‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 137 sur 167 · HIRANYAPÀNI · texte numérisé non relu

HIRANYAPÀNI

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anathai)indada.

Or il J avait à Çrâvastî un maître de maison riche (9)...

11 n’avait ni tils, ni fille. Mettant sa joue dans sa main, il restait plong-é dans ses réfiexions (11)... Manière d'obtenir des enfants...

Il lui naquit un fils beau, admirable, charmant, dont chaque main, en vertu de la maturité des actes, portait une pièce de monnaie en or avec em- })reinte. Si on l’enlève, une autre paraît à sa place.

A l’occasion de la naissance de cet enfant, on célébra une fête, et on lui

AVADÀNA-GATAKA IX, 3, (83)

donna un nom : « Quel sera, dit-on, le nom de cet enfant ? » — Les parents dirent : « Puisque, dès l’instant de sa naissance, en vertu de la maturité des actes, une pièce de monnaie d’or avec empreinte s’est montrée sur chacune de ses mains, que le nom de cet enfant soit donc lliranyapûni ( « Mains d’or » ou « Or aux mains » ) .

L’enfant Hiranyapàni fut confié à huit nourrices (T)... Education hrillanie et prospère .. . Et il était croyant (8). . Homme 'âerlueux...

Quand il est dans la rue, s’il rencontre des Çramanas, des brahmanes, des mendiants, il leur tend ses deux mains. Alors, des pièces d’or et d'arg-ent portant une empreinte apparaissent en grand nombre et il leur en donne à satiété. Aussi tout Çrâvastî était rempli de sa gloire.

Plus tard le jeune Hiranyapàni se rendit à Jetavana. Là, il vit le Buddha (16)... Description physique du Buddha... Dès qu’il le vit, son esprit fut bien disposé envers Bhagavat; il fit le salut des pieds de Bhagavat, et s’assit devant lui pour entendre la loi. Alors Bhagavat lui enseigna la loi.

(Le jeune homme) dit ensuite à Tayiismat Ananda : « Maitre, je désire offrir un repas à Bhagavat et à la confrérie de ses auditeurs. — Le sthavira Ananda lui répondit : « Mon cher, il faut (pour cela) des pièces de monnaie^ ». — Alors Hiranyapàni, se plaçant devant la confrérie des Bhixus qui avait le Buddha en tête, tendit ses deux mains et produisit un si grand tas de pièces d’or et d’argent que, à ce spectacle, le Sthavira de la confrérie (Sanyhasthavira ), les autres Bhixus et le sthavira Ananda furent remplis d’étonnement.

Ensuite, le jeune Hiranyapàni, ayant offert un repas à l’assemblée des Bhixus qui avait le Buddha en tête, s’assit devant Bhagavat pour entendre la loi; et Bhagavat, connaissant ses dispositions intérieures, son repentir, son caractère et sa nature, lui fit un tel exposé de la loi (22)... Arrivée à l'êtal de &rota-âpatti...

Après avoir vu les vérités, il fit entre ses parents le partage de ses biens, rassasia les Çramanas, les brahmanes, les misérables, les mendiants ; puis, après avoir obtenu la permission de ses père et mère, il se fit initier à l’ensei-

1 Je ne saurais dire si la phrase signifie d'une manière absolue que c’est de l'argent qu'on demande ou si elle se réfère au dessein de Hiranyapàiii, et signifie que pour offrir un repas, il faut faire de grandes dépenses. J’adopte le dernier sens qui est du reste justifié parle Kalpa-dr.-av. plus explicite.

ol()

ANNALES DU MUSEE GUIMET

gnemeiit de Bhagavat. A force d’application (23)... Arrivée à Vélat (T Arhat...

Les Bhixiis, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes.

Vénérable, quels actes Hiranyapâni avait-il faits pour qu’une paire de pièces de monnaie avec empreinte soit née sur ses deux mains et que, après son initiation, l’état d’Arhat se soit manifesté pour lui ?

Bliagavat répondit : « Bhixus, Hiranyapâni dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce même Bhadrakalpa (où nous sommes), quand les créatures vivaient vingt mille ans, le Buddha nommé Kâçyapa parut dans le monde (14).. Apparition d'un ancien Buddha...

Etant entré à Bénarès, il y résidait à Rsipatana, dans le Mrgadava. Or, Kâçyapa, le parfait et accompli Buddha, après avoir accompli toute la tâche d’un Buddha, semblable à un feu dont le combustible est épuisé, se reposa complètement dans l’élément du Nirvana sans aucun reste d’Upadhi. Le roi Krkî^ ayant rendu à ses restes les hommages dits aux restes (d’un Buddha), lui éleva un stùpa qui avait un yojana dans tous les sens et un kroça en hauteur.

Gomme on célébrait une fête à ce stùpa, un joueur^ déposa sur le monument deux pièces d’or (renfermées) dans un bâton. Alors tombant aux pieds (de ce stùpa) il fit ce praiiidliâna : « Partout où je naîtrai, que ce soit avec de l’or aux deux mains ! »

Que pensez-vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps -là, à cette époque-là fut le roi, c’était cet Hii’anyapâni.

C’est pour avoir déposé deux pièces d’or sur le stùpa qu’il jouit d’un privilège semblable. C’est pour avoir fait le pranidhâna que l’état d’Arhat s’est maintenant manifesté pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et actes noirs. . .

Ainsi parla Bliagavat (2)..

1 Le Manuscrit né()âlais a 7û;s(, le Kandjour Krikri, le Ratna-av.-màlà Krki. Je n’hésite pas à adopter cette dernière leçon qui se trouve ailleurs dans notre manuscrit lui-même.

* DyiUahara (écrit Byutahara) que le tibétain rend par rgyal-po « roi »; ce qui ne se comprend guère. L'équivalent Kitava (« joueur » et même « tricheur »), employé par le Ratna-av.-màlà, ne laisse [)as de doute sur la véritable interprétation.

AVADÂNA- ÇATAKA IX, 3, (83)

Rapprochements et remarques

Cet avadâna se trouve dans le Ratnâvadaiiâ-niâla dont il est le vingtième récit (fol. 81-92). En voici l’analyse.

Un maître de maison de Çrâvasti, riche et vertueux, n’a pas d’enfants. Ses lamentations (douze çlokas), sa tristesse provoque les questions de ses amis ; il leur en fait connaître la cause. Conseil qu’ils lui donnent de s’adresser aux dieux ; ils se conforme à leurs avis, implore les dieux, mais sans aucun succès. Un de ses amis, Upâsaka du parfait, Buddha l’engage à s’adresser au Buddha en lui énumérant les avantages qui en résulteront (dix çlokas). Supplication au Buddha ; grossesse immédiate de l’épouse, sa joie, soins qu’on lui donne: naissance d’un fils d’une beauté merveilleuse. Etonnement delà mère en lui voyant aux deux mains la marque d’une pièce d’or. Le père n’est pas moins surpris. Est-ce bon ou mauvais signe? On fait venir les devins qui déclarent la circonstance heureuse ; l’enfant n’aura qu’à étendre les mains pour produire une pluie d’or, il pourra donner autant d’or qu’il voudra. Fête de naissance; on donne à l’enfant le nom d’Hiranyapàni. •

Education soignée d’Hiranyapâni, ses progrès, ses vertus, sa libéralité ; il distribue les pièces d’or avec une abondance inépuisable ; et tout le monde célèbre sa générosité. Ici se place un épisode qui n’est pas dans l’Avadâna-Çat. Un brahmane avide et orgueilleux cherche à lui ravir sa gloire. Il vient à lui, disant qu’il a une demande à lui faire; Hiranyapâni répond qu’il l’accordera. Le brahmane demande l’or des deux mains d’Hiranypâni. Longs discours du père du jeune homme (13 çlokas) pour le détourner de faire ce don. Hiranyapâni reconnaît la justesse de ces observations ; mais il est lié par sa parole, et, il donne au brahmane ce qu’il lui avait promis. Mais le donateur recouvre immédiatement ce qu’il a perdu. Cet épisode en contradiction avec les détails qui précèdent, puisque, conformément à la prédiction des devins, Hiranyapâni faisait une pluie d’or avec ses mains, semble être une reprise de celui du Suprabhâ-avadàna (VIH, 1, voir ci-dessus). En tout cas, il n’est pas à sa place, et devait venir plus tôt.

Hiranyapâni veut que le Buddha et sa confrérie aient part à ses libéralités ; il se rend à Jetavana. Heureuse impression produite sur lui ; il s’adresse à Ananda, et désire offrir un repas aux confréries sur place. « Mais dit Ananda, il faut des kârsâpanas » Qu’à cela ne tienne ! Hiranyapâni étend ses mains, et l’or abonde. On prépare le repas : quand il est fini, Hiranyapâni écoute de nouveau la prédication de la loi et devient Srota-âpanna. 11 sollicite l’autorisation de ses parents qui commencent par refuser. Discours du père, réponse du fils. Le père « tout éclairé » consent. Mais la mère le supplie de rester. Le fils ébranlé un instant démontre, dans long discours (dix -huit çlokas) la nécessité où il est de persister dans sa résolution. La mère, éclairée à son tour, finit par consentir.

Hiranyapâni se dépouille de tous ses biens, va à Jetavana, est initié, et arrive à l’état d’Arhat. Etonnement des Bhixus qui questionnent le Buddha et reçoivent l’explication suivante.

ANNA1.es du MUSEE GUIMET

Le Buddha Kâçjapa était entré dans son Nirvana à Bénarès. Le roi Krkî lui élève un stûpa auprès duquel il institue des fêtes : « Un joueur nomnaé Kandala y dépose, dans l’ensenable des offrandes, deux pièces d’or renfermées dans un bâton, puis, tombant à genoux, il fait un Pranidhâna ». L’auteur de cette libéralité n’était autre que Hiranyapâni.

Page 1