SUMANÀ
Le bienheureux Buddha (1)..., résidait à Gravasthî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâthapindada.
Or, il y avait à Çrâvastî un maître de maison riche (9)... homme riche... 11 épousa une femme d’une famille semblable à la sienne. 11 joue avec elle, il se livre au plaisir, il s’empresse autour d’elle. Par suite de ce jeu, de ce plaisir, de cet empressement, des enfants naissaient, puis mouraient.
Dans cette maison^ lesthavira Aniruddha était venu visiter la famille. Alors cette pensée vint à l’esprit du maître de maison : « Ce sthavira Aniruddha est
1 Tasmîfngrlie\ — le tibétain a dei ts'e « dans ce temps-là, dans ces circonstances. »
ANNALES DU MUSEE GUI MET
grandement renommé parles mérites qu'il a mûris. Aussi je veux lui demander ceci: c’est que, s'il me naît un lils, je le lui donne pour être un çramana attaché à sa personne * » Alors ce maître de maison invita le stliavira Aniruddlia à prendre le repas chez lui. Après lui avoir fait prendre des aliments, il lui adressa sa demande : Sthavira, s’il me naît un fils et qu’il vive, je l’offre pour être un çramana à la suite du sthavira. » — Le sthavira Aniruddha répondit: « Qu’il en soit ainsi ; seulement, souviens-toi de ta promesse ! ».
Plus tard, il joue avec sa femme, se livre avec elle au plaisir, s’empresse autour d’elle. A force de jouer, de se livrer au plaisir de s’empresser autour d’elle, l’épouse se trouva enceinte : son corps exhalait une odeur pleine de charme. Enfin, cfuand neuf mois furent écoulés, elle accoucha et donna naissance à un fils beau, admirable, charmant, couvert d’un duvet ^ de siunana ^ divin. On fit une fête à l’occasion de sa naissance, et on lui donna le nom de Sumanà.
Puis, le sthavira .\niruddha ayant été invité à venir prendre le repas dans la maison, l’enfant lui fut présenté^*. Alors, le sthavira Aniru Idha lui fît prendre des vêtements jaunes et prononça cette parole de bénédiction : « Vis longtemps ! »
Quand l’enfant eut sept ans, ses père et mère le donnèrent ° au Sthavira. Alors le sthavira Aniruddha l’initia et lui apprit à bien garder dans son esprit ce qu’il avait entendu.
A force d’application (23)... Arrivée à Vélat d' Arhat . • .
11 avait les sens aiguisés, et lorsqu’il confectionnait son vêtement formé de lambeaux ramassés dans la poussière, à chaque point de son aiguille, il atteignait les huit délivrances et s’élevait (jusqu’à elles). '
Or, il ar riva que plus tard le sthavira Aniruddha lui dit : « Va, mon fils.
1 Asya iiaçcâl-çram'inam. Celte expression est rendue en tibétain par ’di-i slob-ma (« son disciple »); le terme qui rend ordinairement çramana ne se trouve pas. Peut-être faudrait-il lire Çravana : mais le même terme revient plus loin sous cette même forme. D’ailleurs Çravana serait peu correct.
2 Kancaha, tib. : ral-chun.
3 Sumanâ, nom d'une fleur (jasminum grandiflorum).
•* Xiryâtita proprement « remis, livré ». — Le tibétain est phul-lo. La suite prouve qu'd ne s’agit pas ici d’une remise elfective, mais d’une simple présentation, d'une promesse de livrer, d'une tradition fictive.
5 Dana ; C'est ici qu'il s'ag.t de la remise effective. Le tibétain emploie le même mot que pour rendre nirydtita ci-dessus.
AVAUÂNA-ÇATAKA IX, 2, (82)
apporte-moi de l’eau de la rivière Ajiravatî. » — Le disciple^ Sumaiià prit une cruche et descendit sur le bord de l’ Ajiravatî. Après s'ètre baigné et avoir rempli sa cruche, il se mit en marche dans l’air: devant se mouvait la cruche, à la suite venait le disciple Sumanâ*.
En ce moment, Bhagavat, réveillé de son absorption, enseignait la loi aux quatre assemblées. Alors, Bhagavat, interpellant l’avusmat Çàriputra, (lui dit): Vois, Çàriputra, ce disciple qui arrive avec sa cruche remplie d’eau; il a de la mémoire, ses sens sont reposés, il a renoncé à la passion, à la haine, à l’ignorance^. La tenue de son corps indique l'absence de passion; (comme) il est beau ce porteur d’eau !
Lorsque Bhagavat loua ainsi et exalta le disciple Sumanà en présence de la confrérie des Bhixus, un doute naquit dans l’esprit des Bhixus : Vénérable, dirent-ils, quels actes Sumanà avait- il faits et accumulés pour naître beau, admirable, charmant, couvert du duvet d’une fleur divine de Sumanà, pour avoir les sens aiguisés et pour obtenir l’état d’Arhat.
— Bhixus, Sumanà, dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la iransmigraiion. . .
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans le 91“Mialpa, le Buddha nommé Vipaçyi parut dans le monde ( 14). . . Apparition d'un Buddha ancien.
Étant entré dans la ville capitale Bandhuraatî, il y résidait.
Or, un des marchands (de cette ville) avait eu, dans son jeune âge, la pensée de se faire initier ; mais il n'avait pas exécuté son projet. Devenu vieux, il en eut du regret : « Je n’ai pas fait une belle chose, se disait -il, en ne me
* L’expression employée ici est synonyme de celle qu’on a vue plus haut, mais en diffère : c’est Çvavanoddeqa : tibétain dge-ts’ul. Je remarque les termes çravana çramana, qui se trouvent dans l’un et l’autre passag^e. Cravanoddeça est dans le Kalpa-dr.-av ; sou équivalent tibétain dge-ts'ul est la traduction ordinaire de Ç rama nera « novice ». On est étonné de le voir appliqué à un Arhat.
2 Ceci e^t fort bizarre. La version tibétaine l’est peut-être encore plus; car, suit qu’il y ait une variante, soit qu’il y ait omission dans le Manuscrit népalais, la coïncidence n’est pas exacte. Le tibétain peut se traduire ainsi : « tantôt c’était la c ruche qui se détachait en avant et le disciple Sumanà venait à la suite; tantôt le disciple Sumanà était en avant, et la cruche isolée venait à la suite. » — Le Kalpa-dr. concorde avec l’Avadàna Çat.
3 II y a dans le tibétain ma rig-pa e[. dans le sanskrit, ahhidyâm (pour avidydm). I.e mot que l’usage exigerait ici est moha. On ne comprend pas avidyâ qui s’ap|dique à des conditions tout autres.
•* Le texte sanskrit est très peu satisfaisant et doit être altéré. Le voici : viràgayam dhàraya fnti main dehafn çohhale udakaharaka : D’après le tibétain, virâgayam aurait pour complément le avidyàài qui le précède immédiatement; le membre de phrase lus-kyi (corporis) ;
t/ia-wa (ûnem) ; 'd:in-pa (tenel); suppose le sanskrit dhdrayantam (oa dhàrayati) antimam deharn,
« il porte son der.iier corps ». Mais le Kalpa-dr.-av., au lieu de deharn, a veçam, « ornement, parure (c’est-à-dire la cruche) » et ahhidhàm, au lieu de aô/u’dydw, complément de virùgayan.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
faisant pas initier à renseignement de Bhagavat » — Alors il plaça une Heur de Siimanâ sur le stupa des cheveux et des ongles (de Bhagavat) et offrit des aliments an parfait et accompli Bnddha Vipaçji en même temps (pi’cà la confrérie de ses Bliixiis. Après cpioi, il tomba à ses pieds et fit un pranidhâna. Par cette racine de vertu, par cette production de pensée, par cet abandon conforme à la loi du sacrifice, puissé-je me concilier les parfaits et accomplis Buddbas de l’avenir [et ne pas me les aliéner]^ et, quand je me ferai initier à l’enseignement de l’un d’eux, que ce soit étant encore jeune garçon que j’adopte les lois dos Âryas.
Plus tard, il fut initié sous le bienheureux Buddha Kàçyapa ; là, il observa pendant dix mille ans la persévérance dans la pureté. C’est à cause de cela que l’état d’Arbat s’est manifesté pour lui.
C’est que, Bbixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et actes noù's...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
Rapprochements et remarques
I. Le Sumanâ-avadâna est le dix-huitième récit du Kâlpa-dr.-av., où il occupe les feuillets 142-152. — En voici l’analyse.
Un maître de maison à Çrâvasti se marie, et a un premier enfant qui meurt en naissant; joie des parents aussitôt remplacée par une douleur qui s’exprime en cinq çlokas. — Nouvelle grossesse de l’épouse signalée, comme la première, parla maigreur et la pâleur ; nouvelle naissance, et mort non moins rapide du deuxième enfant. — Troisième grossesse ; troisième naissance , troisième décès. — Lamentations des parents (quatorze çlokas).
Cependant Aniruddha se présente à la porte en mendiant., Le maître de maison, après avoir consulté sa femme, accueille le Bhixu, le traite bien et, lui exposant ce qui leur est arrivé, lui offre le premier enfant à naître pour Çramana à sa suite (paecât-çramana) — Aniruddha accepte, et ajoute à son « oui » un long discours sur la mort et les enseignements qu’elle donne (vingt çlokas).
Quatrième grossesse de l’épouse. — Elle est maigre et jaune comme toujours; mais un parfum de Sumanâ s’exhale de son corps. Naissance d'un fils « exhalant l’odeur du Sumanà, couvert d’un duvet de Sumanâ ». Joie des parents ; fête, on appelle l’enfant Sumanâ. — Aniruddha est invité, et bien traité ; on lui offre l’enfant. Il le prend, lui donne un manteau, le bénit et annonce qu’il le fera entrer dans la confrérie à l’âge de sept ans.
Sumanâ est élevé et instruit avec soin. Quand il arrive à l’âge de sept ans, son père
> Ce membre de plirase se rouve dans le tibétain seulementi
AV A DÀNA-ÇATAK A IX, 2, (S2)
lui fait un long discours sur la nécessité où il est de le remettre à Aniruddha, les causes de cet acte et les devoirs que l’enfant devra remplir envers son guru (cinquante sept çlokas).
Aniruddha est invité ; l’enfant lui est remis. Ul’emmène, lui fait faire nne préparation excellente, le conduit au Buddha qui l’initie et, le reprenant avec lui, lui fait faire de telles études que l’enfant devient Arhat. Quand il recousait ses haillons, les « huit délivrances » couraient avec son aiguille.
Aniruddha l’envoie chercher de l’eau de l’Ajiravatî. Sumanâ fait la commission, rapporte à travers les airs sa cruche pleine, et, après avoir bu, Aniruddha le proclamme « le meilleur des auditeurs du Sugata ». Mais le Buddha l’avait aperçu et avait fait son éloge aux quatre assemblées. — Los Bhixus ayant un doute, interrogent le Buddha qui leur explique la chose.
Vipaçyî étant à Bandhumatî, un négociant de cette ville part pour les mines de joyaux avec cinq cents marchands. Le voyage dure longtemps; il mène joyeuse vie au- delà des mers. Quand il revient, il se trouve vieux et se lamente (dix çlokas). Le joyau de la loi vaut mieux que tous ceux de l’Océan. Il se met donc à rendre des honneurs au stûpa de Vipaçyî, il l’orne « de guirlandes de fleurs Sumanâ odoriférantes», reçoit le Buddha luimême et le rassasie lui et sa confrérie. Enfin il fait le vœu de s’attacher à un Buddha de l’avenir et d’arriver à la Bodhi, en se faisant initier dès sa jeunesse.
Ce négociant, c’était Sumanâ ; il dut à son vœu d’être initié sous Kâçyapa ; il fut un Yati et observa pendant dix mille ans le Brahmacarya : c’est pour cela qu’il obtint la dignité d’Arhat.
IL II existe, dans l’Apadâna pâli, deux textes dont le héros est un Sumanâ, l’un appelé Sumanâ sans plus (VII, 9) ; l’autre Sumanâveliya « Sumanâ à la couronne », ou « faiseur de couronnes» CXXXIII). Il y a six stances sur le premier, huit sur le deuxième; les deux textes se ressemblent tellement que nous croyons bien faire de les donner ici parallèlement.
Apad.\na de Su.manà
1 Je m’appelai alors Sumanâ.
J’étais faiseur de guirlandes ; je vis le Buddha sans passion recevant les hommages du monde.
2 A deux mains je saisis
la meilleure fleur Sumanâ.
et je l’offris au Buddha Sikhi le parent du monde.
Apad.vna de Sumanâveliya