule (le pan de) son manteau et fait l’anjali en s’inclinant du côté où était Bhagavat, dit à Bliagavat : « ^'énérable, puissé -je recevoir l'initiation à la loi et à la discipline bien enseignée, et la consécration ! Puissé-je revêtir la condition deBhixunî et pratiquer la conduite pure en présence de Bhagavat ! » Alors Bhagavat, devinant (se dit) : « 11 faut qu’elle en attire beaucoup à cet enseignement par les conversions qu’elle fera». ■ — Bhagavat lui dit donc : « \'a, jeune tille, regarde l’assemblée». Suprabhà sortit alors de Jetavana ; quand elle fut arrivée (devant la foule), chacun se dit en soi-même : « Il faut l’enlever de force » ; et ils s’avancèrent pour la saisir. Mais au moment où ils l’approchaient, comme le roi des cygnes, déployant ses ailes, elle s’éleva dans les régions aériennes et fit voir divers prodiges. Par cette manifestation de puissance surnaturelle, les gens simples furent promptement amenés à la foi. A la vue de ce prodige, de cette merveille qui amène à la foi les dieux et les hommes, leurs poils se hérissèrent, et, comme des arbres déracinés, tombant à ses pieds, ils se mirent à lui faire l’exhortation suivante : « Descends, descends, notre sœur, toi qui nous as manifesté la loi ; il serait déplacé, certes, que tu fusses (condamnée) à jouir des plaisirs de l’amour ».

Alors la jeune Suprabhà, étant descendue des régions aériennes, se tint devant la foule et fit une explication de la lui telle que, après l’avoir entendue, plusieurs centaines de milliers d’êtres eurent la vue de la vérité. Puis Bhagavat lui fit enseigner le renoncement par Mahàprajàpati, qui l’initia et la consacra. Elle donc, à force d’application... (23)... An'ivêe à l'état cV Arhat...

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : Vénérable, quels actes la jeune Suprabhà avait-elle faits pour être belle, admirable, charmante, pour qu’un joyau de pierre précieuse

i Ahhi [jnâ'] nirhdraçca hi'ta ; Ce terme revient, sans lacune, au récit soisanle-dix-neuviéme. Le tibétain rend ici nirhâra : par btgrags, « célébré », et plus loin par bsgrubs, « acquis, réalisé ». Je traduis nirhâra ; par « manifestation ».

AVADÂNA ÇATAKA A' 1 1 1 , 1, (71)

ait appai'ii à sa gorge, et ({iie, après son initiation, 1 état d Arliat sc soit manifesté pour elle ?

Bliagavat dit : Siiprabliâ, dans des naissances antérieures... (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration... (15)... Apparition de l'ancien Buddita Vipaçgl, sa fin, son monument...

Or, la (première) épouse du roi Bandliumat était vieille ; elle dépouilla son corps de ses divers ornements pour les donner au Stùpa, puis, tombant sur ses genoux, elle fit un pranidhâna : « Par cette racine de vertu, par cette production d’intelligence, par cet abandon conforme à la loi du sacrifice, puisséje obtenir l’état d’Arhat ! »

Bhagavat ajouta : Que pensez-vous Bliixus ? Celle qui, en ce temps là, à cette époque-là, fut l’épouse du roi Bandhumat, c’était cette Suprablià. — C’est parce qu’elle a placé sur le Stùpa de Vipaçjî des ornements variés qu’elle est belle, admirable, charmante, parfaite dans ses membres principaux et secondaires ; c’est parce qu’elle a fait le pranidhâna que l’état d’Arhat vient de se manifester pour elle.

C’est que, Bliixus, les actions noires... (5)... Actes blancs et actes noirs...

Ainsi parla Bhagavat (2)...

Rapprochements et remarques

Le Suprablià-avadâna est le huitième réeit du Kalpa-dr.-av. : il y occupe seize feuillets (L* 39-54), place considérable exigée par le développement exubérant de certains épisodes. En voici l’analyse :

Un riche maître de maison de Çrâvasti se marie, a une fille fort l)elle avec une gemme à la gorge : on l’appelle Suprabhâ. Education, progrès, science, générosité de Suprabhâ; tout ce qu’on lui demande, elle le donne. Un brahmane cupide vient lui dire qu’il est dans un grand besoin et qu’il a recours à sa libéralité reconnue de tous. Suprabhâ promet de lui accorder ce qu’il lui faut. Il demande la gemme qui orne la gorge de Suprabhâ. Suprabhâ est prête à l’accorder, mais il lui faut l’autorisation de son guru et de ses parents. Elle va trouver son guru qui lui fait observer la gravité d’un tel don ; on peut le faire, mais seulement à des gens si dignes ! mieux vaut encore ne pas donner une chose qu’on tient de naissance et qui est le fruit des mérites acquis. Et, comme cette réponse désole Suprabhâ, il l’engage à consulter ses parents. Elle va les trouvel*. Refus formel du père qui menace de retrancher à sa fille toute espèce de biens, si elle abandonne sa gemme. Et, comme Suprabhâ lui avoue qu’elle .se sent liée par un serment, le père déclare qu’un ser-

ANNA1.es du MUSEE G U IM ET

ment insensé n’a pas de valeur, qu’il prend sur lui l’effet de la malédiction que peut provoquer son manque de parole, que d’ailleurs, il saura bien apaiser le brahmane. La mère ajoute aussi quelques paroles pour faire comprendre à Suprablià que le don de sa gemme n’a pas de raison d’étre et no peut rien ajouter aux mérites qu’elle acquiert par l’exercice de la bienfaisance. Suprabliâ répond en objectant la parole donnée, et fait sur ce sujet une immense tirade; elle donnera sa gemme. La mère se trouve mal. Suprabhà éperdue cherche à la ranimer ; dans sa détresse, elle invoque le Buddha pour savoir ce qu’elle doit faire. Le Buddha lui envoie à elle et à sa mère une bonne vision (sudrsti) pour leur faire savoir qu’elle « doit donner ce qu’il faut donner : l’objet reparaîtra L » Suprabhà, remplie d’admiration, déclare qu’elle tiendra sa parole et se fera ensuite initier. Nouvelle douleur de la mère qui fait un long discours contre le don de la gemme et contre l’initiation. Mais Suprabhà est inflexible; elle a entendu une voix qui lui dit de tenir sa parole, elle la tiendra. — La mère veut au moins palper cette gemme ; Suprabhâ l’arrache de sa gorge et, pendant qu’elle la donne à sa mère, il en repousse une autre. Admiration et reconnaissance de ces deux femmes. Suprabhà destine la gemme au Buddha, puis en arrache d’autres pour sa mire, pour son père, pour son guru. Le père, appelé participe à la joie de sa femme et de sa fille, la Laxmî de sa maison (Kulalaxmi). Suprabhà arrache encore une gemme et la donne au brahmane qui l’avait bien méritée. On comprend que les mendiants se pressèrent autour d’elle ; elle fut également libérale envers tous ; la gemme renaissait sans interruption. (Tout cet épisode occupe sept ou huit feuillets, près de la moitié du récit ; le seul discours de Suprabhà sur la fidélité à la parole donnée prend plus de deux feuillets.)

Devenue grande, Suprabhà est recherchée par beaucoup de jeunes gens. Sérieuses inquiétudes du père; Suprabhà lui demande la cause de'son chagrin : il la lui fait connaître. Suprabhà le calme et demande l’autorisation de choisir elle-même. Avec l’agrément du roi, le choix solennel de Suprabhà est annoncé publiquement. Réflexions des jeunes gens de toute condition qui espèrent être choisis par Suprabhà. Enfin elle paraît montée sur un char, tenant une bannière jaune. La foule se récrie sur ses perfections et proclame heureux celui dont elle sera la femme. Elle s’avance « tenant une étoffe sur laquelle était l’image du Buddha bien dessinée, bien peinte, ornée de pierres précieuses », et célébrant les louanges du Buddha. Elle déclare alors à l’assistance sa ferme résolution de se faire initier et de vivre sans mari. lia plupart se retirent désappointés; quelquesuns se promettent de l’enlever de force. Suprabhà va trouver le Buddha qui lui fait un discours (40 çlokas) sur l’effet des passions et le moyen d’y échapper. A la suite de ce discours, elle demande l’initiation ; mais le Buddha lui commande de voir l’assemblée. Elle sort donc de Jetavana et se présente devant la foule. Quelques-uns s’avancent pour l’enlever de force ; mais elle s’élève en l’air, fait divers prodiges, puis redescend pour leur faire une leçon (en 11 çlokas) suivie de nombreuses conversions. — Alors elle va trouver le Buddha pour obtenir l’initiation. Le Buddha la renvoie à Gautamî. Gautami l’initie, et elle arrive à-l’Etat d’Arhat.

‘ Dfyain iduni hi dâtavyam pu)\a : prâdur bhavisyati.

AVADÂNA-ÇATAKA VIII, 2, (72)

Sur la demande des Bhixus, le Buddha explique le passé de Suprabhà. Etant jadis la première épouse du roi Bandhumat, elle s’était dépouillée de ses ornements pour en couvrir le Stûpa de Vipaçyi et avait fait un pranidliâna en vue d’obtenir un jour l’initiation et l’état d’Arhat. — Le don au Stûpa lui avait valu ses qualités extérieures et la gemme qu’elle avait à la gorge, le pranidliâna lui avait valu l’état d’Arliat.

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