ÇUKLA
— Blanche —
Le bienheureux Biidclha (1)... résidait à Kapilavastu, dans le jardin de Nyagrodha.
Or, parmi les Çàkjas, demeurait un Gàkya du nom de Roliina, riche (9). personnage riche... 11 épousa (6)... mariage stérile...
11 n’avait ni fils, ni fille. La joue appuyée sur sa main (H)... Manière d’obtenir des enfants L..
Pendant qu’il était tout entier aux supplications, une jeune fille se détachant d’une des corporations de dieux, vint dans le sein de cette dame qui le fit savoir à son (seigneur et) maître. Le maître en fut donc informé ; le maître lui dit alors : « Vertueuse, si tu mets au monde un fils, c’est bien ; mais si (tu me donnes) une fille, je te chasse avec elle de la maison. »
Plus tard, quand huit ou neuf mois furent écoulés, la dame accoucha. 11 lui naquit une fille belle, admirable, charmante, dépassant l’éclat des hommes sans atteindre celui des dieux, couverte de vêtements blancs non contaminés^ par les souillures du fœtus.
Quand Roliina reçut cette nouvelle : « Ta dame est accouchée, c’est une fille qui est née », il arriva tout en colère. Alors sa dame lui présente la petite fille couverte de vêtements blancs. A la vue de cette enfant, le Çàkya Rohina fut confondu d’étonnement.
* Il n‘y a que la première partie du développement, les trois premiers paragraphes.
2 Le tibétain dit ; « uu être », ce qui me paraît préférable.
2 L'incorrection du Ms. népalais ne permet pas de savoir exactemeut si « contaminé » se rapporte à « vêtement » ou à « fille ».
ANNALES DU MUSEE GUIMET
On fit une fête à l'occasion de sa naissance. « Quel sera, dit-on, le nom de la jeune tille? » Les parents dirent : « Puisqu’elle est couverte de vêtements blancs, que le nom de cette enfant soit donc Çuklà (Blanche) ».
La petite Çuklâ fut confiée à huit nourrices (T)... Ediicalicn brillanie...
A mesure que la petite Çuklâ grandissait, scs vêtements grandissaient avec elle ; ils ne se salissaient ])as et la salissure n'avait pas prise sur sa personne.
Quand la jeune Çuklà fut, par succession de temps, devenue grande, beaucoup de solliciteurs se présentèrent, des fils de rois et des fils de ministres. Importuné par eux, le père de la jeune fille resta plonge dans ses réflexions, la joue appuyée sur sa main : « Si je la donne à l’im d’eux, se disait -il en lui-même, les autres deviendront mes ennemis ».
Enfin la jeune fille, voyant que son père était plongé dans les réflexions, lui dit : « Cher (père), pourquoi es-tu pensif? » — 11 ('xpliqua la chose en détail. — La jeune fille reprit : « Cher (père), il ne faut pas prendre du chagrin ; je n’aspire pas à la satisfaction des désirs ; je veux me faire initier à renseignement de Bhagavat. Accorde m’en la permission, cher (père). » - — Enfin elle obtint la permission de ses père et mère, se fit initier à l’enseignement de Bhagavat et, avec les vêtements dont elle était couverte à sa naissance, elle se forma un habillement complet de cinq manteaux (de religion). A force d’application (23)... Arrivée à Vêlai cVArltai...
Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes : « Vénérable, quels actes Çuklâ avait-elle faits jwur naître dans une famille riche, (pour être) belle, admirable, charmante et pour que, après son initiation, l’état d’Arhat se soit manifesté pour elle.
Bhagavat répondit : Bhixus, Çuklâ, dans d’autres existences précédentes (12)... Le fruit des œuvres el la transmigration...
Autrefois Bhixus... Kâçyapa... (14)... Aiiparition d'un ancien lluddha... parut dans le monde.
Etant entré à Bénarés, il y résidait, à Ilsipatana, dans le Mrgadâva. Or, l’épouse d’un Çre.sthî, croyante, ayant des inclinations vertueuses et honnêtes, vint, pour une cause quelconque, à Ilsipatana. Elle vit alors le Buddha (IG)... Description pltysique du Buddha..,
Elle ne l’eut pas plus tôt vu qu’elle salua les pieds de Bhagavat et s’assit de
AVAUÂNA-CATAKA \III, 3, (73)
vant lui poui’ eiitenclre la loi. Alors le bienheureux Kàçyapa lui enseigna la loi. Cette femme, ayant reçu de bonnes dispositions, nourrit dans sa maison Bhagavat avec la confrérie de ses Bhixus, et offrit des manteaux^ à la confrérie des Bhixus; finalement, après avoir obtenu l’autorisation de ses père et mère, elle se fit initier à renseignement de Bhagavat.
Que pensez -vous, Bhixus ? Celle qui fut alors l’épouse du Çresthî, ce fut précisément cette Bhixuni Çuklâ.
C’est parce qu’elle a donné des manteaux à la confrérie des Bhixus qu'elle est née couverte d’un vêtement blanc ; c’est parce qu’elle a soigneusement gardé la persévérance dans une conduite pure que l’état d’Arhat s’est manifesté pour elle.
C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et noirs...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
Rapprochements et rémarques
I. Le Çuklâ- avadâna est reproduit dans le Dvàviihcati-av (f*® 52-55) où il forme la section quatorzième, intitulée Vastrakatliâ (Discours sur le vêtement). Le texte est identique à celui de l’Avadana-çataka ; seulement il est précédé d’un préambule et suivi d’un épilogue qui appartiennent en propre au Dvâviiîicati-av.
Voici le début :
Alors le Bodhidattva Mahâsattva Maitreya parla ainsi à Bhagavat :
Je désire l’entendre de toi, ô protecteur Dis le discours véritable des vêtements, ô grand maître!
Bhagavat répondit :
Ecoute, Maitrej a, je ferai l’éloge du don de vêtements.
(Je dirai) comment, en donnant des manteaux, on nait avec des vêtements.
Dans une ville, dans la grande ville de Kapilavastu, il y a un jardin ravissant appelé Nyagrodha.
Or dans cette grande ville de Kapilavastu, la meilleure des villes, parmi les Çàkyas, demeurait un Gàkya du nom de Bobina; riche, etc.
1 Kathinacivaram, <c un manteau d'étoffe grassiere, rude » ; il y a le singulier, et cela est répété plus bas et confirmé par le Dvàviiîicati-av., qui, seulement, écrit kalhim ; mais le Ratna-av.-raàlà dit et répété pratyêkaîîi civarain, « un manteau paur chacun », leçon bien plus satisfaisante.
274 ANNALES DU MUSEE GUIMET
(La suite est comme dans l’Avadana-çataka).
Après le récit, le texte reprend ainsi :
Les grands avantages du don de vêtement, dans les mondes des hommes et dans le monde des dieux, sont que, etc., etc.
II. Le Çuklà-avadâna se trouve dans le Ratna-Avadâna màla, où il occupe la neuvième place (f"®69-80). Eu voici l’analyse :
Pendant que le Buddlia, entouré d’hommages, prêche sa loi dans le jardin du Nyagrodha, un riche et vertueux Çâkya du nom de Rohina se désole de n’avoir point d’héritier. Ses amis le questionnent sur son chagrin, et, en ayant appris la cause, l’engagent à s’adresser aux divinités. Le moyen ne réussit pas d’abord; mais enfin l’épouse de Rohina devint grosse ; il lui recommande de se bien soigner, la félicitant par avance de la naissance d’un fils, menaçant de la chasser si elle donne naissance à une fille. Enfin, le terme étant arrivé, il naît une fille couverte de vêtements blancs et si belle que le père, accourant pour manifester sa colère, est rempli d’admiration. On fait la fête habituelle et on lui donne le nom de Çuklà à cause de ses vêtements blancs. Çuklâ, confiée d’abord à huit nourrices, instruite ensuite par des maîtres savants, devient une personne si distinguée qu’elle est demandée par des jeunes gens de toutes classes et en grand nombre. Sérieuses inquiétudes de Rohina impuissant à contenter tant de solliciteurs. Sa fille lui demande la cause de son chagrin, et Rohina lui répond par des imprécations contre elle ; elle réitère doucement sa demande pour obtenir une réponse plus claire ; et, quand elle est informée de ce qui se passe, elle déclare son aversion pour le mariage et son goût pour l’initiation. Mais alors le père cherche à combattre sa résolution ; il l’engage à garder la maison et à se marier par un Svayamvara. Çukhâ reprend la parole, fait un long discours sur les funestes effets de l’amour et déclare persister dans sa résolution (42 çlokas). — Le père cède, la mère fait un effort pour la retenir, mais en vain ; elle se rend auprès du Buddha qui la fait initier par Gautamî. A ce moment, l’habit blanc avec lequelle elle était née se partage et il s’en forme cinq manteaux de religieuse. Presque aussitôt Çuklâ atteint l’état d’Arhat.
Les Bhixus questionnent leur maître sur cette destinée singulière. Voici ce qu’il leur apprend.
Pendant que le Buddha Kâeyapa était à Bénarès, une épouse de Çresthi, pénétrée d’admiration pour sa personne, écouta ses enseignements. Enivrée de « l’Amrta de la loi y>, elle invita le Buddha et sa confrérie, le rassasia et donna à chacun un vêtement. Après quoi, ayant obtenu la permission de ses parents, elle se fit initier.
Cette femme de Çresthi, c’était Çuklâ. Le don d’un manteau fait par elle lui a valu le vêtement blanc avec lequel elle est née.
III. Il existe, dans le recueil pâli, un Sukkâya-bhikkhuniyâ-apadâna (IV, 3) qu’on est porté naturellement à rapprocher du Çuklâ-avadâna, Suhhà étant la forme pâlie du sanskrit Çuklâ. Mais, il se trouve que les héro'ines sont distinctes; car Sukkâ, racontant la série de ses existences, ne parle pas de dons qu’elle aurait faits du temps de Kâeyapa ; elle ne parle pas non plus du vêtement blanc avec lequel clic serait née, elle parle même d’une autre particularité. De plus, elle se dit native de Râjagi ha, tandis que
AYADÂNA-GATAKA VIII, i (74) 275
l’Avadâna-Çat. fait naitre Çuklâ à Kapilavastu. Ges points importants sont établis dans la stance significative :
Maintenant, dans ma dernière existence, dans l’excellente ville de Giribbaja, je naquis dans une grande famille de Çresthi, au milieu d’un « amas de joyaux ».
Cet « amas de joyaux » ne peut pas être confondu avec le « vêtement blanc ». Quant à Giribbaja ( = Sk. Girivraja) S c'est un autre nom de Râjagaha (— Sk. Ràjagrha), comme le prouve la suite du texte, notamment le passage où Sukkâ dit :
Un Yakkha (= Yaxa) me témoigna ses bonnes grâces.
Il vint à Giribbaja.
— Pourquoi es-tu seule dans Râjagaha? (me dit il).
Puisqu’il est évident que Sukkâ n’est pas Guklâ, bien que portant le même nom, je me dispense de donner la traduction de son apadâna.